REPORTAGE-La lente progression des forces anti-EI dans Syrte

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    par Aidan Lewis 
    SYRTE, Libye, 3 août (Reuters) - Les frappes aériennes 
américaines qui ont débuté lundi à Syrte facilitent la 
progression des forces libyennes qui tentent de chasser les 
membres du groupe Etat islamique de leur ancien bastion, a 
déclaré mercredi un haut commandant sur le terrain.  
    Selon Mohamed Darat, ces premiers raids ont aidé les 
brigades loyalistes sous son commandement à sécuriser le 
quartier résidentiel Dollar, capturé par ses troupes la semaine 
dernière, en neutralisant des djihadistes qui s'étaient 
retranchés en lisière du secteur.  
    Le gouvernement libyen soutenu par les Nations unies a 
demandé ces frappes près de trois mois après le début d'un 
assaut pour reprendre Syrte à l'EI qui s'est révélé coûteux en 
vies humaines. Au moins 350 membres des forces loyalistes ont 
été tués et 1.500 autres blessés depuis mai. 
    "Dans les deux dernières maisons de cette zone, nous avons 
rencontré une forte résistance. Nous avons donc demandé (aux 
Etats-Unis) de frapper ce site", a expliqué Mohamed Darat. "Nous 
avons reculé et ils ont frappé." 
    Les Etats-Unis ont mené cinq frappes lundi et deux frappes 
mardi, d'après le Pentagone selon lequel deux chars, des 
véhicules militaires et un lance-roquettes figuraient parmi les 
cibles visées.  
    Les raids ont été menés par des drones armés lancés de 
Jordanie et des avions de combat AV-8B Harrier partis de l'USS 
Wasp, un navire d'assaut croisant en Méditerranée. Les drones 
sont pilotés de la base aérienne de Sigonella, en Sicile, a 
précisé un responsable du département américain de la Défense.  
    L'EI a pris l'an dernier le contrôle de Syrte, ville située 
sur la côte méditerranéenne, à mi-chemin de Tripoli et Benghazi, 
en profitant du chaos régnant en Libye, où plusieurs 
gouvernements revendiquent le pouvoir. 
     
    "MAISON PAR MAISON" 
    Selon les chefs des forces fidèles au gouvernement de Fayez 
Seraj reconnu par l'Onu, le groupe djihadiste ne compte plus que 
quelques centaines de combattants qui sont encerclés dans le 
centre de Syrte et gardent le contrôle de quatre quartiers de la 
ville.    
    Mohamed Darat compte progresser graduellement pour limiter 
les pertes. "Nous ferons ce que nous avons fait à Dollar et 
avancerons maison par maison", a-t-il dit.  
    "Nous nous reposons pour l'instant et s'il y a des frappes 
aériennes, cela nous facilitera la tâche mais nous avancerons 
quoi qu'il arrive, avec ou sans les frappes." 
    Les forces loyalistes combattant à Syrte sont pour 
l'essentiel composées des brigades de Misrata. Beaucoup sont 
volontaires et ont combattu pour le renversement de Mouammar 
Kadhafi il y a cinq ans.  
    La plupart des 80.000 habitants de Syrte ont fui la ville 
dont les rues sont quasiment désertes. Chaque jour de combats 
intenses est souvent suivi d'une pause de plusieurs jours.  
    Mercredi, des membres des brigades se reposaient ainsi dans 
des bâtiments ou à l'ombre des arbres, mangeant des amandes 
vertes, se rafraîchissant à l'aide de boissons glacées, dans un 
silence parfois interrompu par le craquement des armes à feu.  
    Les combattants saluaient les frappes américaines, certains 
ajoutant qu'elles auraient dû advenir plus tôt.  
    "Nous espérons qu'il y en aura régulièrement", déclarait 
ainsi Mohamed Abou Dabbous, un combattant sur la ligne de front 
entre les quartiers Zafaran et Zone 2, expliquant que chaque 
fois que son unité essaie de progresser, elle s'expose à un feu 
nourri de tireurs embusqués dans une vingtaine de bâtiments 
inachevés, qui feraient une cible idéale pour un raid aérien. 
Ses combattants risquent également d'être touchés par des mines. 
    "En 2011, nous avions affaire aux snipers de Kadhafi, mais 
c'était plus facile parce qu'il n'y avait pas de mines." 
     
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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