REPORTAGE-Mossoul tente de réapprendre à vivre malgré le danger

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    par Michael Georgy 
    MOSSOUL, 16 novembre (Reuters) - La bataille pour chasser 
l'organisation Etat islamique (EI) de Mossoul pourrait durer des 
mois, pourtant la vie a commencé à reprendre ses droits dans 
certains quartiers de l'est de la ville où les troupes 
irakiennes ont délogé les djihadistes. 
    Rassurés par la présence des forces spéciales irakiennes, 
certains habitants s'aventurent hors de leurs maisons, histoire 
de discuter, dans une ambiance un brin surréaliste. 
    "Il va falloir que l'armée reste ici pendant dix ans pour 
nous protéger", estime Omar Sibawee qui tient une échoppe de 
couturier dans le quartier d'Al Zahraa. "Nous craignons qu'ils 
(les djihadistes) aient des cellules dormantes à Mossoul." 
    Depuis un toit voisin, les soldats d'élite irakiens tirent 
des rafales en direction de bâtiments dans lesquels se cachent 
des combattants de l'EI embusqués. 
    La reprise de la grande ville du nord de l'Irak, que l'EI 
considère comme la capitale de son califat autoproclamé, 
s'annonce longue et périlleuse. 
    Les rues étroites et les nombreuses ruelles interdisent tout 
mouvement de chars ou de véhicules blindés. La supériorité 
matérielle des forces irakiennes est rendue inopérante par la 
topographie urbaine. 
    La progression vers les quartiers Ouest ne pourra qu'être 
prudente, ralentie par les snipers, les kamikazes et les bombes 
artisanales que les islamistes ont disposées sur un terrain 
qu'ils connaissent parfaitement. 
    Les forces spéciales irakiennes ont installé une ligne de 
front le long d'un marché abandonné. Elles sont la cible 
d'attaques régulières. Récemment une grenade a atterri sur le 
toit en métal de l'immeuble où se trouvaient les soldats, 
faisant des dizaines de trous dans la structure. 
    "Il y a quelques jours, cinq kamikazes armés de grenades et 
d'AK-47 ont foncé sur nous", raconte Mohamed Abdel Rahman. "Nous 
avons abattu quatre d'entre eux et le dernier s'est fait 
exploser, blessant l'un d'entre nous." 
    L'un des assaillants gît dans la rue, recouvert par une 
épaisse couverture, à une cinquantaine de mètres d'un char 
irakien. 
    "Je lui ai coupé la tête", précise fièrement un soldat. Il 
sourit et pointe du doigt la ceinture d'explosifs du kamikaze 
posée sur une table voisine. 
     
    BOUCLIERS HUMAINS 
    Si la présence des soldats rassure la population, la crainte 
et la peur continuent de dominer après des mois d'exactions et 
d'exécutions sommaires commises par les djihadistes. 
    "Ils massacraient toujours les anciens soldats et les 
anciens policiers. C'était affreux à voir", se souvient Omar 
Sibawee. "Ils leur coupaient la tête et ils nous disaient 
'libérez-vous des apostats'." 
    Dans les quartiers dont ils conservent le contrôle, les 
hommes de Daech se servent des civils comme de boucliers humains 
compliquant la tâche des soldats. 
    "Chaque matin, il y a quelqu'un qui tente de s'échapper et 
un sniper lui tire dessus", explique un soldat. A peu près 
toutes les demi-heures, des tirs retentissent en provenance des 
positions de l'EI, entraînant une réplique des soldats irakiens. 
    Dans d'autres parties de la ville résonnent des tirs de 
mortier. 
    Ville autrefois prospère et commerçante, Mossoul est 
aujourd'hui dévastée par les combats et par deux années 
d'administration par l'Etat islamique. Pour les habitants, un 
retour à la normale paraît encore très lointain. 
    "Une voiture a explosé près de ma boulangerie il y a 
quelques jours. Elle a été détruite. Nous avons besoin que 
l'armée reste ici pour nous protéger afin qu'ils ne reviennent 
pas", juge Rayan Haithem. 
    Les enfants sont devenus indifférents à la violence. Dans 
une ruelle, une petite fille du nom d'Aïcha s'amuse à lancer des 
douilles vides. Quelques minutes plus tard, les fusillades 
reprennent. 
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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