REPORTAGE-Les députés prennent leurs marques dans une Assemblée en ébullition

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    * Marine Le Pen et les députés FN font leur entrée 
    * Scission chez les Républicains 
    * Bayrou dit qu'il continuera à soutenir Macron 
 
    par Elizabeth Pineau et Emile Picy 
    PARIS, 21 juin (Reuters) - Entrée de Marine Le Pen, arrivée 
en masse de nouveaux députés, scission des Républicains, réunion 
de crise du MoDem, tractations pour les présidences de groupes : 
la fébrilité était grande mercredi à l'Assemblée nationale. 
    Entamée avec l'entrée des huit députés Front national au 
Palais-Bourbon, cette journée s'est achevée avec la nomination 
du nouveau gouvernement, profondément remanié après le départ de 
quatre ministres importants sur fond d'affaires.   
    "Tout bouge". Dans un coin de la salle des quatre colonnes, 
le député LR Damien Abad résume le sentiment général.  
    "Il y a toujours un moment de transition entre ce qui 
s'effondre et ce qui se refonde, on est dans cette période", 
analyse l'élu, candidat malheureux à la présidence de son groupe 
à l'Assemblée au profit de Christian Jacob.  
    "On en a besoin, car si on ne change rien, les mêmes effets 
produiront les mêmes résultats", ajoute le député, dont le camp 
vient de perdre une quarantaine d'élus partis constituer un 
groupe "constructif" favorable à l'exécutif.   
    Derrière lui, le ballet des néo-députés, pour la plupart 
venus de la République en marche (LREM), le parti présidentiel, 
se poursuit sous l'oeil des caméras. 
     
    "ÉNORME RESPONSABILITÉ" 
    Parmi beaucoup d'inconnus, le mathématicien Cédric Villani, 
lavallière et fausse araignée sur l'épaule, attire l'oeil des 
photographes. Un autre montre l'écharpe tricolore qu'il vient de 
recevoir dans son "kit" de député. Beaucoup disent leur 
"émotion", à l'image de l'élue LREM de Paris Olivia Grégoire. 
    Chez les nouveaux venus, le discours est souvent lisse, 
surtout quand vient le moment de commenter la première crise 
politique de la présidence Macron ou le départ du gouvernement 
de Richard Ferrand pour prendre la présidence du groupe LREM.  
    Jeune élue de la Loire, Valéria Faure-Muntian est peu 
loquace sur le député du Finistère, fidèle et proche d'Emmanuel 
Macron, inquiété par la justice dans une affaire immobilière.   
    "Je ne vois pas en quoi cela pourrait faire débat. Je n'ai 
rien à dire sur ce sujet", dit-elle.      
    A ces novices, le député PS Régis Juanico, qui entame son 
troisième mandat, glisse quelques conseils : "Ne pas répondre 
systématiquement aux micros qui se tendent. Prendre son temps et 
ne pas céder à la pression de l'immédiateté ni à la pression 
médiatique qui est très forte ici".  
    Barbara Pompili, écologiste passée sous la bannière LREM, 
plaide la cause de Richard Ferrand.   
    "J'entends bien. Je préférerais qu'il n'y ait pas cette 
question-là qui brouille un peu les cartes mais en même temps 
est-ce qu'on réussira à trouver une personne parfaite ? Je ne le 
crois pas et, à un moment, il faut que notre groupe soit capable 
de fonctionner", dit celle dont le nom circule pour présider 
l'Assemblée nationale, au terme d'un vote prévu mardi.  
     
    TROUPEAU  
    Dans une salle voisine, le communiste André Chassaigne 
annonce le maintien d'un groupe de 15 élus, après un accord 
passé entre les 10 députés PCF et des collègues ultramarins, 
refusant ainsi de s'allier avec La France insoumise.  
    Réduit à 30 députés, le Parti socialiste désignera, lui, son 
président de groupe jeudi parmi deux candidats : Delphine Batho 
et Olivier Faure.   
    Manuel Valls en fera-t-il partie ? Mystère. L'ex-Premier 
ministre passe sans un mot dans un couloir du palais.     
    Pas de groupe en vue pour l'instant pour le Front national, 
dont la présidente, Marine Le Pen, a fait son entrée en début de 
journée, entourée de ses sept collègues.   
    La nouvelle élue du Pas-de-Calais est arrivée à pied à 
l'Assemblée, le temps de pester devant les micros tendus contre 
"le véritable scandale" du mode de scrutin qui fait qu'"avec 1,5 
million de voix au premier tour des élections législatives, nous 
n'avons que huit députés".   
    "Cela n'est pas démocratique, c'est une vraie fracture entre 
les Français et leur représentation nationale", ajoute-t-elle.  
    Derrière elle, Emmanuelle Ménard, députée de l'Hérault, 
lance une pique aux 308 députés LREM. 
    "Pour se faire entendre il vaut mieux être dans l'opposition 
peu nombreux avec des convictions, plutôt que dans un troupeau 
où l'on appuie sur un bouton de façon systématique dès qu'on 
vous demande de le faire", lance-t-elle. 
    En début d'après-midi, les ministres démissionnaires 
François Bayrou et Marielle de Sarnez arrivent ensemble pour une 
réunion de leur groupe de 42 députés. 
    Les deux ex-ministres, qui ont quitté leurs fonctions pour 
mieux se défendre des accusations d'emplois fictifs qui pèsent 
contre eux, restent solidaires du gouvernement. 
    Marquant un soutien appuyé à Emmanuel Macron, le maire de 
Pau, a assuré qu'il serait "porteur de stabilité" pour le chef 
de l'Etat, qui doit pour partie son élection au ralliement du 
centriste.   
    Trois heures plus tard, la liste du nouveau gouvernement est 
annoncée à l'Elysée. 
 
 (Edité par Elizabeth Pineau) 
 
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