REPORTAGE-Une famille syrienne en quête d'une nouvelle vie en France

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par Mourad Guichard LE MANS, Sarthe, 3 octobre (Reuters) - Le Dr. Milad Aleid n'est que soulagement et émotion, ce vendredi soir, quand il accueille au Mans 21 membres de sa famille qui ont quitté la Syrie pour le rejoindre dans cette ville de l'ouest de la France où il vit depuis de nombreuses années. "C'est une immense joie. Ils vont être une richesse pour le pays. Bienvenue à ma famille !" s'enthousiasme-t-il. Quinze d'entre eux ont atterri quelques heures plus tôt à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. "Ce week-end, on va se retrouver chez moi, en famille", confie le médecin. "Ils sont choqués d'avoir vécu des situations atroces. Tout va sortir petit à petit." Contraints de quitter leur village de Tissia, dans le sud de la Syrie, ces chrétiens s'étaient réfugiés en banlieue de Damas. Ils font partie des 30.000 réfugiés du Proche-Orient que la France s'est engagée à accueillir en deux ans. Le Dr. Aleid a organisé du Mans leur venue en France, en liaison avec Jean-Claude Boulard, le sénateur maire socialiste de la ville, et avec l'évêque du diocèse. "Dans un état laïque comme le nôtre, il est rare qu'il y ait une démarche commune entre un élu et un évêque", commente Jean-Claude Boulard. "Mais nous connaissons des gens de l'hôpital qui viennent du Liban et de Syrie et qui nous ont tellement apporté." Les visas ont cependant tardé et, dans la nuit du 11 au 12 septembre 2015, un bombardement de leur quartier de résidence a fait des morts et de nombreux blessés, dont un enfant Aleid. "Si j'avais obtenu le visa deux semaines avant, on aurait évité cet accident. J'ai eu l'oeil et le nez arrachés", dit à Reuters Walid Aleid, 20 ans, qui doit être prochainement opéré. "Après l'opération, je voudrais apprendre la langue française et continuer mes études de comptabilité à la faculté, car je n'ai pas pu terminer. Après, je veux trouver un travail en France", ajoute-t-il. Parmi ces demandeurs d'asile syriens, recueillis pour la plupart dans un hébergement collectif du Mans, d'autres logeant chez l'habitant sur place ou à Saumur (Maine-et-Loire), figure Amar Aleid, 24 ans. "DORMIR DANS UN LIT" Lui et six autres membres de sa famille ont quitté clandestinement la Syrie le 15 août, direction l'Allemagne. Le voyage a duré quatre semaines. "J'étais en dernière année d'école de commerce mais j'ai été obligé de partir parce que sur le trajet pour aller à la fac, il y avait des bombardements, des voitures piégées, c'était risqué", raconte-t-il. "Je suis parti parce que j'étais désespéré de ne pas avoir de nouvelles de l'ambassade de France, ni de ma demande de visa." "Sur le bateau, on savait qu'on risquait notre vie, que probablement on allait mourir. Mais en Syrie, risquer notre vie c'était tous les jours", poursuit Amar Aleid, qui voit dans la France l'espoir d'une "nouvelle vie". Il veut reprendre ses études, apprendre le français, s'intégrer. "Je vais (...) donner tout ce que je peux à la France, qui nous accueille aujourd'hui à bras ouverts", dit-il. Mais sa première priorité a été de "dormir dans un lit". "Je veux me reposer, dormir après ces quatre semaines de périple. Parfois, on ne dormait pas pendant 48 heures, ou on dormait là où il y avait de la place, dans les forêts", dit-il. "Je veux simplement me reposer et dormir, en famille, et bien manger." Épuisés par un voyage commencé au petit matin par un vol Beyrouth-Le Caire, d'autres réfugiés profitent pleinement de ces retrouvailles auxquelles assistent tous ceux qui se sont mobilisés pour leur venue. Arrivée par avion avec ses enfants, Samira Aleid témoigne également de son espoir naissant. "Pour moi, en tant que mère, ce que je souhaite c'est un bon avenir pour mes enfants", confie-t-elle. "Qu'ils aillent à la fac pour terminer leurs études. Mon avenir, vraiment, c'est l'avenir de mes enfants. Mon avenir, c'est leur avenir." (Edité par Emmanuel Jarry)

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