Report du vote du Parlement chypriote sur la ponction bancaire

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LE PARLEMENT CHYPRIOTE REPORTE LE VOTE SUR LA PONCTION BANCAIRE
LE PARLEMENT CHYPRIOTE REPORTE LE VOTE SUR LA PONCTION BANCAIRE

par Michele Kambas

NICOSIE (Reuters) - Le Parlement chypriote a reporté à lundi la session extraordinaire durant laquelle il devait approuver la taxation des sommes déposées sur les comptes bancaires, condition du plan européen d'aide financière bouclé dans la nuit de vendredi à samedi.

Les 56 députés devaient initialement se prononcer ce dimanche sur cette taxe exceptionnelle, une première dans l'histoire des plans de sauvetage financiers accordés à des Etats en difficulté de la zone euro.

Alors que trois partis représentés au parlement ont manifesté leur hostilité à ce projet de prélèvement sur les comptes bancaires, la session a été différée à lundi.

De sources politiques, on explique ce report par la nécessité de laisser davantage de temps à des consultations entre les partis, dont aucun ne dispose seul de la majorité absolue.

De même, la présidence a annoncé que l'intervention du chef de l'Etat, Nicos Anastasiades, également programmée dimanche devant les parlementaires, était elle aussi annulée. Mais il devrait prononcer dans la soirée une allocution à la nation.

Dans un communiqué diffusé samedi soir, le président chypriote, élu il y a trois semaines après avoir promis d'obtenir rapidement l'aide internationale, a affirmé qu'il n'y avait pas d'autre choix.

"Mardi, nous aurions dû choisir entre le scénario catastrophique d'une faillite désordonnée ou celui d'une gestion douloureuse mais maîtrisée de la crise", a-t-il expliqué, laissant entendre qu'à défaut, les deux principales banques chypriotes, la Banque populaire de Chypre, et à la Banque de Chypre, risquaient la faillite.

CRAINTE D'UNE RUÉE AUX GUICHETS

Les Chypriotes ont appris samedi avec stupéfaction que le renflouement de leur pays, à hauteur de dix milliards d'euros, se ferait au prix d'une taxation de leurs dépôts bancaires de 9,9% pour les dépôts supérieurs à 100.000 euros et de 6,7% en deçà.

Ils se sont rués sur les distributeurs automatiques pour retirer des fonds, ce qui fait que de nombreux guichets étaient hors service samedi en milieu d'après-midi. Les sociétés de crédit mutualistes, normalement ouvertes le samedi, ont été contraintes de fermer pour empêcher une ruée sur les dépôts.

Mais cette taxe, qui doit permettre de récolter 5,8 milliards d'euros, doit être ratifiée par les 56 députés, censés se prononcer avant mardi pour éviter une ruée des épargnants aux guichets lors de la réouverture des banques, lundi étant férié dans l'île.

De source politique, on indique que Nicos Anastasiades pourrait tenter d'atténuer la colère des épargnants en leur offrant en compensation de futurs dividendes assis sur l'exploitation des réserves de gaz naturel. "Près de la moitié de ces coupes seront garanties par les revenus du gaz naturel", a dit cette source à l'agence Reuters.

Chypre est le cinquième pays de la zone euro après la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne à obtenir une aide financière dans le contexte de la crise de la dette, mais c'est le seul à voir ses épargnants directement mis à contribution.

RÉSIDENTS ÉTRANGERS

En tout cas, cette ponction est une condition sine qua non du plan de sauvetage, qui vise avant tout à recapitaliser les banques. Sont concernés aussi bien les riches Russes qui ont placé leur argent à Chypre, que les Européens domiciliés dans l'île, et les Chypriotes eux-mêmes.

L'importance des dépôts étrangers à Chypre, estimés à 37% du total, a été une des raisons qui ont incité les dirigeants de l'Eurogroupe à décider de brandir l'arme fiscale.

La taxation prendra effet à la réouverture des banques mardi. Selon une version du projet de loi, tout contrevenant sera passible de trois ans de prison ou de 50.000 euros d'amende.

Le Rassemblement démocrate, le parti du président, dispose de 20 sièges sur les 56 que comptent le parlement. Il a donc besoin d'autres partis pour que le "oui" au plan l'emporte.

"C'est un très gros dilemme", commentait ce week-end Marios Karoyian, chef du Parti démocratique, qui fait partie de la coalition au pouvoir. "Les choses sont incroyablement difficiles." Il n'a pas dit comment son parti entendait voter.

Le Parti progressiste des travailleurs (Akel, communiste), devrait voter contre. Les sociaux-démocrates du parti Edek ont qualifié les exigences de l'Union européenne d'absurdes.

"C'est inacceptable. Nous sommes contre", a déclaré Adonis Yiangou du Parti des Verts, plus petit groupe parlementaire, mais à même de faire pencher le vote dans un sens ou un autre. "Nous avons un pistolet contre la tempe", a-t-il dit.

Sauver le secteur financier chypriote aurait été impossible sans la taxe sur les dépôts compte tenu de sa taille par rapport au PIB du pays, a déclaré à Bruxelles le ministre néerlandais des Finances, et président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français

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