REPORTAGE-A Wissembourg, l'incrédulité des proches du kamikaze du Bataclan

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    * Un "enfant du pays" réputé gentil et bien éduqué 
    * Une zone qui offre des emplois 
    * Mohamed-Aggad aurait été refusé par la police et l'armée 
 
    par Gilbert Reilhac 
    WISSEMBOURG, Bas-Rhin, 9 décembre (Reuters) - A Wissembourg, 
petite ville tranquille du nord de l'Alsace, l'incrédulité 
domine après la révélation que le troisième kamikaze du Bataclan 
était un enfant du pays, dont ceux qui l'ont approché vantent la 
gentillesse et la bonne éducation. 
    Le départ pour la Syrie, fin 2013, de Foued Mohamed-Aggad, 
jeune homme de 23 ans mort dans l'attaque qui a fait 90 morts le 
13 novembre dernier dans la salle de spectacle parisienne, était 
pourtant connu de tous.   
    Avec son frère aîné, Karim, et deux autres garçons de 
Wissembourg, dont l'un a été rattrapé in extremis par ses 
parents à l'aéroport de Francfort, il faisait partie d'un groupe 
de jeunes radicalisés du quartier de la Meinau à Strasbourg 
partis faire le djihad selon les autorités françaises, pour de 
l'action humanitaire selon ceux qui sont revenus. 
    Sept d'entre eux, dont Karim Mohamed-Aggad, ont été 
interpellés mi-2014 après leur retour en Alsace, mis en examen 
et placés en détention provisoire. 
    "Je n'arrive pas croire que c'est lui. Pour moi, il est 
parti pour s'en sortir, pas pour faire le djihad", estime Yazar 
Mesut, Wissembourgeois de 46 ans rencontré par Reuters avec 
quelques-uns de ses amis dans un bar de la ville. 
    "Je ne comprends pas comment il a pu tuer des gens", 
ajoute-t-il à propos de celui qui a été son jeune voisin, un 
jeune "très intelligent et très poli, qui connaissait le respect 
et ne se prenait pas pour un caïd". 
     
    REFUSE PAR LA POLICE ET L'ARMÉE 
    C'est la mère de Foued Mohamed-Aggad qui a permis de 
l'identifier après avoir reçu un SMS depuis la Syrie lui 
annonçant la mort de son fils, a dit l'avocate de la famille. 
    "Ce SMS lui indiquait que son fils était mort: 'il est mort 
le 13 novembre avec ses frères'. Elle a eu immédiatement une 
terreur, celle de penser qu'éventuellement il pouvait être un 
des kamikazes du Bataclan", a dit Me Françoise Cotta sur iTELE. 
    "C'est elle qui m'a contactée, qui m'a demandé d'informer le 
juge d'instruction et c'est elle qui a souhaité que des tests 
ADN soient réalisés", a-t-elle ajouté. 
    Françoise Cotta a souligné que le jeune homme était resté en 
contact avec sa mère et avec son frère, et qu'il leur avait 
annoncé avoir un projet kamikaze en Irak, d'où l'étonnement de 
sa famille de savoir qu'il était revenu en France. 
    Youssef a également été le voisin de la famille 
Mohamed-Aggad, deux frères et une sœur que leur mère, d'origine 
marocaine, élevait seule après avoir divorcé de son mari 
d'origine algérienne, il y a une dizaine d'années. 
    Il souligne que le jeune homme avait raté de quelques points 
le concours d'entrée dans la police et avait également été 
refusé par l'armée. 
    "C'est la seule fois où il a été déçu, il s'en plaignait. Il 
pensait que c'était parce qu'il était d'origine étrangère", 
dit-il. "C'était quelqu'un de tranquille, de posé, qui n'avait 
pas de casier judiciaire." 
    La municipalité de Wissembourg et le parquet de Strasbourg, 
contactés par Reuters, n'ont pas souhaité s'exprimer pour 
confirmer ou infirmer ces dires. 
     
    UNE RÉGION DOTÉE D'EMPLOIS 
    Foued était croyant "comme nous tous", disent ses amis. Il 
aurait évolué vers une plus grande religiosité à partir de 2012, 
fréquentant plus assidûment la mosquée de son quartier. 
    "Il y allait en mettant le voile blanc sur la tête et la 
longue chemise", décrit Christian Mahler, qui fut son voisin de 
palier dans le coquet quartier de petits immeubles situé 
derrière la gare où la famille est restée un ou deux ans. 
    Le voisin décrit aussi une mère courage "qui avait parfois 
des différends avec ses fils" et s'excusait ensuite lorsqu'ils 
avaient fait du bruit. 
    Foued vivait d'emplois intérimaires, après des études dans 
un lycée technique, dans une ville où la situation des jeunes 
d'origine immigrée est jugée difficile par les intéressés. 
    Le bassin d'emploi de cette zone frontalière est pourtant 
l'un des plus favorisés de la région grâce à ses industries mais 
aussi aux entreprises allemandes dont l'usine de camions 
Mercedes de Woerth, dans le Palatinat. 
    Can Yakup, un entrepreneur d'origine turque, confirme . 
    "Dans mon entreprise, j'ai du mal à recruter. Quand on a 
envie de bosser, on trouve toujours du travail", affirme celui 
qui est aussi président du foyer culturel turc dont Foued a 
fréquenté les cultes. 
    "Il est venu une ou deux fois", relativise Can Yakup. "La 
dernière fois, je l'ai mis à la porte parce qu'il voulait faire 
sa prière tout seul", signe selon lui, que les autres croyants 
n'étaient plus pour lui "d'assez bons musulmans". 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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