Résurgence du risque politique en Bourse : une réalité (Cercle des analystes indépendants)

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Résurgence du risque politique en Bourse : une réalité, explique Gilles Bazy-Sire (Equity GPS / Cercle des analystes indépendants).
Résurgence du risque politique en Bourse : une réalité, explique Gilles Bazy-Sire (Equity GPS / Cercle des analystes indépendants).

De nombreuses échéances électorales arrivent dans les pays occidentaux d'ici la fin de l'année 2017. Un sujet parfois sensible pour les marchés, comme a pu le montrer le référendum sur le Brexit fin juin. Gilles Bazy-Sire analyse les rapports entre politique, notation souveraine et performances boursières.

L'impression que tout observateur peut avoir d'une réémergence du risque politique dans le monde est confirmée par une analyse du calendrier des échéances électorales.

Pour le monde développé, le pourcentage de la capitalisation boursière concerné par des élections à venir d'ici 2017 s'élève à 84%, et, pour les seuls pays de la zone Euro, c'est 91% !

Autant dire que, au vu des débats parfois tendus qui traversent les opinions publiques dans le monde, il est raisonnable de craindre une montée des incertitudes politiques d'ici fin 2017 et, partant, de possibles conséquences économiques délétères sur la marche des affaires. Le contexte de montée des endettements publics pourraient rendre, dans certains cas, les marchés de la dette souveraine moins tolérants à l'égard d'éventuelles décisions politiques qui auraient des effets négatifs sur la conjoncture économique, d'autant qu'il est prévu que les politiques monétaires extrêmement accommodantes des banques centrales devraient se normaliser dans le même temps.

En revanche, remarquons que seulement 36% de la capitalisation boursière des pays présentant une notation de leur dette "AAA-stable" (ou 100/100) sera concernée par des élections d'ici 2017. 

Elections à venir dans le monde : beaucoup se tiendront d'ici fin 2017. Source : Equity GPS.
Elections à venir dans le monde : beaucoup se tiendront d'ici fin 2017. Source : Equity GPS.

Apprécier objectivement l'évolution du risque politique dans le monde

De 2008 à 2016, la moyenne des ratings souverains S&P et Moody's des 33 plus importants  pays, représentant 90% du PNB et 95% de la capitalisation boursière mondiale, se sont dégradés  de 7 points pour passer de AA- à A (en nomenclature S&P).

Cette dégradation aurait pu être plus sévère si les taux sur les obligations d'Etats n'avaient pas baissé spectaculairement sur la période (de 6% à 1,5% aux Etats Unis, de 4% à moins de 0% en l'Allemagne, de 4% à 0,2% en France, de 4,2% à 1,2% en Italie, …).

 Quatre groupes de pays se dégagent à juillet 2016 :

1/ Les 8 pays crédités du rating le plus élevé possible, 100, soit AAA-stable en nomenclature S&P. Parmi eux, six sont européens et concentrent aujourd'hui 42% de la capitalisation boursière de l'Europe de l'Ouest.   

2/ Les pays à la dette notée de "haute qualité", dont la France qui a perdu sa note AAA-stable en 2011, puis observé d'autres "downgrades" depuis.

3/ Les ratings de qualité "moyenne".

4/ Les 3 pays dont la dette souveraine est considérée "non investment grade"

Rating des dettes souveraines à juillet 2016 par pays. Source : S&P, Moody's, Equity GPS.
Rating des dettes souveraines à juillet 2016 par pays. Source : S&P, Moody's, Equity GPS.

La plupart des grands pays émergents (Chine, Indonésie, Mexique, Inde) ont vu leur ratings s'améliorer quand beaucoup de pays développés, à l'exception notable des huit AAA-stables précités, ont été dégradés.

Si on focalise l'analyse sur la zone Euro, on peut identifier que celle-ci concentre des divergences très importantes qui s'étaient déjà matérialisées en 2011 et 2012 lors de la "crise de la dette" qui avait vu les taux à 10 ans se tendre à des niveaux inquiétants, avec les conséquences dont on se souvient sur les marchés actions de la région.

L'Allemagne et les Pays-Bas - en cumul 27% des dettes publiques et 35% des PNB de la zone- ont maintenu le meilleur rating possible de 2008 à 2016.

Au total opposé, la Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et l'Irlande - 42% des dettes publiques et 31% des PNB -  ont subi les dégradations de notation de leur dette les plus négatives de l'ensemble des 33 principaux pays analysés dans le monde. 

Evolution des ratings moyens S&P et Moody's par pays de 2008 à 2016. Source : S&P, Moody's, Equity G
Evolution des ratings moyens S&P et Moody's par pays de 2008 à 2016. Source : S&P, Moody's, Equity GPS.

