REPORTAGE-A Vintimille, le "Calais" italien où les migrants rêvent de passer en France

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    * Les migrants ne veulent pas rester en Italie 
    * La frontière est bloquée et très peu arrivent à passer en 
France 
    * Sarkozy estime que la "bataille de Calais" se joue à 
Vintimille 
 
    par Matthias Galante 
    VINTIMILLE, Italie, 5 octobre (Reuters) - "No Italia ! No 
Italia !" crient en choeur les réfugiés qui séjournent au camp 
de la Roya, près de la ville italienne de Vintimille, à quelques 
kilomètres de la frontière française. 
    Dans le plus grand des deux centres d'accueil locaux 
végètent plusieurs centaines de personnes, surtout des hommes 
ayant fui la misère ou la guerre, dont beaucoup de Soudanais, 
Erythréens, Ethiopiens et Afghans. Ils veulent à tout prix 
passer en France pour y demander l'asile ou pour poursuivre leur 
route vers d'autres pays européens. 
    "Aujourd'hui, il y a environ 600 migrants alors que le site 
à une capacité d'accueil de 380 personnes", explique Fiammetta 
Cogliolo, responsable de la Croix-Rouge de Ligurie. 
    Ce camp situé à 45 minutes de marche de Vintimille a été mis 
sur pied par l'Italie en juillet dernier pour faire face à 
l'afflux de réfugiés après le démantèlement de camps sauvages le 
long de la mer à la suite du rétablissement, en juin 2015, des 
contrôles à la frontière française empêchant le passage. 
    Soutenu notamment par l'association catholique Caritas, un 
deuxième centre, plus ancien et situé tout près du centre-ville, 
accueille uniquement les femmes, les enfants isolés ainsi que 
les familles grâce aux bénévoles et aux dons spontanés. 
    "On a en permanence entre 70 et 80 personnes depuis mai", 
explique sur place le prêtre Rito Julio Alvarez. "Au début, les 
couchages étaient à même le sol. On a trouvé des lits dont 
certains proviennent de la prison de Savone." 
    Si la plupart des exilés sont pris en charge par les deux 
centres, certains, dont le nombre est difficile à estimer, 
vivent le long de la rivière Roya et sont discrètement aidés par 
des militants altermondialistes de "No Border". 
    "On leur dit que se rendre en France est impossible", 
explique Fiammetta Cogliolo, alors que 10.000 personnes ont été 
secourues rien que cette semaine en Méditerranée par l'Italie. 
     
    LE "PETIT CALAIS" 
    Cette situation qui perdure vaut à l'agglomération de 55.000 
habitants d'être comparée à un "petit Calais". 
    Comme dans le nord de la France, où le gouvernement a promis 
le démantèlement avant l'hiver de la "jungle" qui accueille 
9.000 migrants, la tension est vive : début août, environ 200 
migrants ont passé en force l'ancien poste frontière de Menton 
pourtant surveillé par des policiers français. 
    "La bataille de Calais se joue à Vintimille", a récemment 
estimé Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire de la droite 
française, dont l'immigration est l'un des principaux sujets de 
campagne. 
    Une "bataille" pour l'heure sans vainqueur. 
    Officiellement, les occupants du camp "Roya", du nom de la 
vallée qui file derrière Vintimille, sont identifiés "par une 
photo, leurs nom et nationalité mais pas avec des empreintes", 
dit un membre de la Croix-Rouge.  
    Munis d'un badge d'accès, ils peuvent rester au maximum sept 
jours sur place mais, selon ce même travailleur humanitaire, 
elle n'est pas respectée et ils restent beaucoup plus longtemps. 
    Un inexorable mouvement de va-et-vient rythme la vie des 
lieux : les migrants arrivent, partent, puis reviennent après 
avoir été interceptés par les forces de sécurité françaises, au 
gré des tentatives nocturnes plus ou moins désespérées visant à 
franchir la frontière via des routes de montagne escarpées, le 
long d'étroites voies de chemin de fer, ou en train. 
    Quelques-uns seulement réussissent à passer entre les 
mailles serrées du filet et les échecs ne les dissuadent pas. 
    Hassan, jeune majeur du Darfour qui dit être parti il y a 
cinq ans avec ses deux frères, est l'un d'eux : "J'en suis à ma 
huitième tentative pour rentrer en France", dit-il. 
    Le prochain essai est pour bientôt. "Peut-être un vendredi 
soir", ajoute l'homme qui rêve de "devenir ingénieur" en France. 
    Sur leur destination finale, contrairement aux idées reçues 
qui font du Royaume-Uni la terre promise, plusieurs exilés 
disent vouloir vivre en France. Très peu souhaitent rester en 
Italie où, selon Fiammetta Cogliolo, "sur 5.000 personnes depuis 
cet été, seules quinze ont demandé l'asile." 
    "Je veux aller à Montpellier car une Française que j'ai 
croisée sur un bateau m'en a parlé", lance Magdi, francophone, 
parti du Soudan le 6 janvier 2016 pour le Tchad, le Niger, la 
Libye avant d'arriver le 18 août dernier à Vintimille.  
    Comme beaucoup de migrants, il est prêt à prendre les plus 
grands risques. "Lors de notre dernière tentative il y a dix 
jours, un ami a été percuté par un train le long du rail", 
raconte-t-il. "Grièvement blessé, il est toujours hospitalisé. 
Pourquoi le gouvernement français ne nous laisse pas passer ?" 
    Au jeu du chat et de la souris avec les policiers, gendarmes 
et soldats français qui ont quadrillé le terrain frontalier, en 
particulier dans la vallée de la Roya, le Soudanais pense que 
ses chances de succès passeraient plus sûrement par des moyens 
financiers sonnants et trébuchants que par son seul courage.  
    "Pour passer en France, il faut de l'argent", déclare-t-il. 
    Le business des passeurs est d'ailleurs l'une des priorités 
de la préfecture des Alpes-Maritimes, qui a indiqué mardi à 
Reuters en avoir interpellé 144 depuis le début de l'année, dont 
dix rien que la semaine dernière.  
    Une semaine durant laquelle 1.521 arrestations de migrants 
ont été effectuées avec un taux de reconduite à la frontière de 
94%, pour un total de 24.344 interpellations dans ce 
département, depuis début 2016, précise cette même source. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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