REPORTAGE-L'Etat islamique vise plus les civils que l'armée à Mossoul

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    par John Davison 
    CHAHREZAD, Irak, 8 novembre (Reuters) - Seif Mohammed a vu 
sa maison voler en éclats. Et pas seulement sa maison, 
pratiquement tout le pâté de maisons, à Intisar, un quartier de 
Mossoul. 
    Il a une vilaine coupure au nez, qui est enflé. Mal au dos. 
Et raconte comment les djihadistes de l'organisation Etat 
islamique (EI) recourent aux voitures piégées face à l'offensive 
des forces irakiennes et de leurs alliés pour reprendre Mossoul. 
    "Ils ne visent pas l'armée, ils visent les civils. Il y a eu 
trois voitures piégées hier à Intisar. Mon père et mon frère 
sont toujours à l'hôpital, je n'ai pas de leurs nouvelles. Les 
voisins ont été tués," dit-il à Chahrezad, en périphérie est de 
Mossoul, où il a trouvé refuge dans la nuit de lundi à mardi. 
    Des combats entre forces gouvernementales irakiennes et 
djihadistes de l'EI se poursuivaient mardi à Intisar. De 
Chahrezad, à moins de deux km de là, on entendait des 
explosions, des tirs de mortier et des rafales d'armes légères. 
    Ali Dhaher, 20 ans, ne semblait pas s'en préoccuper, tout 
heureux d'avoir passé la nuit dans une maison abandonnée.  
    "Dieu soit loué, on n'est plus sous Daech. Ce sont des 
sauvages. Ils s'en prennent aux civils avant même de viser 
l'armée. Et c'est de pire en pire, à mesure qu'ils perdent du 
terrain et sont encerclés", dit-il. 
    Sa famille a elle aussi survécu de justesse à un attentat à 
la bombe lundi. Tout le monde est sain et sauf mais des gens de 
son quartier ont été tués. 
    Autre rescapé d'Intisar, Fathi Abou Abdallah a la lèvre 
supérieure en sang et semble sous le choc. "L'EI m'a tiré dessus 
il y a quelques minutes quand j'allais chercher de la nourriture 
près de la mosquée là-bas", raconte-t-il. 
     
    CAMIONS D'AIDE     
    Le flux d'habitants qui fuient Mossoul est ininterrompu. Des 
femmes et des enfants, et des vieillards en majorité.  
    Au milieu de carcasses de voitures calcinées, des soldats 
les dirigent vers des camions de l'armée pour les emmener dans 
le camp de réfugiés de Khazir.  
    Pour ceux encore sur place, de l'aide vient d'arriver à bord 
de camions chargés de vivres et de matériel pour soigner. 
    "C'est la première aide de ce genre qui parvient à 
Chahrezad. Les gens ont faim et on manquait de matériel 
médical", explique Abbas, un notaire qui coordonne la livraison. 
    Il a sur lui une liste de 70 familles qui ont fui Intisar. 
"Ça ne va pas suffire", dit-il. "On a une boîte par famille. Ça 
va peut-être durer pour quatre ou cinq jours, et après on fait 
quoi ?"  
    Les Nations unies ont prévenu que la bataille pour la 
reprise de Mossoul, que l'EI occupe depuis juin 2014 et dont les 
djihadistes ont fait leur bastion dans le nord de l'Irak, 
pourrait entraîner une crise humanitaire de grande ampleur. 
    Depuis le début de l'offensive, le 17 octobre, environ 
34.000 personnes ont été déplacées, estime l'Organisation 
internationale des migrations. 
    Ali Dhaher et son père Hassan, d'une famille de musulmans 
soufis, pensent que ce qu'ils ont de mieux à faire est d'aller 
dans le camp de Khazir. A pied s'il le faut. 
    "La vie est impossible ici", dit Hassan Dhaher, qui dit 
avoir eu deux de ses beaux-fils exécutés. "On n'a plus rien. Et 
on n'a rien mangé ni bu depuis qu'on est parti". 
    "Mais sous Daech, on n'avait rien non plus", ajoute-t-il. 
"Tout le monde était pauvre". 
 
 (Gilles Trequesser pour le service français) 
 
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  • g.joly1 il y a 9 mois

    Les musulmans sont les premières victimes des islamistes.