REPORTAGE-"Egyptian eyes only" à l'école Rafale de Mont-de-Marsan

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* Une quarantaine de pilotes et mécaniciens Egyptiens cet été * Faute d'export, le centre était jusque là franco-français * Formation théorique à Mont-de-Marsan, pratique à Saint-Dizier par Marine Pennetier MONT-DE-MARSAN, Landes, 2 septembre (Reuters) - "Egyptian eyes only" : au centre de formation Rafale de la base aérienne de Mont-de-Marsan (Landes), quelques inscriptions témoignent du récent passage d'une quarantaine de pilotes et mécaniciens égyptiens venus suivre pendant quelques mois une formation pour piloter l'avion de chasse français. Au rez-de-chaussée, l'indication "rest room - Egypt" (salle de repos) est toujours apposée sur une porte. A l'étage, une photographie dédicacée des pilotes égyptiens posant fièrement devant un Rafale orne le mur en guise de souvenir. En attendant d'autres visiteurs étrangers. Faute de succès de l'avion de chasse de Dassault AVMD.PA à l'export pendant près de 30 ans, la formation Rafale de Mont-de-Marsan était longtemps restée franco-française - seul un pilote anglais était venu se former dans le cadre d'un partenariat franco-britannique en 2012. Mais les contrats de vente de 24 Rafale à l'Egypte et au Qatar, sans compter les perspectives avec l'Inde et d'autres pays, ont changé la donne et ouvrent de nouvelles perspectives pour les militaires chargés de la formation. Dans le cas de l'Egypte, "c'était un challenge", souligne l'adjudant chef Paul, animateur multimédia. "Eux voulaient faire voler les avions au dessus des Pyramides pour l'inauguration du nouveau canal de Suez début août, nous on devait les former dans un laps de temps réduit", ajoute-t-il se rappelant quelques "sueurs froides" et "nuits blanches". "Le calendrier était très serré, les cours étaient rodés, la traduction en anglais était évidemment prête mais il a fallu réadapter les applications aux demandes des instructeurs et retravailler sur la traduction", ajoute-t-il. "Mais c'est extrêmement stimulant et ça nous prépare à former d'autres pilotes venus d'autres pays". MOZART OU CHOPIN DU RAFALE Chaque année, 400 stagiaires passent par le centre de formation Rafale, qui propose 34 formations spécifiques à un public varié, allant du pilote au mécanicien, en passant par les industriels ou les cadres travaillant sur cet avion présenté comme "le fleuron de l'aviation française". L'armée de l'air dispose actuellement de 93 Rafale, la Marine de 40, notamment à Mont-de-Marsan, Saint-Dizier et sur la base aéronautique navale de Landivisiau (Finistère). Destiné à remplacer les avions de combat des générations précédentes, le Rafale a fait ses preuves dès 2007 en Afghanistan, puis lors de l'intervention en Libye, au Mali ou plus récemment contre les bases de l'Etat islamique en Irak dans le cadre de l'opération Chammal. A des milliers de kilomètres du nord de l'Irak, dans une petite salle du CFR, le capitaine Julien a les yeux rivés sur l'écran d'ordinateur et les mains collées aux manettes. "Je vais aller intercepter un avion, il y a des ennemis qui vont se situer devant moi, le but ça va être de les attraper au radar et de les tirer", explique le jeune homme de 27 ans devant un "outil de familiarisation système", une machine permettent aux futurs pilotes d'avoir une première approche des commandes de l'avion de chasse de dernière génération. "Il y a tout un tas de boutons qu'il n'y avait pas sur les avions d'ancienne génération", souligne le capitaine Guillaume, également en formation. "Je pense que Chopin ou Mozart auraient été des spécialistes Rafale, il y a toute une gymnastique intellectuelle, il y a des réflexes à acquérir." LIMITE HUMAINE Au total, les stagiaires passent six mois à acquérir leur certificat de pilote : trois semaines de théorie à Mont-de-Marsan, quatre mois de pratique à Saint-Dizier (Haute-Marne) avant de repartir dans les Landes pour une nouvelle session théorique. Au programme, la maîtrise progressive de l'appareil et de son système via des applications en 2D combinée à des vols sur Rafale ou sur simulateur de vol, des reproductions à taille réelle de la cabine de pilotage permettant de multiplier les scénarios. "Contrairement aux avions d'ancienne génération, comme le Mirage 2000, qui n'avaient qu'un seul type de mission, le Rafale est un avion polyvalent, le pilote doit donc être capable de faire tous types de mission", souligne le commandant du CFR, Caroline. "Mission air-air (combat, interception, police du ciel), mission air-sol (appui tactique), mission air-mer, mission de reconnaissance ou encore de ravitaillement." Pour les pilotes Rafale stagiaires, "la limite ce n'est plus l'avion c'est l'homme". "Un combat aérien avec un Rafale se gagnera par le physique : l'avion donnera tout ce qu'il peut mais si le pilote n'arrive pas à suivre il ne pourra pas donner l'ampleur de ses manoeuvres", souligne le capitaine Guillaume. Depuis l'entrée en service des Rafale, cinq accidents se sont produits lors d'entraînements, dont un au sein de l'armée de l'air en décembre 2007 en Corrèze dans lequel le pilote a trouvé la mort. (Edité par Yves Clarisse)


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