REPORTAGE-Marioupol dans la crainte d'une offensive séparatiste

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par Alessandra Prentice MARIOUPOL, Ukraine, 2 mars (Reuters) - Scruter le ciel pour y déceler les signes de tirs d'artillerie est devenu un réflexe pour Svetlana Koumourji, une marchande de betteraves de Marioupol, ville du sud-est de l'Ukraine lourdement bombardée il y a un mois. Si le cessez-le-feu proclamé il y a 15 jours semble s'installer, Kiev soupçonne les séparatistes prorusses d'en profiter pour se réorganiser avec l'intention de s'emparer de ce pôle industriel d'un demi-million d'habitants sur le littoral de la mer d'Azov. La prise de Marioupol leur permettrait d'assurer une continuité territoriale jusqu'en Crimée, région annexée en mars dernier par la Russie. Depuis la trêve, ils disent toutefois vouloir l'obtenir par la négociation, sans convaincre ses habitants qui retiennent leur souffle. "Nous craignons tous une reprise des combats. On ne peut pas partir parce qu'on n'a nulle part où aller. Regardez, personne n'a d'argent ici", déplore Svetlana, pointant du doigt des immeubles de style soviétique en ruines. Le bombardement du 24 janvier a fait 30 morts dans le quartier de Vostotchnaïa, où se trouve le marché où elle tient un étal. Soufflées par les déflagrations, de nombreuses fenêtres des immeubles alentour ont été réparées à l'aide de plastique. Sur le parking voisin, on peut encore voir de nombreuses carcasses de voitures calcinées et les rues portent les stigmates des tirs d'artillerie. Des combats ont également eu lieu à Chirokine, le village voisin, où chaque camps accuse l'autre de provocations pour justifier ses opérations militaires. Ils n'ont cessé que tout récemment, mais des lance-roquettes multiples de type Grad partis de Donetsk, la capitale du Donbass aux mains des séparatistes, se dirigent vers Marioupol, selon l'armée. L'état-major assure en outre que du matériel militaire russe a franchi la frontière à Novoazovsk après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. "Si Poutine veut Marioupol, ils la prendront. Ils sont mieux armés que nous", affirme Vitali Machtabeï, un membre de la Garde nationale posté près du quartier de Vostotchnaïa. "Quand on capture des combattants de l'autre camps, ils ont des armes dernier cri, alors que la plupart des nos gars n'ont que des vieux trucs soviétiques", poursuit-il. Pour Kiev et les puissances occidentales, la provenance de cet armement ne fait guère de doute, mais la Russie nie fournir une quelconque assistance à ses partisans ukrainiens. Dans le centre de Marioupol, des signes peints à la bombe pour indiquer les bouches de métro reconverties en abris trahissent les craintes de la population. "Nous n'avons pas entendu de bombardement depuis plusieurs jours, ce qui est enfin positif. Si des combats éclatent en ville, il n'en restera rien", prédit Iouri Zintchenko, directeur général de l'aciérie Metinvest Ilitch. Combiné à l'entreprise soeur Azov Steel, le site emploie près de 10% de la population de Marioupol. La production a été réduite de moitié depuis le début du conflit, mais l'usine continue à fonctionner en dépit des tirs d'artillerie qui ont endommagé le pont permettant d'acheminer l'acier au port. Le cas de Debaltseve, ville stratégique dont les séparatistes se sont emparée après l'entrée en vigueur théorique du cessez-le-feu reste "terrifiant", poursuit l'industriel. Les forces gouvernementales y ont été humiliées et les infrastructures détruites. Interrogé sur les intentions des miliciens prorusses en ce qui concerne Marioupol, Denis Pouchiline, qui les représente dans les négociations ayant abouti à la trêve, a promis la semaine dernière d'opter pour la voie diplomatique. Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk accuse néanmoins les séparatistes de tirer sur la cokerie d'Avdiivka, à une centaine de kilomètres plus au nord, pour priver les aciéries de Marioupol de matière première. "Ils bombardent intentionnellement Avdiivka afin de détruire la cokerie et de faire fermer les usines de Marioupol pour entraîner une révolte sociale", a-t-il déclaré vendredi à la télévision. L'armée a fait état ce week-end d'une nette accalmie dans la zone de front, sauf à Avdiivka, où les forces gouvernementales ont essuyé des tirs de roquettes Grad et de chars. (Avec Pavel Poliyuk, Jean-Philippe Lefief pour le service français)
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