REPORTAGE-Migrants-A Lesbos, des souvenirs heureux partis au fond de l'eau

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(La photographe de Reuters Zohra Bensemra suit un groupe de familles qui ont fui la guerre en Syrie à la recherche d'une nouvelle vie en Europe. Elle se trouve pour l'heure à Lesbos en Grèce où elle a retrouvé des réfugiés qu'elle avait auparavant rencontrés à Bodrum, sur la côte turque. Ils ont été acheminés par des passeurs par l'étroit bras de mer qui sépare la côte turque de Lesbos.) par Zohra Bensemra LESBOS, Grèce, 15 septembre (Reuters) - Sur la plage, Yasmine, six ans, pleure. Les hommes qui viennent de la déposer avec sa famille sur l'île grecque de Lesbos, ont jeté la robe que sa grand-mère lui avait offerte. La robe et le sac dans lequel elle était enveloppée ont disparu dans l'eau. Le bateau qui les a fait traverser de Bodrum en Turquie était minuscule. Avant, ils habitaient à Deïr az Zour en Syrie. Avec la guerre, ils sont partis pour l'Europe. Leur but, c'est l'Allemagne. Ils espèrent y retrouver la grand-mère de Yasmine. Elle les y attend depuis deux mois. La petite fille avait apporté la robe pour montrer à sa grand-mère qu'elle avait conservé son cadeau. Dans le ferry affrété par les autorités grecques pour emmener les réfugiés à Athènes, pour qu'ils puissent continuer leur route vers l'Allemagne via les Balkans, le père de Yasmine, Idhab, 30 ans, a lui aussi le coeur gros. Le sac parti au fil de l'eau contenait les photos de son mariage. Il a l'impression que les souvenirs des jours heureux ont été perdus. Malik, 24 ans, un autre réfugié syrien - il vient de la ville kurde de Hassaké - raconte qu'il a dû vendre les boucles d'oreilles de sa nièce pour 150 euros afin de réunir la somme demandée par les passeurs. Ils lui ont demandé 2.250 euros par personne pour traverser, avec les quatre autres membres de sa famille, le bras de mer réputé dangereux qui sépare les côtes turques de Lesbos. Pour traverser sur un bateau gonflable, les réfugiés disent qu'il faut payer en dollars. Pour avoir ce qu'ils appellent un "yacht", il faut beaucoup d'euros. Pour arriver jusqu'au bateau des passeurs, il a fallu marcher de nuit pendant cinq heures sur une route puis deux heures dans une forêt sombre avec des hommes en armes, raconte Haytham, qui a fui les combats dans la région de Damas. Aucune lumière n'était autorisée, dit-il. La traversée de Turquie et l'arrivée à Athènes ne sont que la première partie d'un long voyage pour Yasmine et ses compagnons de route. Il va falloir traverser la Grèce, avant la Macédoine et la Serbie. Puis ce sera la Hongrie, sauf s'ils sont refoulés, avant de pouvoir atteindre l'Autriche puis l'Allemagne. Cela ne fait pas peur à Feras Chaoua, qui vient d'arriver sur la plage de Lesbos. "Je suis prêt à marcher jusqu'au bout du monde pour obtenir une vie meilleure et une bonne éducation pour mes enfants", dit-il. (Avec Jeremy Gaunt; Danielle Rouquié pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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