« Résultats bancaires : en attendant la transparence » - Tchat avec Jean-Paul Pollin du Cercle des économistes

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C'est la saison de publication des résultats bancaires. Les grands établissements financiers sont-ils sortis de la crise ? Selon Jean-Paul Pollin, le secteur n'en finit pas de surprendre, au point d'entretenir un climat de défiance.

On aurait pu s'attendre à ce que la publication des résultats des banques européennes pour 2013 ne réservent guère de surprises et ne provoquent pas de variations significatives de leurs cours boursiers. Elle aurait dû servir à compléter et mettre en perspective les évolutions observées lors des 3 trimestres passés. Pourtant les comptes de la Société Générale présentés mercredi ont rassuré, au point que le titre a gagné 7% en 3 séances ; tandis que le jeudi ceux de la BNP (plombés par une provision inattendue de 800 millions) ont déçu et l'action a perdu 5% en deux jours.

Cette vive réaction des marchés reflète une étonnante volatilité des résultats d'un trimestre sur l'autre, amplifiée par une incertitude sur la qualité des actifs bancaires. D'ailleurs cette incertitude se traduit aussi par une sous évaluation des actions bancaires par rapport à leur valeur comptable (ou estimée), de l'ordre de 30 à 40%, selon les études sur la question.

Or, ceci conditionne le jugement que l'on porte sur la solvabilité des établissements. Sans entrer dans des explications trop techniques, les travaux qui cherchent à mesurer le niveau de capitalisation (et les besoins de recapitalisation), utilisent souvent le ratio de fonds propres en valeur de marché rapportés au total des actifs. En prenant pour référence un taux de 3%, on parvient à une insuffisance de capital de l'ordre de 80 à 120 milliards pour les plus grandes banques européennes. Les établissements français prennent une place significative dans ce montant. Mais il est vrai que ces chiffres restent approximatifs et variables selon les méthodes adoptées. Ce qui permet de comprendre à quel point sera utile la « revue de qualité des actifs » qui va être engagée par l'instance de supervision mise en place sous l'égide de la BCE. Elle devrait enfin faire la transparence sur la solvabilité bancaire, mais aussi déboucher sur des décisions sans concessions, comme vient de l'indiquer la présidente du mécanisme de supervision.

Mais au-delà du constat il faudra aussi s'assurer que les banques ainsi évaluées sont capables de faire face aux principaux chocs susceptibles de les affecter, et dont il n'est pas sûr qu'ils aient été correctement mesurés et pris en compte. Ces chocs sont d'ailleurs de natures très diverses. Il ne s'agit pas seulement du risque de chute des marchés financiers ou de dévalorisation de dettes publiques. Cela concerne aussi les turbulences possibles dans les pays émergents auxquels les banques européennes sont fortement exposés (2.200 milliards d'euros), le poids des prêts « non performants » qui va s'aggraver si la déprime conjoncturelle se poursuit, ou encore l'évolution de la liquidité et de la rentabilité bancaires lorsque les Banques centrales mettront fin à leur politique de taux bas et de refinancement généreux. Cet exercice devrait être l'objet des « stress tests » conduits sous l'autorité de l'Autorité Bancaire Européenne. En attendant on restera dans la défiance vis-à-vis d'un secteur qui n'en finit pas de surprendre.

Jean-Paul Pollin


Jean-Paul Pollin, professeur à l'Université d'Orléans, vous répondra lundi 17 février à 17h. A vos questions !

Jean-Paul Pollin est professeur à l'Université d'Orléans et également président de la Commission « Système financier et financement de l'économie » du Conseil national de l'information statistique.
Ses principaux domaines d'expertise sont les monnaies, la banque et la finance.

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