REPORTAGE-Début de contestation au sein du califat de l'Etat islamique

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    * L'Etat islamique perd du terrain en Syrie et en Irak 
    * De nombreux dirigeants de l'EI ont été tués 
    * L'EI a légèrement relâché son contrôle dans ses bastions 
    * Mais utilise toujours la peur pour gouverner 
 
    par Maher Chmaytelli et Isabel Coles 
    ERBIL, Irak, 29 juin (Reuters) - Ce n'est qu'un M, première 
lettre du mot résistance en arabe, mais le simple fait qu'elle 
soit apparue une nuit sur un mur près de la Grande mosquée de 
Mossoul, capitale irakienne du "califat" de l'Etat islamique, 
est le signe d'un début de contestation. 
    L'initiale d'un mètre de haut environ a été effacée dès le 
lendemain par les djihadistes de l'EI - c'était il y a trois 
semaines environ - mais Reuters a pu la voir dans une vidéo que 
lui a montré un militant du groupe "Résistance". Ses membres 
risquent la peine capitale pour ce simple graffiti. 
    Près de deux ans après le discours instaurant le califat 
prononcé, de cette même mosquée, par son chef Abou Bakr al 
Baghdadi, l'organisation sunnite fondamentaliste, tout en 
restant très dure face à une population qui lui est de plus en 
plus hostile, commence à montrer des signes de faiblesse, selon 
des responsables irakiens et des personnes ayant réussi à fuir. 
    "Ils sont durs, mais ils ne sont pas forts", déclare le 
général Nadjm al Djoubbouri, qui dirige l'opération visant à la 
reconquête de Mossoul et des zones avoisinantes. "Ils sont 
rejetés par ceux qui les reçoivent." 
    Les sunnites habitant la région avaient dans un premier 
temps bien accueilli les djihadistes, considérés comme des 
sauveurs face à un gouvernement irakien chiite perçu comme un 
oppresseur, tandis que des étrangers répondaient par milliers à 
l'appel d'Abou Bakr Baghdadi à venir mener la guerre sainte. 
    Mais, deux ans après, l'EI semble avoir perdu l'avantage au 
profit de ses nombreux ennemis : armées syrienne et irakienne, 
forces kurdes de ces deux pays, rebelles sunnites rivaux, 
milices chiites soutenues par l'Iran, coalition internationale 
menée par les Etats-Unis qui multiplie frappes aériennes et 
opérations des forces spéciales contre ses commandants. 
     
    LES FONDATEURS DE L'EI PRESQUE TOUS MORTS 
    Sur les 43 fondateurs de l'EI, 39 ont été tués, selon un 
bilan fourni par Hicham al Hachimi, un spécialiste basé à Bagdad 
qui conseille le gouvernement irakien. 
    Quant à Abou Bakr al Baghdadi, il évolue dans une zone 
semi-désertique de plusieurs milliers de kilomètres carrés 
située à l'ouest du Tigre et au sud de Mossoul. Il évite de se 
rendre en Syrie. Deux de ses proches conseillers y ont été tués 
cette année : son "ministre de la Guerre", Abou Omar al Chichani 
(Omar le Tchétchène) et le numéro deux et administrateur du 
groupe, Abd al Rahman Al Kadouli, rappelle Hicham al Hachimi.   
    Aujourd'hui, les plus hauts dirigeants de l'EI à côté de 
Baghdadi sont Abou Mohammed al Adnani, le porte-parole du groupe 
qui a repris la supervision militaire après la mort d'Omar le 
Tchétchène, et Abou Mohamed al Chimali, qui supervise les 
combattants étrangers, et a succédé à Kadouli comme 
administrateur civil. 
    Aux dires de commandants militaires kurdes et irakiens, l'EI 
déploie des combattants moins expérimentés et moins 
idéologiquement engagés pour défendre ce qu'il reste de son 
"Etat", désormais attaqué de toutes parts. 
    Les forces armées irakiennes viennent de reprendre la ville 
de Falloudja, à l'ouest de Bagdad, et se dirigent maintenant 
vers le Nord, en direction de Mossoul, la grande ville contrôlée 
par l'EI. Elle comptait deux millions d'habitants avant la 
guerre. 
    En Syrie voisine, les forces soutenues par les Etats-Unis, 
se rapprochent de Manbij, tout près de Rakka, la capitale de 
fait de l'EI. L'armée syrienne soutenue par la Russie a aussi 
tenté une percée dans la province de Rakka, mais elle a pour le 
moment été repoussée. 
     
