REPORTAGE-La France en état d'alerte également dans le ciel

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    * Le ciel français scruté en permanence, l'armée en alerte 
    * Huit avions de chasse, cinq hélicoptères mobilisables 
    * Plus de 130 interventions en 2016 
    * La menace des drones prise en compte 
 
    par Marine Pennetier 
    BASE MILITAIRE DE LYON-MONT VERDUN, Rhône, 10 février 
(Reuters) - " Mon colonel, ici la salle des opérations, on a une 
pénétration de zone interdite dans le nord d'Orange". Le 
téléphone vissé à l'oreille, l'oeil rivé sur les nombreux 
écrans-radars qui tapissent la salle de conduite du centre de 
commandement des opérations aériennes de Lyon Mont-Verdun 
(Rhône), le lieutenant colonel Laurent, chef conduite, est en 
alerte.  
    "L'attitude du pilote n'est pas cohérente, il a pénétré dans 
la zone interdite autour de la centrale nucléaire et maintenant 
il fait également des passages en vertical", poursuit-il, 
précisant avoir donné l'ordre à un avion de chasse Mirage 2000 
de la base aérienne d'Orange de décoller immédiatement.   
    Après avoir refusé de répondre aux messages radio, l'aéronef 
finira par être arraisonné et contraint d'atterrir par un 
hélicoptère Fennec venu en renfort, avec à son bord deux tireurs 
d'élite, en mesure de procéder à des tirs de semonce voire à 
détruire un appareil en cas de menace avérée.  
    Son pilote dira n'avoir pas eu connaissance de l'existence 
de la zone interdite. Fin de l'exercice de simulation.  
    Deux ans après l'attentat contre Charlie Hebdo qui a marqué 
le début d'une vague d'attaques djihadistes sans précédent, la 
France se prépare à tous les scénarios, y compris dans les airs. 
    Renforcée après les attentats du 11 septembre 2001 aux 
Etats-Unis, la posture permanente de sûreté (PPS) aérienne 
revient en première ligne à l'heure où la France fait face à un 
"haut niveau de menace", selon les mots de François Hollande.   
    "La menace peut arriver n'importe quand de jour, de nuit, 
donc il faut qu'on ait une chaîne qui soit permanente, 
réactive", explique le général de brigade aérienne Pascal 
Delerce, commandant de la brigade aérienne opérations du 
Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes 
(CDAOA) basé près de Lyon. 
    "Au niveau de ce centre, on a une activation 24 heures sur 
24, 7 jours sur 7, avec une équipe de permanence qui se relaie", 
en lien direct avec le cabinet du Premier ministre, ajoute-t-il. 
  
     
    POSTURE PERMANENTE 
    A Mont-Verdun, base aérienne ultra protégée située à une 
quinzaine de kilomètres de Lyon et à 120 mètres de profondeur, 
les 11.000 vols qui traversent la France chaque jour sont 
scrutés attentivement par les équipes de permanence qui peuvent 
s'appuyer sur les quelque 80 radars civils et militaires 
répartis sur l'ensemble du territoire national.  
    "L'objectif, c'est de tisser une toile de surveillance pour 
qu'aucun appareil dans le ciel de France ou approchant l'espace 
aérien français ne le fasse sans être identifié et contrôlé dans 
son attitude", explique le capitaine Yannick, en marge d'un 
exercice de simulation à Orange.  
    "A partir du moment où un appareil a prévu de faire quelque 
chose et ne le fait pas ou survient sans que cela soit prévu, là 
tout de suite il faut qu'on sache ses intentions. Le doute ne 
doit pas exister, à partir du moment où il y a doute, il 
pourrait y avoir derrière un danger", ajoute-t-il.     
    L'an dernier, l'armée française a procédé à 132 
interventions, la plupart pour des violations de zones 
interdites (grandes villes, sites militaires, sites industriels 
classés Seveso, centrales nucléaires etc) pour des pannes radio 
ou pour des comportements jugés douteux.  
    Sur le terrain, huit avions de chasse et cinq hélicoptères, 
déployés sur plusieurs bases en France, sont  mobilisables à 
tout instant.   
    En sept minutes, un pilote de chasse est en mesure de 
décoller, un délai qui peut être ramené à deux minutes en cas de 
préavis de menace particulièrement forte.  
    "On n'a pas d'indices que des terroristes envisagent un 
scénario type 11 septembre", souligne un officier français. 
"Après ce n'est pas compliqué à faire, celui qui pique un camion 
pour aller faire un carnage à Nice peut aussi bien piquer un 
avion s'il sait piloter." 
         
    DRONES 
    Outre le dispositif de posture permanente de sûreté, les 
autorités françaises peuvent mettre en place, lorsqu'elles le 
jugent nécessaire, un dispositif particulier de sûreté aérienne 
(DPSA) qui interdit à tout aéronef, temporairement ou 
définitivement, l'accès à un espace aérien. 
    Ce fut notamment le cas lors de la COP 21 Paris en décembre 
2015, du défilé du 14-Juillet ou encore de l'Euro 2016 de 
football où des brouilleurs anti-drones ont été utilisés. 
    Car si une répétition du scénario type 11 septembre est 
toujours possible mais jugée peu probable, une attaque au drone 
est elle prise très au sérieux tant leur nombre a augmenté ces 
dernières années et les incidents se sont multipliés.  
    Plus récemment l'utilisation des drones par l'Etat islamique 
(EI) sur le théâtre irako-syrien a fait craindre une utilisation 
à des fins malveillantes de ces engins sur le territoire 
national. 
    "Le fait qu'ils peuvent décoller à proximité même de la 
cible qu'ils pourraient chercher à viser pose un problème de 
temps de réaction même si la menace est de petite taille", 
souligne le colonel Philippe Adam, chef du centre national des 
opérations aériennes (CNOA) à Lyon.  
    Pour parer à cette menace, l'armée de l'air peut notamment 
compter sur ses brouilleurs, permettant de neutraliser la 
télécommande ou le signal GPS d'un drone, et sur ses fusils, à 
courte distance.  
    Et bientôt sur ses quatre aigles royaux qui devraient être 
déployés cette année ou l'année prochaine pour intercepter 
d'éventuels drones malveillants en zone urbaine.  
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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