REPORTAGE-Irak-Trois mois pour apprendre à tirer et reprendre Mossoul

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    * Des instructeurs étrangers forment les soldats irakiens 
    * Objectif: la reprise de Mossoul, la deuxième ville d'Irak 
    * En tirant les leçons de la reprise de Ramadi à l'EI 
 
    par Stephen Kalin 
    BESMAYA, Irak, 29 janvier (Reuters) - A Besmaya, une base 
militaire au sud de Bagdad, les instructeurs étrangers qui 
forment l'armée irakienne au combat contre les djihadistes de 
l'Etat islamique s'inspirent de la victoire remportée fin 
décembre à Ramadi pour préparer la reconquête de Mossoul, la 
grande ville du Nord irakien. 
    Ramadi, située dans la vallée de l'Euphrate à une centaine 
de kilomètres à l'ouest de la capitale irakienne, a été libérée 
des djihadistes il y a un mois par les forces d'élite irakiennes 
après six mois de siège. Dans cette bataille, la progression des 
militaires était très fortement ralentie par les mines 
dissimulées partout dans le sol. 
    C'est ce genre d'obstacles que la 72e brigade d'infanterie 
de l'armée irakienne apprend aujourd'hui à vaincre, auprès des 
forces de la coalition internationale menée par les Etats-Unis, 
dans le cadre une formation de dix semaines à Besmaya. 
    Le but est de faire de la 72e la brigade la mieux formée de 
l'armée irakienne et de lui fournir un équipement à la hauteur 
de l'offensive prévue par le gouvernement dans le courant de 
2016 pour reprendre Mossoul, la deuxième ville du pays. L'Etat 
islamique (EI, Daech) s'en est emparé à la faveur d'une 
offensive éclair en juin 2014, une victoire qui a fait éclater 
au grand jour l'état de déliquescence de l'armée irakienne. 
    "Cet entraînement est basé à 100% sur les leçons que nous 
avons tirées des difficultés rencontrées à Ramadi, Tikrit, 
Sindjar et Baidji, où l'ennemi avait dressé une série 
d'obstacles", explique le général américain Sean MacFarland, qui 
dirige la coalition internationale, à propos des villes reprises 
à l'EI. 
    "Il s'agit d'apprendre à ouvrir une brèche, comme nous le 
faisons lors de manœuvres conventionnelles", a-t-il déclaré lors 
d'une visite d'inspection d'un exercice de tirs à Besmaya. 
    Le chef de la coalition est basé à Bagdad et les 
instructeurs viennent pour la plupart d'Espagne et du Portugal. 
    Sur le site d'entraînement, les soldats qui avancent dans 
leurs véhicules blindés s'arrêtent derrière une digue en terre 
et lancent une bordée d'explosifs pour dégager les bombes 
dissimulées de l'autre côté. Après une forte détonation, un 
panache de fumée noire s'élève dans l'air. Un bulldozer est 
ensuite à la manoeuvre pour venir à bout des derniers obstacles. 
    L'ennemi simulé est ensuite attaqué par des militaires 
équipés de mitrailleuses, appuyés par des tireurs d'élite. On 
passe ensuite à de la guerre urbaine. Sur une plate-forme, les 
commandants irakiens et étrangers observent leur progression. 
     
    APPRENDRE À SE DÉPLACER, À SE PROTÉGER, À TIRER 
    Après la débandade lors de l'offensive éclair de l'EI sur 
Mossoul, en dépit des milliards de dollars déversés par les 
Etats-Unis depuis la guerre de 2003 et le renversement de Saddam 
Hussein, l'armée irakienne s'est appuyée sur les milices chiites 
soutenues par l'Iran, ainsi que sur un petit groupe de commandos 
d'élite et sur les frappes aériennes de la coalition 
internationale.  
    Elle est ainsi parvenue à sécuriser Bagdad et les 
sanctuaires chiites du Sud, avant de repousser les djihadistes 
de l'EI de cités importantes comme Tikrit et Ramadi. 
    Parallèlement, pour en finir avec la corruption et le 
communautarisme qui ont permis la promotion d'officiers 
incompétents et ont affaibli l'ensemble des troupes, la 
coalition a formé plusieurs milliers de soldats et de policiers 
irakiens. 
    "Nous recommençons pratiquement de zéro avec les savoirs de 
base: comment se déplacer, comment se protéger, comment tirer", 
commente le lieutenant-colonel Pedro Erice, de l'armée 
espagnole. "Nous avons peu de temps. Nous ne pouvons pas essayer 
d'atteindre de gros objectifs." 
    Mais les entraînements sont forcément limités par la 
nécessité de mener les combats sur le terrain. 
    "Nous avons énormément de formateurs. On pourrait faire de 
la formation de masse. Mais, naturellement, les Irakiens ont 
encore une guerre à mener et une sécurité à assurer, notamment 
dans des lieux comme Bagdad", commente le général de brigade 
James Learmont, de l'armée britannique. 
    Avant la reprise de Mossoul, Falloudja, bastion de l'EI à 
une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad, pourrait 
être la prochaine cible. 
    "Quand ils en ont eu fini avec nous, ils sont allés 
directement au combat à Ramadi", raconte James Learmont à propos 
du groupe précédemment formé. "Quand ceux-là auront fini, ils 
iront au front. On peut dire qu'il s'agit d'une formation sur le 
tas." 
    Les Irakiens, dit-il, ont appris "les techniques de 
sauvetage qui les aideront à vaincre Daech mais aussi, en fait, 
à rester eux-même en vie." 
    Il n'est pas dit où seront affectés les hommes de la 72e une 
fois leur formation terminée. Sur les drapeaux attachés sur 
leurs véhicules, on peut lire "commandement des opérations de la 
libération de Ninive". Le chef-lieu de la province de Ninive, 
c'est Mossoul. 
 
 (Danielle Rouquié pour le service français, édité par Marc 
Angrand) 
 
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