REPORTAGE-A l'hôpital de Suruc, une vision de l'horreur à Kobani

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* Les blessés kurdes affluent vers Suruc en Turquie * L'hôpital de Suruc ne peut traiter toutes les blessures * A 10 km de là, Kobani, assiégée par l'Etat islamique par Daren Butler SURUC, Turquie, 6 octobre (Reuters) - Les médecins de l'hôpital de la ville turque de Suruc ont le plus grand mal à faire face à l'afflux de combattants kurdes blessés qui arrivent du secteur de Kobani en Syrie voisine où les combats font rage contre les djihadistes de l'Etat islamique. Depuis un regain de violence il y a un peu plus de deux semaines, on compte plusieurs centaines de morts dans chacun des deux camps, estiment les observateurs. La jeune femme d'une vingtaine d'années amenée ce dimanche inconsciente à l'hôpital, situé juste à la frontière avec la Syrie, ne va pas pouvoir être soignée sur place. Ses blessures à la tête, dissimulées par des bandages ensanglantés, sont trop graves pour les moyens limités de ce petit hôpital. De l'autre côté de la frontière, à dix kilomètres plus au sud, les combats se poursuivent pour le contrôle de Kobani entre les djihadistes de l'EI et la milice kurde des Unités de défense populaire (YPG). "C'est une combattante de l'YPG. Cinq ou six sont déjà arrivés aujourd'hui. Hier, une trentaine sont venus", explique à la volée un aide-soignant alors que la jeune femme est amenée en trombe à l'intérieur. Après les premiers soins, elle est transportée à l'extérieur de l'hôpital et des chauffeurs reçoivent l'ordre de la conduire à 190 km de là, à Diyarbakir, la plus grande ville du Sud-Est turc à dominante kurde. "Le cerveau est touché. Son crâne est fracturé. Cela ne se présente pas bien", commente un médecin alors que l'ambulance démarre en trombe toutes sirènes hurlantes. Dimanche aussi, la violence a touché le sol turc. Cinq membres d'une famille turque ont été blessés par un projectile perdu qui est tombé sur leur maison située près de la frontière. "DIEU LES MAUDISSE" Les combattants blessés ne représentent qu'une partie des cas traités par les médecins turcs près de Kobani. En un peu moins de trois semaines, quelque 180.000 personnes ont fui les combats, aggravant la situation humanitaire le long de la f frontière. La Turquie accueille déjà 1,2 million de réfugiés qui ont fui la Syrie depuis le début de la guerre en mars 2011. Les réfugiés campent où ils peuvent : dans les mosquées, les magasins abandonnés, etc. Les couloirs de l'hôpital de Suruc sont noirs de monde : personnes âgées en chaises roulantes, bébés accrochés à leurs mères. "Nous sommes arrivés en Turquie avec nos bébés et nos familles il y a cinq jours. Nous avons eu peur quand les combats se sont rapprochés", raconte une mère, la tête couverte d'un foulard. Elle tient dans ses bras Moustafa, âgé de cinq mois. Le chemin vers la Turquie est périlleux. La semaine dernière, quatre enfants ont été blessés, dont deux gravement, après s'être égarés dans un champ de mines à la frontière alors qu'ils attendaient pour passer la frontière. Ceux qui ont fui les combats racontent que la résistance kurde est restée forte à Kobani, malgré le pilonnage de la ville à l'artillerie lourde par les combattants de l'Etat islamique qui se rapprochent des faubourgs. "Tout le monde se bat à Kobani. Il y a des femmes de mon âge à qui l'ont donne des grenades à lancer", raconte Alife Ali, 63 ans, qui attend à l'hôpital, un petit enfant dans les bras. "Les nôtres ont creusé un fossé de cinq mètres de large et de profondeur autour de la ville pour la protéger. Nous combattrons jusqu'au dernier", dit-elle. Hassan, lui, attend anxieusement une parente, une jeune fille de 20 ans, blessée dans les combats. "Une balle est entrée ici et est sortie de l'autre côté", explique Hassan montrant une ligne allant d'une hanche à une autre. "Elle a pris les armes avec l'YPG. Il lui ont donné une arme bien que n'ayant aucune expérience", ajoute-t-il. Sa mère, assise à côté de lui, prend à la parole quand elle entend qu'on parle de l'Etat islamique. "Que Dieu les maudisse. Ils sont pire que des monstres. Regardez ce qu'ils ont fait à notre peuple", dit-elle en pleurant. (Danielle Rouquié pour le service français)

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