Reprise des recherches à Lampedusa, dix corps récupérés

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REPRISE DES RECHERCHES À LAMPEDUSA
REPRISE DES RECHERCHES À LAMPEDUSA

par Steve Scherer

LAMPEDUSA, Italie (Reuters) - Les opérations de récupération des corps des victimes du naufrage d'un bateau de migrants africains jeudi au large de l'île italienne de Lampedusa ont repris dimanche malgré des conditions météorologiques difficiles.

D'après le récit des survivants, environ 500 Erythréens et Somaliens, hommes, femmes et enfants, étaient entassés sur le navire qui a pris feu et chaviré jeudi, au large de Lampedusa.

Cette petite île entre la Sicile, la Tunisie et la Libye est devenue au fil des ans une des portes d'entrée de l'Europe pour les migrants africains à la recherche d'une meilleure vie.

Plus de 200 personnes sont encore portées disparues; 111 corps ont été récupérés et, selon les autorités, certains ne seront jamais retrouvés.

Bravant le vent et la houle, les plongeurs ont pu ramener dix corps après une demi-heure de plongée dimanche, a déclaré à Reuters un porte-parole de la police financière. Les sauveteurs s'attendent à retrouver une centaine de corps dans et autour de l'épave. Les conditions météorologiques avaient contraint les 40 plongeurs à cesser leur travail vendredi.

Ce lourd bilan humain et la situation désespérée des survivants ont remis sur le devant de la scène le drame de l'immigration clandestine.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, se rendra mercredi à Lampedusa, a indiqué le président du Conseil italien Enrico Letta.

La France et l'Italie ont demandé que la question de Lampedusa soit à l'ordre du jour de la réunion des ministres de l'Intérieur de l'Union européenne prévue mardi à Luxembourg, a indiqué dimanche le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius sur Europe 1.

Les 155 survivants sont hébergés dans un centre d'accueil des migrants à Lampedusa. Un millier de personnes s'entassent dans les lieux équipés pour recevoir 250 personnes.

"Nous avons le devoir de dire au gouvernement italien et à l'Union européenne que leurs structures et leurs politiques sont non seulement inadaptées mais qu'elles sont criminelles", a déclaré Rosario Crocetta, le gouverneur de Sicile, après une visite samedi au centre d'immigration de Lampedusa en compagnie du maire de la commune et d'un groupe d'élus italiens.

Les journalistes et les caméras de télévision n'ont pas été autorisés à pénétrer dans les locaux, mais, à travers le portail d'entrée, on pouvait apercevoir des familles avec enfants camper à l'ombre des arbres. Des matelas en mousse leur tenaient lieu de lit. Des vêtements séchaient sur des fils tendus entre les troncs.

"Cette surpopulation est inhumaine", a commenté Gea Planeta Schiro, du parti centriste Choix civique de l'ex-Premier ministre Mario Monti. "Il y a une seule salle de bain pour plus de cent femmes et elles n'ont pas de savon pour laver leurs vêtements."

"JE VEUX UN AVENIR"

Les élus racontent avoir parlé à un groupe de survivants du naufrage qui leur ont dit que chaque migrant avait payé plusieurs milliers de dollars à des passeurs, une première fois pour franchir le désert du Sahara et une fois ensuite pour traverser la Méditerranée.

Abdul, un Somalien de 16 ans, raconte que son père a payé 7.500 dollars (5.500 euros) pour qu'il puisse arriver à Lampedusa, où il est arrivé il y a 12 jours, six mois environ après avoir quitté Mogadiscio.

Son père a d'abord versé 1.300 dollars pour qu'il puisse traverser le Sahara, puis 300 dollars pour le sortir d'une prison en Libye et 800 dollars pour chacun des passages en bateau. Il a dû en payer quatre parce qu'il a été ramené trois fois par la police libyenne qui a tiré sur lui, raconte l'adolescent.

"Je veux étudier. Je veux un avenir", a-t-il déclaré à travers les barreaux du portail du centre d'immigration.

Ironie du sort, les survivants du naufrage de jeudi risquent d'être poursuivis et encourent chacun une amende de 5.000 euros. Si l'asile politique ne leur est pas accordé, ils pourraient être renvoyés chez eux, a déclaré le procureur d'Agrigente, Ignazio Fonzo, à Reuters.

"Cela montre que parmi les prochaines mesures que doit prendre le parlement italien, il faut abroger la disposition qui fait de l'immigration un crime", a déclaré à la presse Mario Marazzitti, élu du Choix civique.

La ministre de l'Intégration, Cécile Kyenge, est arrivée à Lampedusa dimanche où elle doit rencontrer les autorités locales, des habitants et des migrants, a indiqué sa porte-parole.

Evoquant "un drame terrible", le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault avait appelé samedi à une réunion au niveau européen. "C'est important que les responsables politiques européens en parlent, et vite, ensemble", a dit Jean-Marc Ayrault, en déplacement à Metz (Moselle).

Samedi, une cérémonie en hommage aux victimes de la tragédie s'est tenue dans un hangar de l'aéroport où 111 cercueils étaient alignés sur le sol. Parmi eux, quatre cercueils blancs, ceux des enfants, recouvert de peluches et de fleurs.

Certains en Érythrée ont souhaité pouvoir enterrer leurs morts sur place, a déclaré à la presse à la présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini. Certains des survivants aident aussi à identifier les morts, précise-t-elle.

Avec Wladimir Pantaleone et Gabriele Pileri à Lampedusa, Naomi O'Leary à Rome et Marion Douet à Paris; Danielle Rouquié pour le service français

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  • LeRaleur le dimanche 6 oct 2013 à 17:25

    On s'en fout.

  • nayara10 le dimanche 6 oct 2013 à 14:36

    Nous en France ont se noie sous les impôts ......Et on est plus nombreux ...Cela n'intéresse pas les MAIRE d' ias...