REPORTAGE-Les déplacés de Mossoul n'ont pas le coeur à rentrer

le
0
    par Stephen Kalin 
    CAMP HASSAN CHAM, Irak, 13 juillet (Reuters) - Oum Youssef, 
qui a fui sa maison de Mossoul pendant l'opération de reconquête 
des forces gouvernementales irakiennes, n'a aucune intention de 
revenir chez elle dans un avenir proche.  
    Cette mère de cinq enfants, âgée de 27 ans, attend avec son 
mari que la situation se stabilise. Pour l'heure, la famille vit 
dans un camp de déplacés géré par les Nations unies à l'est de 
la deuxième ville d'Irak. 
    "On ne retournera pas maintenant, on ne se sentirait pas à 
l'aise. Je veux juste de la sécurité", confie-t-elle jeudi, 
entourée de ses jeunes enfants.  
    "Je ne veux plus de sectarisme comme avant. Je veux quelque 
chose de mieux, ne pas répéter le passé." 
    Le Premier ministre irakien Haïdar al Abadi a annoncé lundi 
la victoire des forces gouvernementales et la défaite de l'Etat 
islamique à Mossoul après environ neuf mois de combats urbains 
dévastateurs, mais des affrontements sporadiques restent 
signalés dans la ville en ruines.   
    Les autorités n'ont toujours pas préparé de plan pour gérer 
la ville et assurer la sécurité.  
    Oum Youssef est informée de la situation locale par des 
proches restés en ville. Ils lui déconseillent de revenir. 
    "A Mossoul, quand le soleil se couche, tout le monde 
s'enferme à double tour et personne ne sort", dit-elle.  
    Sa maison, comme beaucoup d'habitations de la vieille ville, 
a été sévèrement endommagée dans les affrontements mais elle ne 
désespère pas de la réparer. 
    Des snipers ont tiré à travers une chambre du haut 
transformée "en passoire" et une bombe a explosé sur le palier 
du voisin, raconte-t-elle. Un voisin a été tué par les mortiers 
tirés par les djihadistes pour dissuader les civils de fuir.  
    La famille a passé ses deux derniers jours à Mossoul 
enfermée dans une cave avec dix autres civils, trop terrifiée 
pour sortir, avec de l'eau et un peu de blé pour seule 
nourriture. 
     
    INSÉCURITÉ QUOTIDIENNE 
    Depuis la chute de l'EI, de nouvelles forces de police ont 
été déployées dans la ville et des travaux de reconstruction ont 
été entamés.  
    Mais l'insécurité reste quotidienne. Des voitures piégées 
ont récemment explosé dans des quartiers déclarés "libérés".  
    Les forces de sécurité, s'appuyant sur une liste de noms et 
de témoignages pour identifier des membres présumés de l'EI, 
interpellent chaque jour des hommes qui ont réussi à se fondre 
dans la population civile.  
    Oum Horeb, une femme de 60 ans de la tribu Djabour, semble 
traumatisée par ces mois de violences, allongée sur le sol de sa 
tente. Ses deux pieds sont bandés. Elle a été blessée par des 
éclats d'obus qui ont tué tous les hommes de sa famille. 
    Alors que les djihadistes se retranchaient dans la ville, 
elle a dû changer plusieurs fois d'abri, avant d'atterrir dans 
le quartier de Maydan où quelques insurgés luttaient jusqu'à la 
mort.  
    Elle en a été évacuée il y a quatre jours et veut désormais 
vivre avec des proches dans le Kurdistan autonome irakien. 
    "Mossoul nous a épuisés. Je ne voudrai jamais y retourner. 
Je n'ai plus personne à Mossoul", dit-elle. 
    Quant à Oum Youssef, sa vie est difficile, peu confortable, 
mais au moins est-elle en sécurité.  
    Malgré la canicule - la température approche régulièrement 
les 50° Celsius, elle peut manger, dormir, et même envoyer ses 
enfants à l'école.  
    Est-elle optimiste pour l'avenir?  
    "Je dois l'être, pour mes enfants." 
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant