REPORTAGE-Au coeur des frappes aériennes françaises contre l'EI

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    * La localisation de la base jordanienne tenue secrète 
    * Elle contribue à plus de la moitié des frappes contre l'EI 
    * Un ballet aérien dense, des messages amicaux 
 
    par Marine Pennetier 
    SUR UNE BASE MILITAIRE JORDANIENNE, Jordanie, 1er janvier 
(Reuters) - C e vendredi 1er janvier, le réveil a sonné à quatre 
heures du matin. Deux heures plus tard, deux chasseurs 
bombardiers français décollaient de la base avant projetée (BAP) 
de Jordanie, direction Sinjar, dans le nord de l'Irak.  
    Un peu plus tôt, au cours de cette même nuit du nouvel an, 
deux autres Mirage 2000 frappaient des installations pétrolières 
de l'Etat islamique (EI), cette fois-ci dans la région de Rakka, 
"capitale" de l'organisation djihadiste en Syrie.  
    En un peu plus d'un an, la base jordanienne, dont le nom et 
la localisation sont tenus secrets à la demande des autorités 
locales, s'est imposée comme un pilier de l'opération française 
Chammal de lutte contre l'EI qui, selon le ministre de la 
Défense, Jean-Yves Le Drian, commence depuis peu à porter ses 
fruits.    
    En moyenne, chaque équipage décolle de ce terrain désertique 
balayé par le Khamsin -- le vent régional -- tous les deux-trois 
jours. Les vols sont, eux, quasi quotidiens et les fêtes de fin 
d'année n'ont pas changé la donne.  
    Le jour de Noël, des pilotes français de la base ont ainsi 
appuyé les forces irakiennes lors de leur offensive pour 
reconquérir de la ville de Ramadi, tombée sous la coupe de l'EI 
en mai dernier.  
    "On était tous volontaires pour voler le 25 et le 31", 
souligne le capitaine Pierre, pilote de 31 ans qui a effectué la 
mission près de Sinjar, vendredi matin. "Notre détachement est 
arrivé le 1er décembre. On a vécu les attentats en France puis 
on est venus ici, donc ça nous tient vraiment à coeur. Je ne 
dirais pas que c'est une revanche mais c'est galvanisant".  
     
    "KLOUNG !" 
    Marqués par les attentats revendiqués par l'EI qui ont fait 
130 morts à Paris et à Saint-Denis, les militaires assurent 
toutefois n'avoir pas le temps d'y penser lorsqu'ils appuient 
sur le bouton qui largue la bombe.  
    "Pendant la phase de tir, c'est le moment d'adrénaline. Il y 
a le silence dans le cockpit", raconte le capitaine Pierre, issu 
de l'escadron de chasse d'Istres. "On entend et on sent partir 
la bombe, ça soulève un tout petit peu et on entend 'kloung !'. 
Les bombes d'une tonne, là, on les sent vraiment. Il y a plus 
d'explosifs donc ça fait des dégâts beaucoup plus importants."  
    Au total, depuis le début de l'opération Chammal, en 
septembre 2014, l'armée française a mené plus de 388 frappes et 
détruit plus de 711 objectifs. Plusieurs centaines de 
combattants djihadistes auraient été tués dans ces frappes, 
selon une source diplomatique française. 
    A eux seuls, les six Mirage 2000 de Jordanie effectuent la 
moitié des frappes menées par la France qui mobilise également 
six Rafale aux Emirats arabes unis et 26 avions de chasse sur le 
porte-avions Charles de Gaulle déployé dans le golfe persique. 
La contribution actuelle de la France à la coalition 
internationale emmenée par Washington en termes de frappes est 
de l'ordre de 20%.  
    En Jordanie, les pilotes français effectuent en majorité des 
missions d'appui aux troupes irakiennes et aux combattants 
kurdes, les Peshmergas, une coopération semblable à un "gâteau" 
avec différentes couches, pour le capitaine Pierre.  
   "Les forces irakiennes et les Peshmergas au sol. Au-dessus, 
entre 2 à 3000 pieds, les drones qui sont vraiment les yeux de 
la coalition. Ensuite, on a les avions de chasse américains ou 
de la coalition et, encore au-dessus, les ravitailleurs qui sont 
là pour assurer des temps de présence sur zone assez 
conséquents." 
     
    "HAPPY NEW YEAR" 
    Un ballet aérien dense qui peut parfois donner lieu à des 
échanges amicaux et insolites, comme lors du réveillon du nouvel 
an où des "Happy new year" ont fusé entre avions de la coalition 
ou encore dans la période qui a suivi les attentats du 13 
novembre.  
    "Aujourd'hui, c'était 'Happy new year'. Tout le monde s'est 
souhaité une bonne année en anglais", raconte le capitaine 
Pierre. "Après les attentats, on a senti que les Américains et 
les Australiens étaient assez solidaires. Ils essayaient de nous 
dire 'bonne soirée' en français ou un 'bonjour' et des petits 
mots. A 5km d'altitude, au milieu de l'Irak, ça fait chaud au 
cœur." 
    Et cela permet d'oublier pour un moment les risques d'une 
éjection en plein vol. Car, près d'un an après, le cas du pilote 
jordanien capturé et brûlé vif par l'Etat islamique après s'être 
éjecté de son F-16 est dans toutes les mémoires, y compris 
celles des pilotes les plus aguerris, comme le capitaine Cyril, 
29 ans, qui a servi en Afghanistan, en Libye ou encore au Mali. 
    "La grande différence en Syrie, c'est que les vols sont 
beaucoup plus risqués en terme d'éjection", souligne-t-il. "En 
Afghanistan, il y avait des armées occidentales sur place qui 
pouvaient venir nous chercher." 
    "Ici, on sait qu'en cas d'éjection, on va devenir la 
priorité numéro un de Daech. Du coup, on prévoit tous les cas 
possibles et on établit à l'avance les zones dans lesquelles il 
vaut mieux s'éjecter".  
 
 (Edité par Jean-Philippe Leffief) 
 
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