REPORTAGE-Verviers cherche des réponses à la radicalisation

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par Robert-Jan Bartunek VERVIERS, Belgique, 17 janvier (Reuters) - La consternation se lit sur les visages des fidèles de la mosquée Assahaba de Verviers, l'une des plus grandes de Belgique, après la fusillade qui a coûté la vie à deux islamistes présumés lors d'un raid antiterroriste, jeudi à 500 mètres de là, plaçant leur ville au coeur de l'actualité. Cette opération visait à empêcher selon les autorités une campagne imminente d'attentats. Aucun lien n'a été établi avec les attaques djihadistes qui ont causé la mort de 17 personnes à Paris et Montrouge (Hauts-de-Seine) du 7 au 9 janvier. "L'islam est une religion de paix. Nous devons bien nous comporter envers les autres, qu'ils soient chrétiens, juifs ou musulmans", s'empresse de souligner Hicham Boumajjal en entrant dans l'ancienne tannerie reconvertie en salle de prière pour les enfants d'immigrés principalement marocains qui affluèrent, dans les années 1960, dans ce bastion alors prospère de l'industrie textile. "Les activistes attaquent même d'autres musulmans. Ça n'a aucun sens", ajoute ce jeune homme de 31 ans. Tenter de comprendre pourquoi tant de jeunes Belges - bien plus qu'ailleurs en Europe, proportionnellement à la population - partent combattre en Syrie et reviennent avec l'idée de semer la terreur dans leur propre pays est un casse-tête, non seulement pour le gouvernement belge et ses voisins de l'UE, mais pour les dignitaires musulmans de villes comme Verviers. "Je n'ai pas de solution et je ne crois pas que les autorités en aient une", déclare l'imam Franck Hensch, qui prêche à la mosquée Assahaba. "La vraie question est maintenant de savoir ce que nous pouvons faire ensemble, Etat et société civile, pour trouver des solutions face à cette tendance à la radicalisation de certains jeunes." PRÊCHEURS DE RUE Les autorités n'ont guère donné de détails sur les deux hommes qui ont ouvert le feu sur les policiers venus mener une perquisition dans leur appartement de la rue de la Colline, à dix minutes de marche de la mosquée, sur l'autre rive de la Vesdre. On sait que les deux individus tués étaient de nationalité belge, de même qu'un complice qui a été arrêté. Comme plusieurs autres personnes interpellées, sur une douzaine d'arrestations effectuées à Bruxelles essentiellement, ils avaient récemment séjourné en Syrie, où les organisations djihadistes ont recruté quelque 300 Belges depuis 2011, selon les estimations de l'institut d'études International Centre for the Study of Radicalisation (ICSR), basé à Londres. Mais les habitants de Verviers, une ancienne cité lainière de 50.000 habitants située entre Liège et la frontière allemande, relèvent aussi que les deux militants morts jeudi affichaient le profil type de nombreux jeunes de la ville aux nombreuses usines désaffectées, où le taux de chômage atteint 12%, contre 8,5% dans tout le pays. Pour l'imam Hensch, on est cependant loin d'un lien de cause à effet. "Internet est la principale source de radicalisation, en plus de tous les éléments qui rendent déjà certains plus vulnérables que d'autres", dit-il. Sans compter l'influence de "prêcheurs de rue" autoproclamés difficile à contrer pour les représentants communautaires. Le gouvernement belge s'efforce de lutter contre le phénomène en alternant répression et assistance. Le coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, qui est belge, évoquait le sujet vendredi sur les ondes de la radio publique RTBF: "La solution? C'est ce que fait la Belgique", a-t-il dit. "Evaluer au cas par cas le profil de ceux qui reviennent et essayer d'apporter la réponse la plus adéquate à la dangerosité que représente la personne." En fonction de cette évaluation, a-t-il poursuivi, on peut "soit donner une assistance psychologique, soit aider cette personne à se réinsérer dans la société, soit clairement sanctionner lorsqu'elle a du sang sur les mains ou lorsqu'elle a participé à une organisation terroriste". (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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