REPORTAGE-Les "Zadistes" de Notre-Dame-des-Landes attendent la police de pied ferme

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    * Manuel Valls assure que la "Zad" sera évacuée 
    * Les occupants du site n'entendent pas se rendre sans 
combattre 
    * La vie continue pour les agriculteurs de la zone 
 
    par Guillaume Frouin 
    NOTRE-DAME-DES-LANDES, Loire-Atlantique, 19 octobre 
(Reuters) - F ormations à la "défense", cabanes dans les arbres, 
barricades : les occupants de la "zone à défendre" (Zad) de 
Notre-Dame-des-Landes, le site où doit être construit le futur 
Aéroport du Grand Ouest, attendent de pied ferme les forces de 
l'ordre que Manuel Valls a promis de leur envoyer sous peu pour 
les évacuer. 
    Le Premier ministre - qui était ministre de l'Intérieur lors 
de la première tentative d'évacuation ratée à l'automne 2012 - a 
déclaré mardi à l'Assemblée nationale que l'évacuation de la Zad 
était sa "priorité", même s'il s'agit d'une opération 
"périlleuse".     
    Trop périlleuse d'ailleurs pour sa ministre de 
l'Environnement Ségolène Royal, qui n'a pas craint de défier le 
chef du gouvernement en estimant dimanche qu'il fallait renoncer 
au projet devant le risque qu'il y ait "mort d'homme". 
    Les occupants de la Zad ont certes pris les 500 cartons de 
déménagement qui leur avaient été laissés symboliquement place 
de la Paix, dans le bourg de la commune de Loire-Atlantique, par 
les partisans du "transfert" de l'actuel aéroport de Nantes, 
pour les inciter à partir "pacifiquement". 
    Mais ils les ont laissés à dessein prendre l'eau, sous les 
averses du bocage nantais. Certains, disent-ils, de remporter la 
bataille et de laisser cette terre aux agriculteurs. 
     
    ACCUEIL DES EXPULSES DE CALAIS ? 
    Pas sûr, de toute manière, que ces 500 cartons de 
déménagement auraient suffi : la Zad reçoit ces derniers temps 
deux à trois fois plus de visiteurs qu'il y a six mois, quand 
l'évacuation était encore conditionnée à une victoire du "oui" à 
la consultation de la population locale sur le projet d'aéroport 
- finalement obtenue avec près de 55 % de voix. 
    "Depuis 2012, la situation a considérablement évolué : à 
l'époque, il y avait cinq comités de soutien extérieurs, 
aujourd'hui on en a 200 partout en France", compare un habitué 
des lieux qui a requis l'anonymat. "Nous étions aussi 70 sur 
place, et maintenant on est près de 200." 
    La Zad de Notre-Dame-des-Landes réfléchit d'ailleurs à 
accueillir des migrants en provenance de la "jungle" de Calais, 
elle aussi en passe d'être évacuée. 
    Pour se tenir prêts en cas d'expulsion, des formations à la 
"défense de la Zad" ont été dispensées à 800 personnes ces 
dernières semaines : elles ont appris à se repérer dans les 
chemins, à faire valoir leurs droits en garde à vue ou à 
"marcher sans faire de bruit". 
    Un appel a été lancé aux élagueurs, bûcherons et amateurs 
d'accrobranche de toute la France pour venir y construire de 
nouvelles cabanes dans les arbres - l'un des cauchemars des 
forces de l'ordre lors de l'évacuation ratée de 2012. 
    Au milieu de cette effervescence, Marcel et Sylvie Thébault 
continuent eux de soigner et nourrir leurs 70 vaches et 50 
moutons, comme si de rien n'était. 
    "On n'a pas fait nos cartons : pour nous, il est toujours 
possible qu'ils n'interviennent pas", confie à Reuters cet 
agriculteur de 58 ans, surtout accaparé par les conséquences de 
la récente sécheresse et la faiblesse des prix actuels du lait.  
     
    "ON VEUT S'INSCRIRE DANS LA DURÉE" 
    Sur un de ses terrains, une demi-douzaine de personnes 
travaillent d'arrache-pied à l'édification d'un "Hangar de la 
Défense" de 300 m² : situé à l'extérieur de la Zad, il servira 
de "point d'appui" des opposants en cas d'évacuation policière. 
    A quelques pas de là, la meunerie électrique de 
Saint-Jean-du-Tertre n'a elle non plus pas prévu de déménager : 
on y stocke une trentaine de tonnes de blé, de sarrasin et de 
seigle. Elle alimente en farine les boulangers de la Zad, et est 
devenue un des symboles de "l'autonomie alimentaire" de la zone. 
    A Saint-Jean-du-Tertre, à l'ouest de la zone, Willem, un 
autre agriculteur de 29 ans, n'a "pas de plan B" en cas 
d'évacuation : il compte bien rester dans sa ferme, que ses 
précédents occupants avaient abandonnée après avoir négocié leur 
départ à l'amiable avec le groupe Vinci  SGEF.PA , qui a été 
sélectionné pour construire l'infrastructure controversée. 
    Ce "paysan squatteur" a pour cela déjà investi "plusieurs 
milliers d'euros" dans la réfection de ses étables et s'apprête 
à faire reconstruire la salle de traite détruite par un orage. 
    Mais il a lui aussi d'autres préoccupations en tête que 
l'arrivée des forces de l'ordre : sa compagne doit accoucher 
d'un jour à l'autre de leur premier enfant. 
    "Si on ne devait vivre que dans le court terme, on ne ferait 
rien, surtout sur la Zad", souffle la jeune femme. "Nous, on 
veut s'inscrire ici dans la durée." 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 

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  • 2010jpge il y a un mois

    le respect des urnes ; tout simplement .