REPORTAGE-Course de vitesse pour franchir la frontière hongroise

le , mis à jour à 17:55
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(Actualisé, § 2) par Ivana Sekularac KANJIZA, Serbie, 14 septembre (Reuters) - Une course de vitesse s'est engagée dans les Balkans, à quelques heures de l'entrée en vigueur de nouvelles règles restreignant le franchissement de la frontière hongroise, porte d'entrée à l'espace européen. Dès lundi après-midi, des cordons de policiers, appuyés par des militaires, ont bloqué une voie ferrée, principal point de passage emprunté par les migrants pour passer de Serbie en territoire hongrois, a rapporté une journaliste de Reuters sur place. Un hélicoptère faisait des cercles au-dessus du secteur. A compter de mardi, en vertu d'une réforme de la législation entérinée au début du mois, les autorités hongroises recueilleront et examineront les demandes d'asile à la frontière avec la Serbie. Les demandeurs d'asile seront ensuite transférés par autocar dans des centres d'accueil répartis sur le territoire. Ceux qui refuseront de coopérer seront retenus à la frontière. Ceux qui rentreront illégalement seront passibles de prison. Ces nouvelles mesures auront pour effet de ralentir le passage de milliers de migrants et réfugiés, Syriens en tête, qui cherchent à se rapprocher du coeur de l'Europe via la Grèce, la Macédoine et enfin la Serbie. D'après la police hongroise, un chiffre record de 5.809 personnes sont entrées depuis la Serbie dans la seule journée de dimanche, du jamais vu depuis le début de la crise migratoire. Lundi à la mi-journée, ils étaient 5.353 de plus. D'après un photographe de Reuters, un grand nombre de ces migrants ont aussitôt été acheminés par train au départ de Roszke, du côté hongrois, vers la frontière autrichienne, plus à l'ouest. "Nous avons entendu que les Hongrois fermeraient la frontière le 15 septembre, alors nous avons dû nous précipiter depuis la Grèce", explique Amer Abudalabi, élève ingénieur de 24 ans arrivé de Damas et croisé peu avant qu'il ne franchisse la frontière hongroise. "Nous n'avons pas dormi depuis samedi matin", ajoute-t-il. A quelques heures de l'entrée en vigueur de la nouvelle législation, des soldats hongrois se tenaient déjà du côté hongrois de la barrière métallique que le gouvernement de Viktor Orban fait ériger le long des 175 km de frontière avec la Serbie. "AVEC INTRANSIGEANCE" Alors que l'Union européenne ne parvient pas à s'entendre sur une réponse globale à la crise migratoire, la Hongrie dit assumer sa responsabilité en sécurisant une des frontières extérieures de l'UE. Mais un grand nombre de migrants tentent d'éviter de se faire enregistrer en Hongrie par crainte d'y être bloqués ou, en vertu du mécanisme de répartition proposé par la Commission européenne, d'être transférés d'office dans un autre pays européen. Lundi, à Budapest, Viktor Orban a installé dans leurs fonctions quelque 868 policiers supplémentaires qui iront renforcer le dispositif déployé à la frontière. "Vous serez confrontés à des gens qui ont été trompés. Vous serez confrontés à de la colère et à des agressions", leur a-t-il dit, leur demandant d'agir avec humanité mais de faire appliquer la loi "avec intransigeance". Dans le camp improvisé de Kanjiza, ville serbe située à une vingtaine de kilomètres au sud de la frontière hongroise, il semblait y avoir beaucoup de moins de monde que les jours précédents. A Belgrade, la capitale, à 190 km de la frontière par la route, le grand parc du centre de la ville où se regroupaient des migrants s'est considérablement vidé. Safet Ferhatbegovic, un bénévole qui y fait office de traducteur, explique qu'un grand nombre de personnes sont parties au cours du week-end, certains acceptant de payer jusqu'à 200 euros pour qu'un taxi les emmène à la frontière. Des travailleurs humanitaires rapportent par ailleurs que, plus au sud, les procédures ont été accélérées à la frontière entre la Macédoine et la Serbie et qu'un train a emporté directement des migrants vers la frontière hongroise sans passer par Belgrade. "Ils vont fermer la frontière", dit Ahmed, un Syrien de 25 ans originaire d'Alep. "Aujourd'hui, c'est le dernier jour." LIEN Pour LE POINT sur la crise des réfugiés: ID:nL5N11B061 (avec Krisztina Than à Roszke, côté hongrois de la frontière; Henri-Pierre André pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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