REPORTAGE-Irak-Les civils, cibles de l'EI dans les zones "libérées"

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    par Isabel Coles 
    ERBIL, Irak, 25 novembre (Reuters) - "Quelque chose ne va 
pas avec ma main ?", demande l'enfant auquel un médecin de 
l'hôpital d'Erbil, dans le nord de l'Irak, retire les bandages 
sanglants, découvrant la blessure causée par un tir de mortier 
des djihadistes de l'Etat islamique (EI). 
    "C'est rien. Juste une petite plaie", répond son père, qui 
lui couvre les yeux pour lui cacher la vérité, tandis que le 
médecin inspecte cette main gravement mutilée qui semble 
insoignable.  
    Une douzaine d'autres civils sont là, aux urgences de 
l'hôpital. Tous ont été blessés aux abords de Mossoul, dans des 
secteurs repris à l'EI depuis le lancement, le 17 octobre, de la 
reconquête du dernier grand fief urbain des djihadistes.  
    S'ils sont là, disent-ils, ce n'est pas parce qu'ils ont été 
victimes de tirs croisés ou de balles perdues, mais parce qu'on 
les a délibérément visés.  
    "Dans toutes les zones libérées par l'armée, Daech nous 
considère comme des apostats. Il est donc permis de nous tuer", 
dit le père de l'enfant blessé.  
    Son fils a insisté pour aller avec lui acheter de la farine 
au marché de Zahra, un quartier de Mossoul où l'armée a pris 
position il y a trois semaines. C'est là qu'un obus de mortier 
lui a causé cette terrible blessure. 
    Les forces gouvernementales, qui progressent très lentement 
dans la partie orientale de la ville, prennent soin d'éviter les 
pertes civiles, mais les artilleurs de l'EI et ses tireurs 
embusqués n'épargnent personne.  
    Plus de 100.000 hommes sont engagés dans la bataille de 
Mossoul, menée avec l'appui aérien de la coalition sous 
commandement américain. La défaite des 5.000 à 6.000 djihadistes 
qui la défendent semble inéluctable. Reste à savoir quel sera le 
coût humain de l'opération.  
     
    "ILS N'ONT AUCUNE PITIÉ" 
    Une centaine de blessés sont admis chaque jour à l'hôpital 
d'Erbil, capitale du Kurdistan irakien autonome. On y envoie les 
cas trop graves pour être soignés dans les hôpitaux de campagne 
des abords de Mossoul, qui sont débordés, explique un 
administrateur de l'établissement.  
    Au service des grands brûlés se trouve une femme de 28 ans 
couverte de bandages. Seule une partie de son visage est 
visible. Elle était en train de faire du pain, dix jours après 
l'arrivée de l'armée dans son quartier, quand un obus de mortier 
s'est abattu sur sa cuisinière. "Ils s'en sont pris à nous après 
la libération", dit-elle d'une voix faible, évoquant les 
djihadistes.  
    Seuls 70.000 habitants de Mossoul, qui en compte un million, 
ont trouvé refuge dans des camps de déplacés dressés autour de 
la ville, selon les Nations unies. 
    "Nous avons décidé de rester parce que ma mère et mon père 
sont malades et parce que c'est dur de vivre dans les camps", 
explique Abou Abdelrahmane, un patient âgé de 42 ans. Cette 
décision lui a coûté une jambe. "Dieu puisse nous venger", 
lance-t-il en soulevant la couverture pour montrer cette jambe 
amputée sous le genou.  
    Malgré le bilan de plus en plus lourd, les blessés restent 
convaincus du bien-fondé de l'offensive. C'est le prix à payer 
pour être débarrassé de l'EI, disent-ils.   
    "Nous sommes heureux d'être libérés, mais Daech nous vole 
notre joie. Ils n'ont aucune pitié", déplore Abou Ahmed, qu'un 
tireur embusqué à blessé à une jambe.  
    De l'autre côté du couloir, Ziad Younès, dont le frère a 
succombé à ses blessures lors de son transport à l'hôpital, 
prend soin de son neveu, touché lui aussi par un obus de 
mortier. "Notre espoir était d'être libérés. Nous ne nous 
attendions pas à ça", dit-il. 
 
 (Jean-Philippe Lefief pour le service français) 
 
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