REPORTAGE-Des chrétiens d'Irak de retour à Bartella, ville fantôme abandonnée par l'EI

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    par Ulf Laessing 
    BARTELLA, Irak, 24 novembre (Reuters) - Saïd Chaba a fui sa 
maison à l'été 2014 tandis qu'arrivaient les djihadistes de 
l'organisation Etat islamique. En cette fin novembre, de retour 
quelques heures chez lui, il inspecte les lieux. 
    La maison de ce chrétien de 59 ans a été pillée puis en 
partie incendiée. De sa vie passée, il ne reste guère qu'un CD 
datant du mariage de sa fille et une image profanée du Christ.  
    "Ils ont tout détruit, tout volé. Ils ont même emmené mon 
coffre-fort", dit-il en désignant, dans un placard de sa chambre 
à coucher, l'espace laissé vide par le coffre. 
    Saïd Chaba et sa famille vivaient à Bartella, un village 
chrétien et chiite situé à une vingtaine de kilomètres à l'est 
de Mossoul. Quand la grande ville du nord de l'Irak est tombée 
aux mains des forces d'Abou Bakr al Baghdadi, les habitants de 
Bartella se savaient menacés. 
    Deux mois plus tard, en août, les rumeurs de l'arrivée des 
colonnes de l'EI se faisaient pressantes : Chaba et les siens 
sont partis précipitamment en direction de l'est, vers Erbil, 
dans le Kurdistan irakien. Chaba comptait revenir le lendemain 
récupérer argent liquide et objets de valeur. Mais l'après-midi 
même de leur départ, les djihadistes occupaient leur ville. 
    Bartella, la "porte orientale vers Mossoul", est l'un des 
premiers villages à avoir été repris par les forces 
pro-gouvernementales irakiennes depuis le déclenchement, le 17 
octobre, de la contre-offensive. 
    Les djihadistes, en se retirant, ont laissé derrière eux une 
ville déserte encore régulièrement la cible d'attentats suicide 
à la voiture piégée organisés pour freiner la progression des 
troupes pro-gouvernementales. Les forces irakiennes sont en 
alerte, des Humvee de l'armée en patrouille dans les rues 
défoncées. 
     
    ZONE MILITAIRE 
    Se réinstaller à Bartella, reprendre sa vie d'avant : 
impossible pour l'instant. Le secteur a été déclaré zone 
militaire fermée. L'armée irakienne s'en sert de base avancée. 
    Mais, fatigués de vivre dans une maison louée à Erbil, Saïd 
Chaba et sa famille ont voulu revenir quelques heures chez eux 
pour voir ce qui restait de leurs affaires. Il leur a fallu pour 
cela se procurer un sauf-conduit. Saïd Chaba dit avoir fait 
jouer ses relations. 
    La principale source de revenus de la famille, un entrepôt 
de carburants, a été détruite lors des combats, dit-il. La 
maison, une modeste construction à un étage, en partie 
incendiée. 
    Retrouver l'icône du Christ est un soulagement. L'épouse de 
Chaba, Nidhal, la dépose sur un rebord de la fenêtre du salon, 
pillé. Un peu plus loin, la famille découvre aussi un CD des 
photographies prises lors du mariage de leur fille, Milano 
Youssouf.  
    "Ils ont tout brisé, les fenêtres, les portes, les murs. 
Mais ce CD est pour moi important, plus important que tout le 
mobilier. Il est irremplaçable", dit cette dernière. 
    D'autres habitants se pressent par centaines à un barrage de 
sécurité où l'armée choisit les civils autorisés à rentrer dans 
la ville, inspecter leurs maisons, repartir avec quelques-unes 
de leurs possessions. 
    "Nous devons nous assurer que les lieux sont sûrs, que Daech 
n'a pas laissé de bombes", explique un officier irakien. 
 
 (Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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  • M7163258 il y a 9 mois

    Qui donc se soucie du sort des minorités religieuses dans les pays musulmans?