REPORTAGE-Cuba en deuil au lendemain de la mort de Castro

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    par Nelson Acosta et Simon Gardner 
    LA HAVANE, 27 novembre (Reuters) - Un période de deuil de 
neuf jours s'est ouverte samedi à Cuba où le régime et les 
Cubains s'apprêtent à faire leurs adieux à celui qui a gouverné 
l'île communiste pendant près d'un demi-siècle. 
    Au lendemain de l'annonce de la mort de Fidel Castro par son 
frère et successeur Raul, les ventes d'alcool ont été 
suspendues, les drapeaux mis en berne et tous les concerts et 
spectacle annulés. 
    Des rassemblements monstres sont prévus sur l'immense place 
de la Révolution de La Havane où l'ancien dirigeant avait 
l'habitude de prononcer les discours-fleuves qui ont fait sa 
légende. 
    Conformément à ses voeux, le corps de Fidel Castro a été 
incinéré samedi et ses cendres seront acheminées aux quatre 
coins de l'île pour une procession qui s'achèvera le 4 décembre. 
    Des diplomates occidentaux sont attendus d'ici mardi pour 
assister à une commémoration qui sera organisée le soir-même. 
    Au cours de la période de deuil, les compétitions de 
baseball, discipline sportive favorite de Fidel Castro, ont été 
suspendues, a annoncé la fédération nationale. 
    Samedi, les journaux de l'île ont renoncé à leurs couleurs 
traditionnelles, le rouge pour le journal communiste Granma et 
le bleu pour Juventud Rebelde de la jeunesse communiste, pour ne 
paraître qu'en noir. 
     
    CALME INHABITUEL 
    "Pour moi, en premier, vient ma mère, puis mes enfants, mon 
père et enfin Fidel", explique Rafael Urbay, 60 ans, qui tient 
un magasin gouvernemental d'impression de photos. 
    Se remémorant sa jeunesse sur une île éloignée et privée 
d'eau potable, il rappelle : "Nous n'étions pas pauvres, nous 
étions misérables. "Puis sont venus Fidel et la révolution. Il 
m'a donné mon humanité. Je lui dois tout." 
    Devant l'université de La Havane, où Fidel Castro a étudié, 
des centaines d'étudiants se sont réunis pour scander "Vive 
Fidel ! Vive Raul", brandissant des drapeaux cubains. 
    "Fidel n'est pas mort parce que le peuple est Fidel", a 
lancé un étudiant. "Je suis Fidel", a-t-il poursuivi, repris 
ensuite par la foule. 
    "Fidel a mis Cuba sur la carte et il a fait de Cuba un 
modèle pour le monde, notamment pour les pauvres et les 
marginalisés", a dit Raul Alejandro Palmeros. 
    Malgré l'embargo et la crise économique, Cuba a réussi à 
maintenir un niveau d'éducation élevé, permettant à des 
générations d'étudiants d'accéder à des professions 
prestigieuses, dans la médecine notamment, même si beaucoup de 
diplômés occupent aujourd'hui des métiers sans rapport avec 
leurs qualifications. 
    "Ce qu'a fait Fidel avec l'éducation et la santé gratuite, 
c'est unique dans le monde", a estimé René Perez, comptable à la 
retraite et membre du Parti communiste. "C'est son principal 
héritage." 
    A La Havane, la vie semble toutefois reprendre peu à peu son 
cours normal, même si un calme inhabituel prédomine.  
    Les vendeurs de rues ont repris leurs activités et les 
rutilantes et emblématiques Chevrolet ont regagné les rues de la 
capitale cubaine. 
    "Habituellement, nous sommes pleins à craquer, mais 
aujourd'hui, il n'y a que des touristes qui sont venus et 
quelques Cubains. En général, c'est le contraire", observe Raul 
Tamayo, employé d'un restaurant très fréquenté du centre de La 
Havane. 
    "On dirait que les Cubains n'ont pas envie de s'amuser aussi 
rapidement après la mort de Fidel." 
 
 (avec Ana Isabel Martinez, Nicolas Delame pour le service 
français) 
 
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