REPORTAGE-La résilience des ménages russes limite la crise économique

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    par Alexander Winning et Natalia Shurmina 
    MIASS, Russie, 12 avril (Reuters) - En Oural, le coeur 
industriel de la Russie, la population se débrouille pour faire 
face aux conséquences de la crise économique qui a réduit les 
revenus des ménages sans pour autant déboucher sur une 
contestation politique. 
    Les récits recueillis auprès des habitants de Miass, ville 
moyenne où une usine de camions et un site de production de 
missiles sont parmi les principaux employeurs, montrent comment 
cette résistance à la crise a permis d'éviter un marasme encore 
plus marqué. 
    Nikolaï Matveev est chauffeur routier. Pour économiser sur 
le budget nourriture, sa famille cultive des légumes dans un 
potager. Lui chasse pour ramener de la viande à la maison. "Nos 
épouses sont aussi des expertes dans l'art d'économiser quelques 
kopecks par-ci, par-là, elles ont beaucoup appris des pénuries à 
l'époque soviétique", ajoute-t-il. 
    L'essentiel du budget familial passe dans les dépenses 
quotidiennes, repoussant à plus tard les achats de vêtements, de 
biens durables.  
    Après leur journée de travail, nombre de salariés se 
transforment en chauffeurs de taxi au noir pour un complément de 
salaire bienvenu à l'heure où l'inflation, de 12,9% l'an 
dernier, a fait largement chuter les revenus réels. D'autant que 
les salaires ont été revus à la baisse. 
    Contrairement aux pays de l'Ouest, où la réponse classique 
des entreprises à une crise économique consiste à licencier, les 
entreprises russes ont en effet plutôt tendance à baisser les 
salaires. "Il est bien plus important ici de travailler, même si 
c'est pour un salaire inférieur. C'est le coût du travail qui 
sert d'ajustement, pas la quantité", note Ivan Tchakarov, 
économiste à la banque américaine Citi. 
    Au niveau national, le taux de chômage se maintient depuis 
des années autour de 6% de la population active. A Miass, selon 
l'agence locale pour l'emploi, il est de 3%, deux fois moins que 
lors de la crise financière de 2008-2009. 
     
    REVENU RÉEL EN BAISSE DE 30% EN CINQ ANS 
    L'usine de camions Ural de Miass, dont le siège domine l'une 
des places de la ville, illustre comment certaines entreprises 
russes ont réussi à se maintenir à flot. Construite durant la 
Seconde Guerre mondiale, l'usine produit une gamme complète, de 
la camionnette aux véhicules militaires, qu'elle vend dans les 
anciennes républiques soviétiques, en Afrique et en Amérique 
latine. 
    Avec la chute du rouble sur les marchés des changes, ses 
produits se vendent moins cher à l'étranger. La direction a 
licencié 140 salariés sur plusieurs milliers d'employés, elle a 
surtout baissé les salaires en réduisant temporairement le temps 
de travail. 
    Témoignant sous couvert d'anonymat, un ouvrier de la chaîne 
d'assemblage explique que son salaire mensuel, autour de 25.000 
roubles (environ 330 euros), n'a pas augmenté depuis 2011. Avec 
l'effet de l'inflation, cela signifie une perte de revenus de 
l'ordre de 30%. Mais il n'envisage pas de démissionner. "Je ne 
suis pas sûr de pouvoir trouver mieux ailleurs", dit-il. 
    Le groupe GAZ  GAZA.MM , propriétaire de l'usine Ural, 
indique que sa production a atteint l'an dernier 7.900 
véhicules, un niveau similaire à l'année précédente, 
l'accroissement des exportations compensant le recul de la 
demande intérieure. D'où ce paradoxe apparent: en 2015, les 
bénéfices libellés en roubles des entreprises russes ont bondi 
de plus de 50% alors même que le PIB russe se contractait de 
3,7%. 
    La capacité des Russes à accepter des baisses de salaire 
explique aussi pourquoi la crise économique n'a pas débouché sur 
des mouvements sociaux ou une contestation politique.  
    La cote de popularité de Vladimir Poutine n'a pratiquement 
pas souffert et se maintient près du pic enregistré après 
l'annexion de la Crimée, en mars 2014. L'opposition elle est en 
plein désarroi et le parti pro-Poutine Russie unie bien parti 
pour remporter les législatives de septembre prochain. 
    "Notre pays a tellement souffert dans les conflits passés", 
résume, un brin fataliste, Igor Stepanov, propriétaire d'une 
entreprise de meubles et fournitures de maisons. 
 
 (avec Jason Bush et Gleb Stolyarov à Moscou; Henri-Pierre André 
pour le service français, édité par Tangi Salaün) 
 
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