REPORTAGE-A Cologne, angoisse et colère après les agressions du nouvel an

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    * La politique d'accueil de Merkel et la police de la ville 
sont pointées du doigt 
    * Dans le quartier de la gare, des adolescentes ne se 
sentent plus en sécurité 
    * Les réfugiés redoutent d'être victimes d'amalgames 
 
    par Joseph Nasr 
    COLOGNE, Allemagne, 8 janvier (Reuters) - Malgré la forte 
présence policière visible devant la cathédrale gothique du 
centre de Cologne, Lisa Elsner, une adolescente de seize ans, ne 
se sent pas en sécurité. 
    C'est dans ce quartier de la ville que dans la nuit du 
nouvel an, 121 femmes ont été victimes de vols à l'arraché, de 
menaces ou d'agressions sexuelles par des petits groupes 
d'hommes "d'origine arabe ou nord-africaine", selon la police 
locale. 
    Alors qu'on lui demande si elle se sent en confiance dans le 
centre de cette ville touristique de 1,2 million d'habitants, au 
bord du Rhin, Lisa répond: "Pas toute seule, et certainement pas 
la nuit." 
    Assise à côté d'elle dans un café proche de la gare, sur un 
côté de la cathédrale, son père acquiesce de la tête. 
    Après avoir tardé à réagir - il a fallu attendre cinq jours 
pour que les autorités locales fassent état de ces agressions -, 
la police locale a renforcé le dispositif de sécurité dans le 
quartier. Mais les médias et une partie de la classe politique 
lui reprochent d'avoir été débordée le 31 décembre au soir et de 
ne pas avoir agi suffisamment vite pour stopper les agresseurs. 
    Le chef de la police de Cologne, Wolfgang Albers, a du reste 
été relevé de ses fonctions et mis à la retraite d'office, a 
déclaré vendredi à Reuters un responsable du gouvernement 
régional du land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. (voir 
 ID:nL8N14S2W4 ) 
    Alors que des responsables allemands ont indiqué que des 
demandeurs d'asile étaient au nombre des suspects, Shawn 
Barsohn, un adolescent de 17 ans, se dit convaincu que les 
agressions en série du nouvel an sont la conséquence directe de 
la décision d'Angela Merkel d'avoir accueilli près de 1,1 
million de réfugiés et migrants l'an dernier. (voir 
 ID:nL8N14S21Z ) 
    "Pour être totalement honnête, oui, dit-il, c'est sa faute. 
Elle a laissé entrer bien trop de monde et il faut à présent 
qu'elle se rende compte que c'est tout simplement trop." 
    Son amie Maryam Dweiri, 13 ans, partage son avis. "Elle ne 
contrôle pas la crise des réfugiés." Et, comme Lisa, elle 
confie: "Lorsque je marche ici la nuit, je me sens angoissée." 
     
    "CE SONT DES SALAUDS, PAS DES MUSULMANS" 
    Pour les réfugiés récemment arrivés en Allemagne, les 
agressions du nouvel an sont aussi un motif d'inquiétudes. 
    Kasedli et Majed Hassan, deux cousins kurdes de Syrie, 
vivent depuis quatre mois dans un centre d'accueil pour 
demandeurs d'asile à une heure de route de Cologne. Leur peur: 
que les événements de Cologne sapent la compassion dont ont fait 
montre les Allemands à l'égard des réfugiés, auxquels la 
chancelière fédérale a ouvert les portes début septembre, 
suscitant un vaste élan de sympathie et de solidarité. 
    "L'Allemagne nous a accueillis comme aucun autre pays. Même 
des pays arabes ne veulent pas de nous", rappelle Majed, 27 ans. 
Kasedli poursuit: "Mais que ces types aient fait ce qu'ils ont 
fait, c'est une vraie honte. Ils n'auraient pas dû se comporter 
ainsi. C'est totalement barbare." 
    Huda, une mère de famille irakienne qui s'est installée en 
Allemagne il y a deux mois, est plus catégorique dans son 
jugement. Les auteurs de ces agressions, dit-elle, "sont des 
salauds, pas des musulmans" et "ils abusent de la liberté dont 
ils bénéficient ici, en Allemagne". 
    A Chorweiler, un quartier pauvre du nord de la ville où plus 
de 120 nationalités différentes cohabitent dans des tours datant 
des années 1960, le maire d'arrondissement, Rheinhard Zöllner, 
dit ne pas avoir observé de tension particulière depuis les 
agressions en série.  
    "Nous sommes très 'multikulti' (ndlr, multiculturels), très 
tolérants. Ces événements n'y changeront rien", dit-il, ajoutant 
qu'à son sens, la clef pour éviter que de telles agressions ne 
se reproduisent à l'avenir, c'est l'intégration. 
    A la mosquée Abou Bakr, à trois kilomètres environ au nord 
de la cathédrale, dans un autre quartier populaire, c'est jour 
de prière hebdomadaire. De jeunes hommes arabes se rassemblent 
devant la modeste salle de prière et discutent entre eux. Ils 
parlent de leur malaise et de leur crainte des amalgames.  
    "Je suis allemand, je suis né ici", dit Yakup, 22 ans, 
étudiant en informatique à l'université de Cologne, qui refuse 
de donner son nom de famille. "Ma religion m'enseigne de 
réfléchir avec mon coeur. Alors je dis qu'il ne faut pas imputer 
à un groupe tout entier les actes de quelques-uns", poursuit-il. 
    Dans son bureau, où il prépare son sermon du vendredi, 
l'imam Moutawalli Moussa se pose lui aussi des questions sur la 
politique d'accueil de Merkel. "Ils en ont accepté plus qu'ils 
n'en pouvaient gérer. Où vont-ils loger tous ces gens ?" 
    Mais l'imam en veut surtout à la police de Cologne, qu'il 
accuse d'avoir tardé à intervenir. "Je suis très en colère 
contre la police." Quant aux agressions, il les condamne "dans 
les termes les plus forts". "L'islam, dit-il, interdit aux 
hommes de poser le regard sur des femmes, surtout lorsqu'elles 
ne sont pas voilées." 
 
 (Henri-Pierre André pour le service français, édité par Tangi 
Salaün) 
 
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