REPORTAGE-La grande déception des indépendantistes écossais

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par Angus MacSwan EDIMBOURG, 19 septembre (Reuters) - Au fur et à mesure qu'arrivaient les résultats du référendum sur l'indépendance de l'Ecosse tôt vendredi matin au centre de coordination d'Edimbourg, le découragement se lisait sur les visages des partisans de la sécession. Quand la victoire du "non" s'est confirmée, les cris de joie des unionistes répondaient aux sanglots des indépendantistes. "Ce soir, je ne danserai pas", murmurait tristement Doug Bathgate, un employé de l'industrie pétrolière de 58 ans, qui avait pourtant mis son plus beau kilt dans l'espoir de fêter le premier jour de l'indépendance de l'Ecosse. Plus loin, Phil Wheeler, un militant libéral-démocrate, ne cachait pas sa satisfaction. "J'aimerais qu'Alex Salmond file se cacher dans son bunker. Mais heureusement nous pouvons avoir maintenant un Royaume-Uni fédéral... avec l'Ecosse à sa tête !" Salmond, Premier ministre écossais et chef de file des indépendantistes, a reconnu rapidement la défaite de son camp et appelé Londres à respecter sans attendre sa promesse de transférer davantage de pouvoirs à l'Ecosse. Si les dirigeants politiques ont appelé à la réconciliation, les militants pro-indépendance ont promis de poursuivre le combat. "Je ne suis vraiment pas contente", déclarait Alexandra McKintosh, une lycéenne de 16 ans, les larmes aux yeux. "A Westminster, le pouvoir central ne s'occupe guère de l'Ecosse, comparé à ce qu'il fait pour l'Angleterre. Je ne lui fais absolument pas confiance." Mike Crockart, député libéral-démocrate au Parlement de Westminster et partisan du "non", tentait de rassurer ses adversaires. "Il faut répondre aux demandes des gens - une Ecosse plus forte au sein du Royaume-Uni. Et il ne faut pas attendre, il faut commencer dès aujourd'hui." Dans l'enceinte du Royal Highland Centre, dans les faubourgs d'Edimbourg, où les résultats arrivaient, les indépendantistes ont eu un bref moment d'espoir lorsque qu'on a appris que le "oui" était arrivé en tête dans la ville de Dundee, ce qui mettait les deux camps ex-aequo. Mais le "non" a vite repris l'avantage, pour s'imposer finalement avec 55,3% des suffrages. "RAMASSER LES MIETTES" La plus grande ville d'Ecosse, Glasgow, a voté pour la sécession mais un taux de participation de 75%, inférieur de dix points à la moyenne, a douché les espoirs des pro-indépendance. "Je dois admettre que j'ai eu de plus belles nuits. Mais c'est la démocratie en action...", reconnaît Doug Bathgate. "Reste que nous avons toujours notre Parlement. Il nous faudra ramasser les miettes que nous laisseront les partis là-bas dans le Sud. Nous demandons toujours l'indépendance et nous devrons nous rassembler." Amie Robertson, une étudiante de 20 ans elle aussi favorable à l'indépendance, était en larmes. "Je suis très déçue. Je ne sais pas quoi dire aux gens de chez nous qui vivent dans la pauvreté (...) Qu'est-ce qui n'a pas marché ? Je n'ai pas la réponse. Mais les gens veulent que ça change et nous allons continuer à mobiliser sur le terrain." Déçu également, Calum Martin, un étudiant en histoire de 21 ans portant un badge du Parti socialiste écossais, estime que cette défaite n'est qu'une étape qui n'empêchera pas l'idée indépendantiste de progresser. "Le génie est sorti de la bouteille, il est impossible de l'y remettre", a-t-il lancé. La députée travailliste Sheila Gilmore, elle, était aux anges. "Les gens ont écouté, ils ont réfléchi et ils se sont exprimés", a-t-elle dit. "Maintenant, il faut s'atteler aux questions concrètes - la santé, l'éducation, la protection sociale. Nous devons trouver des solutions." Le conservateur Ian Duncan, député au Parlement européen, a salué "la victoire de l'union et du Royaume-Uni", tout en refusant le statu quo. "Nous devons travailler pour le peuple et nous assurer que l'Ecosse réconciliée reçoive tout ce dont elle a besoin - au sein du Royaume-Uni !", a-t-il dit. (Guy Kerivel pour le service français)

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