REPORTAGE-A Londres, le Brexit est toujours difficile à accepter

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    par Estelle Shirbon 
    LONDRES, 22 août (Reuters) - Deux mois après le référendum, 
la victoire du Brexit reste une pilule difficile à avaler pour 
les Londoniens, et plus particulièrement les habitants des 
quartiers multiculturels. 
    Dans cette ville cosmopolite, où sont célébrées les 
différences culturelles et ethniques, 28 districts sur 33 ont 
rejeté le Brexit et sa campagne anti-immigration. Mais le pays a 
majoritairement voté pour une sortie de l'UE, plongeant les 
Londoniens en plein désarroi. 
    Le 23 juin, Will Bushby, un jeune militant de la campagne 
pour le vote "Remain", est resté éveillé toute la nuit pour 
suivre les résultats du référendum qui arrivaient au 
compte-gouttes avant de fondre en larmes, "le coeur brisé", à la 
publication des résultats définitifs. 
    Pour Rosemarie Mallett, vicaire de l'Eglise anglicane 
originaire de La Barbade, entendre sa fille lui demander "Maman, 
devons-nous partir?", alors que celle-ci s'était jusqu'alors 
sentie la bienvenue au Royaume-Uni représente son pire souvenir 
du référendum. 
     
    "NOUS VIVONS DANS UNE BULLE" 
    Marta Szlendak, une immigrée polonaise vivant à Londres 
depuis neuf ans, se souvient d'un étrange silence dans les rues 
en se rendant à son travail le matin du Brexit. Elle raconte 
avoir vu l'incrédulité sur les visages des Londoniens. 
    Elle dit n'avoir jamais mis en doute son statut en 
Grande-Bretagne, où elle travaille dans un cabinet de conseil, y 
élève une fille née au Royaume-Uni et compte beaucoup d'amis 
dans la communauté locale, où elle s'est toujours sentie la 
bienvenue.  
    Comme beaucoup de Londoniens, elle s'attendait à ce que le 
camp du "Remain" gagne le référendum.  
    Face aux propos anti-immigration prononcés lors de la 
campagne, elle a tout de même commencé les démarches 
administratives pour obtenir sa naturalisation britannique. Elle 
projette maintenant de demander un passeport polonais pour sa 
fille, pour que celle-ci puisse continuer à profiter des 
avantages d'une citoyenne européenne. 
    Cette immigrée polonaise affirme que le référendum lui a 
donné l'impression de ne pas connaître la Grande-Bretagne. 
    "Londres est tellement diversifié et les gens sont si 
ouverts d'esprit. Mais cela m'a fait réfléchir et m'a inquiété 
pour ce qu'il se passe ailleurs qu'à Londres", dit-elle. "Je 
crois que nous vivons dans une sorte de bulle ici." 
     
    LA DIVERSITÉ CONTRE LE BREXIT 
    C'est au coeur de la capitale, dans le district ("borough") 
de Lambeth, au sud de la Tamise, que le vote pour le maintien 
dans l'UE a été le plus fort avec 78,6% de votes pour le 
"Remain", le plus important pourcentage de Grande-Bretagne. 
    L'une des principales caractéristiques de Lambeth, qui 
explique en partie ce résultat, est sa diversité, que l'on 
retrouve dans les districts d'Hackney et d'Haringey, où le 
"Remain" est également arrivé premier. 
    "Il semblait que si vous votiez pour sortir (de l'UE), vous 
votiez pour une Grande-Bretagne fermée. Personne ici ne voulait 
cela", analyse Rosemarie Mallett, dont la paroisse se trouve à 
Brixton, un quartier de Lambeth où vivent une forte communauté 
afro-caribéenne et des personnes originaires d'Afrique, du sud 
de l'Europe et d'Amérique latine. 
    Plus de 43% des 322.000 habitants de Lambeth font partie des 
minorités ethniques et de la communauté noire, un nombre proche 
de la moyenne londonienne mais trois fois supérieur à la moyenne 
nationale. Un tiers d'entre eux sont nés à l'étranger, 
principalement en Jamaïque, au Portugal et en Pologne. 
    Le quartier est également un fief du Parti travailliste, qui 
a fait campagne pour le maintien dans l'UE. Mais Kate Hoey, une 
députée travailliste représentant la circonscription de 
Vauxhall, qui regroupe en grande partie le district de Lambeth, 
n'a pas suivi la ligne du parti et soutenu ouvertement le 
Brexit. 
    La députée a irrité bon nombre de ses électeurs en 
apparaissant aux côtés de Nigel Farage, le dirigeant du parti 
Ukip, anti-UE et anti-immigration, lors d'un événement très 
médiatisé de la campagne.  
    Après le référendum, les membres de la paroisse de Rosemarie 
Mallett à Brixton, qui ne fait pas partie de la circonscription 
de Kate Hoey, ont été profondément bouleversés par les attaques 
verbales, les menaces et même les crachats contre les immigrés 
ou les minorités ethniques recensés dans les médias. 
    En réaction à ce regain de violence raciste, l'organisation 
London Citizens a distribué des badges portant le slogan "Aimons 
Londres. Pas de place pour la haine" à l'extérieur de la station 
de métro de Brixton durant l'heure de pointe. Des centaines de 
personnes ont récupéré ces badges afin de montrer ouvertement 
leur aversion aux attaques racistes. 
    Mais de nombreux membres de la paroisse de Brixton restent 
inquiets pour l'évolution de leurs conditions de vie, de leur 
statut d'immigré et de leurs droits après le Brexit. 
    "Les gens sont préoccupés par leur avenir dans ce pays", 
analyse la vicaire Rosemarie Mallett. 
 
 (Laura Martin pour le service français; édité par Henri-Pierre 
André et Marc Angrand) 
 
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