Réprimée, l'opposition annule une manifestation au Cambodge

le
0
UN PARC OCCUPÉ PAR L'OPPOSITION CAMBODGIENNE ÉVACUÉ À PHNOM PENH
UN PARC OCCUPÉ PAR L'OPPOSITION CAMBODGIENNE ÉVACUÉ À PHNOM PENH

par Prak Chan Thul

PHNOM PENH (Reuters) - L'opposition cambodgienne a annulé un grand rassemblement prévu dimanche à Phnom Penh, à la suite de la sanglante répression menée contre des ouvriers du textile alliés au mouvement de contestation contre le gouvernement du Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 28 ans.

Samedi, des gendarmes et des employés municipaux de la capitale, appuyés par la police antiémeute, ont fait évacuer un parc occupé depuis plusieurs semaines par des opposants qui soutiennent les demandes salariales des ouvriers du textile.

Quatre personnes ont été tuées vendredi par les forces de l'ordre lors de heurts qui se sont produits avec des ouvriers grévistes et des militants du Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC) dans le parc industriel Canadia de la capitale.

Le dirigeant du PSNC, Sam Rainsy, avait dans un premier temps affirmé que la manifestation de dimanche aurait bien lieu, avant de revenir sur cette décision. Il a dénoncé la meurtrière répression de vendredi et exigé une enquête.

"Le Parti du sauvetage national du Cambodge tient à informer tous ses compatriotes qu'il annule la manifestation" de dimanche, annonce le PSNC dans un bref communiqué.

Plusieurs centaines de partisans de l'opposition campaient depuis le 15 décembre dans le parc de la Liberté, seul endroit de Phnom Penh où les manifestations sont autorisées. Ils en ont été chassés samedi.

Nombre d'entre eux ont quitté les lieux, certains emportant leurs enfants dans leurs bras, à l'approche des unités de la police antiémeute, a rapporté un journaliste de Reuters.

Les policiers se sont toutefois tenus à l'écart du parc et ont laissé les gendarmes et les employés municipaux démanteler les toiles de tente et l'estrade érigées par les protestataires.

Un porte-parole de la municipalité de Phnom Penh a indiqué que les dirigeants du PSNC avaient été informés par courrier que leur mouvement de protestation ne pouvait plus être toléré.

"INSTABILITÉ SOCIALE"

"Leur manifestation était pacifique dans le parc mais ils sont sortis du parc et ont détruit des biens privés et publics, ont bloqué des rues et ont provoqué une instabilité sociale", a dit ce porte-parole.

L'opposition a accusé des policiers en civil d'avoir molesté des manifestants et a appelé ses partisans à ne pas répliquer.

Vendredi, des ouvriers ont manifesté sur le site industriel Canadia qui abrite plusieurs dizaines d'usines dont certaines travaillent pour des équipementiers occidentaux comme Adidas, Puma ou H&M.

En Allemagne, Puma a annoncé samedi dans un communiqué la suspension de la production dans certaines de ses usines à Phnom Penh. La société possède 13 usines au Cambodge.

Le groupe Adidas, interrogé par Reuters, s'est dit préoccupé par les événements au Cambodge et a simplement précisé être en contact avec ses fournisseurs sur place.

Le PSNC soutient les revendications des salariés et plaide pour un salaire mensuel minimum de 160 dollars. Le gouvernement refuse d'aller au-delà d'une rémunération supérieure à 100 dollars par mois.

L'opposition, qui a pris le parti des quelque 350.000 employés du secteur travaillant dans près de 500 usines, demande également l'organisation de nouvelles élections après celles de juillet qu'elle juge entachées d'irrégularités.

"Nous déplorons et condamnons la violence à laquelle les forces armées, sur instruction de l'actuel gouvernement, ont eu recours", a dit Sam Rainsy.

"Nous appelons les deux camps, ouvriers et forces armées, à se retirer et cesser toute forme de violence afin de trouver une solution pacifique", a-t-il ajouté.

Amnesty International a demandé l'ouverture d'une enquête sur les événements de vendredi.

Pierre Sérisier et Guy Kerivel pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant