REPORTAGE-La crainte des Polonais face au risque de Brexit

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    par Marie-Louise Gumuchian et Alex Fraser 
    BOSTON, Angleterre, 21 juin (Reuters) - Au-dessus d'une 
supérette polonaise de Boston, petite ville de l'est de 
l'Angleterre, six drapeaux anglais et la croix rouge de saint 
Georges flottent dans le vent, devant une fenêtre d'appartement. 
    Derrière les vitres, on distingue d'autres drapeaux, de même 
que des affiches, qui toutes portent le même message en vue du 
référendum de jeudi: "Vote Leave" (Votez pour le retrait).  
    Que le Royaume-Uni décide de rester dans l'Union européenne 
ou d'en sortir, une bonne partie des migrants d'Europe de l'Est 
installés à Boston, venus en majorité de Pologne, sont inquiets, 
face aux sentiments anti-européens suscités par une campagne 
tendue, qui joue beaucoup sur les émotions. 
    "Les gens craignent que les comportements ne changent", 
explique Patrycja Walentynowicz, cofondatrice d'une entreprise 
qui fournit des traductions et d'autres services à ses 
compatriotes polonais de Boston. 
    "Depuis qu'on a commencé à parler de 'Brexit', on a senti un 
climat de tension entre les étrangers et les Britanniques, qui 
ont affiché leurs réticences (envers l'immigration) et les 
manifestent plus ouvertement", ajoute-t-elle. 
    Petite ville de la côté Est de l'Angleterre, Boston a vu 
plusieurs de ses rues transformées par l'afflux de 
ressortissants d'Europe de l'Est, qui, grâce à la liberté de 
mouvement à l'intérieur de l'UE, ont pu venir trouver du travail 
dans la région, que ce soit dans les champs ou dans les 
entreprises. 
    Le recensement de 2011 a montré qu'en dix ans, la proportion 
d'habitants d'origine étrangère était passée dans cette ville de 
65.000 habitants de 3,1% à 15,1%. Les émigrants sont venus, pour 
l'essentiel, de Pologne et de Lituanie, deux pays qui ont fait 
leur entrée dans l'UE la même année, en 2004. 
     
    RACISME ET PRÉJUGÉS 
    Les partisans du "Brexit" jugent les émigrants en partie 
responsables des longues listes d'attente pour obtenir des 
logements sociaux, mais aussi des difficultés pour avoir un 
rendez-vous médical.  
    Le camp du "In" rétorque que globalement, les migrants venus 
du reste de l'UE paient plus d'impôts et de charges qu'ils ne 
coûtent à l'économie britannique. 
    A Boston et dans son comté relativement eurosceptique qu'est 
le Lincolnshire, ces questions-là sont de première importance. 
Dans un rapport publié en janvier, le think tank d'obédience 
conservatrice Policy Exchange considérait Boston comme 
"l'endroit le moins intégré" de Grande-Bretagne. 
    Le long de la West Street, les changements survenus ces dix 
dernières années sont particulièrement notables, avec des 
magasins et des restaurants polonais qui côtoient des 
entreprises lituaniennes. Et à l'église St Mary, trois des 
quatre messes dominicales sont dites en polonais. 
    "Les gens ont peur de ce qui se passera si la 
Grande-Bretagne choisit de quitter (l'UE)", déclare un prêtre 
polonais, Stanislaw Kowalski. 
    Face à l'incertitude ambiante, les Polonais cherchent de 
plus en plus à conclure des baux pour de courtes périodes plutôt 
que de signer des contrats de plus longue durée. 
    "Nous ne savons pas si les Anglais vont (...) rester 
courtois, gentils, ou s'ils ne vont pas dire: 'Nous avons voté 
pour que vous partiez, alors que faites-vous encore ici?'", 
déclare une collègue de Walentynowicz, Iza Paczkowska. 
    "C'est l'inquiétude la plus répandue. Les gens se préparent 
à l'idée de partir", ajoute-t-elle. 
    "Ce que je redoute, c'est que les attitudes sociales ne 
changent, dans un sens radical, nationaliste", confie Karol 
Sokolowski, qui travaille dans un restaurant familial de la 
communauté polonaise. 
    "Je sais que les Britanniques ne sont pas comme ça. 
Cependant, le fait de parler de ce Brexit peut engendrer une 
sorte de... je ne dirais pas racisme, mais de préjugés. Cela 
peut se produire, j'en ai bien peur".  
     
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur le référendum de jeudi       
 
 (Eric Faye pour le service français) 
 
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