REPORTAGE-Dans Mossoul, la chasse aux kamikazes potentiels

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    par Michael Georgy 
    MOSSOUL, Irak, 28 novembre (Reuters) - Un par un, dans ce 
quartier de Mossoul, les hommes sont invités par des membres des 
forces spéciales irakiennes à relever leur chemise pour montrer 
qu'ils ne portent pas de ceinture d'explosifs. 
    Puis ce sont leurs papiers d'identité qu'il faut présenter, 
et que l'on compare à une base de données contenant les noms de 
djihadistes recherchés par les autorités de Bagdad. 
    Ces scènes se répètent chaque fois que les forces 
gouvernementales irakiennes s'emparent d'un quartier de Mossoul, 
la grande ville du Nord tombée aux mains de l'organisation Etat 
islamique (EI) en juin 2014 et que Bagdad et ses alliés essaient 
de reprendre depuis le 17 octobre. 
    Il faut parfois une semaine pour s'assurer qu'une zone 
n'abrite plus aucun djihadiste de l'EI qui serait prêt à se 
faire sauter. 
    Dans une ville d'un million d'habitants, se cacher dans les 
tunnels que l'EI a creusés ou se mêler à la population n'est 
guère compliqué pour les combattants de Daech que l'avance des 
troupes gouvernementales place sur la défensive. 
    Dans le quartier de Choukak al Khadra, ce jour-là, les 
forces spéciales irakiennes patrouillent après avoir appris de 
certains habitants que des djihadistes s'y cachaient. 
    "Lève ta chemise maintenant !", crie un officier à un homme, 
barbu comme les djihadistes le sont et comme ils exigent des 
habitants des villes qu'ils contrôlent le soient aussi. 
    Des hommes sont assis par terre en rangs, attendant qu'on 
appelle leur nom. Quand c'est fait, ils s'approchent d'un 
officier qui vérifie sur un ordinateur qu'ils ne figurent pas 
sur la liste des djihadistes recherchés. 
    "Il y a environ 39.000 hommes recherchés en Irak", explique 
Mohamed Ali, un officier des services de renseignement. Environ 
80% d'entre eux, dit-il, sont des "terroristes", le terme que 
les autorités utilisent pour désigner les combattants de l'EI ou 
d'autres groupes d'islamistes radicaux. 
     
    "LE MAL" 
    Après vérification des identités, vient la séance de 
"redressement idéologique" menée par un autre officier des 
services de renseignement, Hussein Za'alan. 
    Il explique aux hommes assis par terre devant lui pourquoi 
Daech représente "le mal". 
    "Ils ont amené des criminels pour se battre dans notre 
pays", leur dit-il. "Ils prennent nos femmes, les engrossent". 
    Un autre officier se veut plus conciliant. "N'ayez pas 
peur", dit-il. "On a besoin de votre coopération. 
Débarrassez-vous de la peur qui étreint votre coeur. Daech est 
fini". 
    "Regardez donc ce qu'ils font de vos enfants. Ils les 
transforment en kamikazes". 
    Les exemples d'endoctrinement, forcé ou pas, par les hommes 
de Daech abondent. 
    Omar Abdoullah, 51 ans, peut en témoigner, à propos de son 
fils de 16 ans, Ibrahim, qui est là à ses côtés. 
    Il a suivi pendant dix jours des cours d'endoctrinement de 
l'EI avant d'être persuadé par son père de les abandonner. 
    Mais un autre de ses fils n'a pas eu cette chance. 
Aujourd'hui, il combat dans les rangs de l'EI à Tal Afar, à une 
soixantaine de km à l'ouest de Mossoul. 
    "Il voulait se marier mais n'avait pas l'argent pour ça car 
les temps sont durs", raconte-t-il. "Daech lui a fait un lavage 
de cerveau, lui a promis de l'argent et des vierges au Paradis. 
J'ai perdu mon fils". 
 
 (Gilles Trequesser pour le service français) 
 
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