Renzi prône une action collective de l'UE sur les migrants

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* Un conseil européen extraordinaire ce jeudi à Bruxelles * L'Italie, en première ligne, veut davantage de solidarité européenne * Renzi: L'UE doit être "autre chose qu'une assemblée de pays membres d'un club économique" * D'après l'OIM, 30 fois de plus morts qu'à fin avril 2014 (Actualisé avec Steinmeier devant le Bundestag § 15) par Isla Binnie et Philip Pullella ROME, 22 avril (Reuters) - L'Union européenne doit adopter une attitude collective pour s'attaquer à la source du trafic de migrants, a déclaré mercredi le président du Conseil italien, Matteo Renzi, à la veille d'un conseil européen extraordinaire consacré à la crise des migrants en Méditerranée. S'exprimant devant la Chambre des députés, Renzi a déclaré que l'Union européenne devait jouer un rôle plus visible, avec le soutien des Nations unies, dans les pays subsahariens dont sont originaires une très grande partie des migrants. A la veille du sommet extraordinaire de Bruxelles, il a dit avoir bon espoir que les Vingt-Huit "changent d'approche" sur les questions de migrations. Depuis le début de l'année, l'Onu estime que 35.000 migrants ont tenté de traverser la mer Méditerranée pour fuir la pauvreté, la misère, les violences et les guerres. La plupart sont partis des côtes libyennes. Après la tragédie du week-end dernier, quand le naufrage d'un chalutier a fait jusqu'à 900 morts, ils seraient désormais près de 1.800 à avoir péri lors de leur traversée depuis le début de l'année. Au 21 avril 2014, le bilan était plus de trente fois inférieur, à 56 morts selon l'Organisation internationale des migrations (OIM). Fin 2014, il y avait eu au total 3.400 morts en Méditerranée, le rythme des traversées s'accélérant avec l'arrivée de l'été. Le drame de dimanche a suscité l'émoi et l'indignation. Il a également placé l'Union européenne sous le feu des critiques: des ONG mais aussi le Haut Commissaire de l'Onu aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, ont fustigé les politiques migratoires "cyniques" qui transforment la Méditerranée en un immense cimetière maritime. "Il aura fallu attendre les 3.400 morts de l'année dernière, les 1.000 morts de cette semaine pour qu'enfin, un véritable sommet soit convoqué à Bruxelles", a déclaré mercredi à Paris la présidente d'Amnesty International France, Geneviève Garrigos. (voir ID:nL5N0XJ20Z ) LES LIMITES DE LA MISSION TRITON Les ministres européens des Affaires étrangères et de l'Intérieur ont entériné lundi un plan en dix points présenté par le commissaire européen chargé du dossier, Dimitris Avramopoulos, pour tenter d'empêcher que se renouvellent des tragédies en Méditerranée. Il prévoit notamment de doubler le budget de l'opération Triton, une mission de surveillance navale des frontières qui a succédé à la fin de l'année dernière à l'opération Mare Nostrum que menait l'armée italienne. Mais cette mission européenne gérée par Frontex dispose d'un budget trois fois moindre que Mare Nostrum et n'a pas pour mandat de procéder à des sauvetages en mer. En outre, quand les navires italiens de Mare Nostrum s'aventuraient loin des côtes italiennes, les bâtiments de Triton patrouillent dans une limite de 55 km des côtes européennes, loin des côtes libyennes où se concentrent l'essentiel des naufrages. "Mettre fin au sauvetage de migrants en détresse n'a pas abouti à un recul des migrations, encore moins à moins de trafics, mais simplement à davantage de morts en mer, ainsi que le démontre cette récente tragédie", dénonçait lundi Zeid Ra'ad Al Hussein, exhortant les Etats membres de l'UE à adopter "une approche plus sophistiquée, plus courageuse et moins insensible". Les promoteurs européens de Triton expliquent que l'opération italienne Mare Nostrum créait un "appel d'air" incitant aux départs des côtes libyennes. Ces missions de sauvetage en mer, coûteuses et supportés par le budget italien, suscitaient en outre une opposition politique en Italie. "Les missions de recherche et de secours en mer seules ne sont pas une solution miracle", notait en début de semaine le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maiziere. "Si l'on se contente d'organiser les recherches et les secours, les criminels qui embarquent des réfugiés enverront davantage de bateaux." "CLEF DE RÉPARTITION" