REPORTAGE-Au camp d'Idomeni, les bébés menacés par le manque d'hygiène

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    par Lefteris Papadimas 
    IDOMENI, Grèce, 9 mars (Reuters) - La petite Syrienne 
Assima, née il y a six jours, est étendue sur le dos à quelques 
mètres d'une rangée de toilettes publiques utilisées par la 
foule des réfugiés et migrants massés à la frontière 
gréco-macédonienne. 
    Elle est l'une des plus jeunes, parmi les milliers de 
personnes contraintes d'attendre dans le camp d'Idomeni, où des 
employés humanitaires dénoncent le manque d'hygiène. Un peu plus 
au nord, la Macédoine vient d'annoncer la fermeture complète de 
sa frontière aux migrants en situation illégale. 
    Selon l'ONG Médecins sans frontières (MSF), le camp 
d'Idomeni, adossé à la frontière, compte au moins 40 femmes 
enceintes, et quatre personnes sur dix hébergées ici sont des 
enfants. 
    "Il y a dans ce camp de nombreux bébés, vulnérables aux 
infections pulmonaires", fait remarquer Christian Reynders, 
coordinateur adjoint de MSF à Idomeni. 
    "Les réfugiés allument des feux, la nuit, pour que leurs 
familles n'aient pas froid. Ils brûlent tout, du bois, des sacs 
en plastique, de vieux habits. La fumée est toxique et nous 
craignons que des infections pulmonaires, tout particulièrement 
chez les nouveau-nés, ne provoquent des affections chroniques au 
niveau respiratoire", ajoute-t-il. 
    Une soixantaine d'enfants tombent malades chaque jour en 
raison de l'humidité et des fumées, à en croire les médecins de 
MSF. 
    Au dernier décompte, 36.000 réfugiés et migrants étaient 
bloqués en Grèce, mercredi, du fait de la fermeture des 
frontières balkaniques. 
     
    SOUS UNE TENTE MINUSCULE TACHÉE DE BOUE 
    La mère d'Assima a accouché à Kilkis, localité située à une 
quarantaine de kilomètres du camp d'Idomeni, mis en place dans 
des prairies boueuses. Ensuite, elle a vite regagné le camp, 
attendant, tout comme 13.000 autres migrants, de pouvoir 
franchir une frontière qui semble désormais fermée en 
permanence. 
    L'infirmière de l'ONG caritative Arsis qui s'occupe de 
changer les couches d'Assima dit connaître au moins cinq 
nouveau-nés contraints de vivre dans des conditions déplorables. 
    "J'ai appris il y a quelques minutes que nous avions un bébé 
de trois mois qui ne pèse que trois kilos", soit moitié moins 
que le poids habituel à cet âge, dit-elle. 
    "Quelques jours après la naissance, les parents reviennent 
au camp avec leur bébé. Ils craignent de perdre leur place 
lorsqu'il sera possible de passer la frontière. Nombre d'entre 
eux souffrent de malnutrition", explique l'infirmière. 
    Sarala, une jeune femme qui a dans les vingt à vingt-cinq 
ans, vit dans le camp d'Idomeni depuis 19 jours, sous une tente 
minuscule maculée de boue. Elle a fui la ville d'Idlib, dans le 
nord-ouest de la Syrie, en compagnie de sa fille, qui n'avait 
alors que deux semaines. Arrivée en Grèce voici un mois, elle 
aspire à se rendre en Allemagne. 
    Son bébé porte une grenouillère rose, elle aussi tachée de 
boue.  
    "Je resterai dans le camp jusqu'à ce que la Macédoine ouvre 
sa frontière", dit-elle à Reuters. "J'étais une des premières à 
arriver à Idomeni. Je ne veux pas perdre la moindre occasion de 
passer". 
 
 (Eric Faye pour le service français) 
 
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