Cette dichotomie continue de constituer un risque sous-jacent important qui pourrait redevenir d'actualité à l'occasion des débats qui précéderont et concluront les nombreuses échéances électorales prévues dans la zone euro d'ici les prochains 18 mois.

L'attrait singulier des valeurs des pays AAA-stable  

Une analyse comparée, entre 2008 et juillet 2016, de l'évolution du risque politique par pays  et des performances boursières moyennes semble identifier l'existence d'une corrélation importante entre ces deux variables.

De plus, cette corrélation paraît croissante au fur et à mesure que l'on focalise l'analyse sur des univers homogènes : de 0,33 pour l'ensemble du monde, le coefficient de corrélation  monte à 0,45 pour les pays développés, et 0,58 pour la seule zone euro.

Evolution du rating et performance boursière de 2008 à 2016 en zone euro. Source : S&P, Moody's, Equit
Evolution du rating et performance boursière de 2008 à 2016 en zone euro. Source : S&P, Moody's, Equity GPS.

Le risque politique influe pratiquement sur les performances d'un portefeuille de deux façons :

En premier lieu, les résultats des entreprises basées dans des pays dont le risque se dégrade seront généralement impactés par un marché domestique en croissance faible ou négative, par des coûts de financement relativement plus élevés, par des incertitudes pesant sur leur environnement social, fiscal ou réglementaire, ou encore par une conjoncture domestique et des taux de chômage en dégradation.

En symétrie, les sociétés basées dans des pays caractérisés par d'excellentes notations de leur dette bénéficieront d'avantages compétitifs considérables dans la durée, dont des coûts de financement plus avantageux, un marché domestique prospère, ou encore un environnement réglementaire généralement "pro-business".

En second lieu, les grands investisseurs internationaux ont naturellement tendance à privilégier les environnements les plus propices à la croissance économique ou ceux en voie d'amélioration.

Enfin, notons que les valeurs des pays notés AAA-stable présentent une volatilité généralement inférieure à celle de leurs consœurs basées dans d'autres pays moins bien notés (volatilité actuelle moyenne à un an : 36% contre 38%)

En conclusion, face à la résurgence des incertitudes politiques dans le monde d'ici la fin de 2017 dans un contexte de finances publiques dégradées, il nous paraît raisonnable de considérer éviter de sous-pondérer dans ses portefeuilles les valeurs basées dans les pays bénéficiant des meilleures notations de la dette souveraine. A ce jour, 220 sociétés des huit pays notés AAA-stable affichent un rating EQUITY GPS supérieur à 7,5/10. Dans le passé, de tels niveaux de ratings avaient été suivi par une performance moyenne à 3 mois de +9%, soit plus de +40% en rythme annualisé.

Gilles Bazy-Sire, président d'Equity GPS (www.equitygps.com), membre du Cercle des analystes indépendants

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • vmcfb il y a 4 mois

    Excellent article qui rappelle le risque politique qui a cru de manière inouïe ces dernières années; faute évidemment aux finances publiques dégradées (la dette), mais aussi aux mesures arbitraires prises par certains politiques désireux de trouver, en autre, des boucs émissaires à leurs gabegies, ratisser un électorat (interdiction de produits pour cause d'écologie sans aucune donnée scientifique.. par exemple), et bien entendu toutes les mesures fiscales changeantes à l'excès....

  • stochast il y a 4 mois

    Mon commentaire ayant mystérieusement disparu, JE LE REECRIS. Je disais donc qu'un coefficient de corrélation de 0,58 n'est ABSOLUMENT PAS CONCLUANT et que Boursorama ferait bien de se doter de compétences pour vérifier la validité scientifique du contenu des articles publiés sur son site. Surtout lorsqu'un certain Eric Galiègue est impliqué - lui qui a prouvé récemment qu'il n'était même pas capable d'écrire "logarithmique"...

  • M4905181 il y a 4 mois

    Qu' ils commencent par interdire les ventes à découvert , et nous aurons fait un pas Mais je n'y crois pas !

  • g.marti4 il y a 4 mois

    J'avoue que je n'ai rien compris à cet article qui, de ce fait, ne m'aide pas à prendre une décision. Ce que j'en tire c'est... "faites gaffe çà risque de baisser en 2017" du même style que... "attention après le beau temps vient la pluie"

  • npi6711 il y a 4 mois

    çà a toujours existé, chaque commentaire à un impact sur les marchés, ils devraient se taire car du fait ils influence le cours de valeurs et font perdre où gagner de l'argent aux ainvestisseurs...de là il n'y a qu'un pas...