    "VOUS FERIEZ N'IMPORTE QUOI" 
    Sur un des fronts au sud de Mossoul, un groupe de femmes 
déplacées par l'offensive raconte que l'emprise des djihadistes 
se fait moins forte avec l'avancée des forces irakiennes, au 
point de ne plus punir celles qui ne portent pas le voile 
intégral. 
    Le nombre de combattants étrangers a beaucoup baissé tandis 
que le recrutement de combattants locaux apparaît difficile, 
sauf parmi les jeunes et les populations défavorisées, racontent 
des personnes qui se sont échappées, parmi lesquelles figurent 
trois repentis de l'EI qui se sont rendus aux forces kurdes. 
    "Quand on est un jeune homme et qu'on ne gagne même pas 250 
dinars et que quelqu'un vient et vous offre 20.000, 15.000 ou 
30.000, vous feriez n'importe quoi", explique un ancien de l'EI 
venu de la région d'Haouidja. 
    Un autre, Ahmed Ibrahim Abdallah, dit avoir été arrêté et 
torturé par l'EI pour avoir tenté de fuir. Il a vendu une vache 
pour payer sa caution et pouvoir prendre le large.     
    Compte tenu de la pénurie de combattants, des membres de la 
Hisba, l'institution de contrôle de la bonne application de la 
charia (loi islamique), sont de plus en plus souvent envoyés au 
front pour remplacer les combattants tués, racontent des 
personnes qui se sont enfuies ainsi que des responsables 
militaires irakiens et kurdes et des responsables du 
renseignement. 
    Ce qui signifie qu'il y a moins d'hommes pour faire 
appliquer les règles draconiennes et le code vestimentaire 
strict de la loi islamique. Mais, relativise un professeur de 28 
ans ayant fui récemment de Mossoul, les gens ont si peur des 
djihadistes qu'ils ne leur désobéissent pas même quand ils ne 
sont pas là. 
     
    COMBIEN DE CARTOUCHES POUR TIRER SUR LES INCROYANTS ? 
    Le professeur, qui a encore de la famille à Mossoul et 
souhaite rester anonyme, raconte aussi que le contenu des 
programmes scolaires a été revu par les djihadistes en fonction 
de leur idéologie. Il cite cet exemple de problème de 
mathématiques donné à ses élèves : "Un combattant a sept 
chargeurs dans son arme, contenant chacun 30 balles. Combien de 
cartouches peut-il tirer sur les incroyants ?" 
    Les cours d'arabes ont également été modifiés. Les élèves 
doivent trouver les mots manquants dans des phrases telles que : 
"L'Etat islamique se xxx et se xxx". La réponse est : 
"maintient" et "développe". 
    Bien que plus importante en nombre que les djihadistes, la 
population reste en position de faiblesse. Les habitants ont été 
désarmés et les forces de l'ordre purgées dans les jours qui ont 
suivi la prise de Mossoul. Mais les habitants ont tendance à 
donner de plus en plus d'informations aux forces de sécurité à 
l'extérieur de la ville. 
    Abdoul Rahman al Ouakaa, membre du conseil de la province de 
Ninive, explique que l'EI a commencé à déplacer ses dirigeants 
locaux de sorte qu'ils ne puissent plus être identifiés aussi 
facilement et leurs coordonnées transmises aux forces irakiennes 
et aux avions de la coalition. 
    Les djihadistes s'emploient aussi à couper les 
communications avec le monde extérieur. Des personnes sont 
exécutées pour avoir utilisé leur téléphone portable. Les 
antennes de télévision par satellite sont confisquées de façon à 
empêcher la population de s'informer sur la progression des 
forces irakiennes. 
    Les chefs de l'armée irakienne espèrent qu'il y aura un 
soulèvement contre les insurgés au moment où l'armée se 
rapprochera de Mossoul. Un général irakien a expliqué à Reuters 
que ses hommes étaient en contact avec des personnes à 
l'intérieur de Mossoul pour synchroniser une action de ce genre 
avec un assaut externe. 
    L'idée est d'engager les djihadistes sur plusieurs fronts à 
la fois autour de Mossoul, de les faire sortir de la ville, et 
de donner ainsi la possibilité à la population de se révolter. 
 
 (Danielle Rouquié pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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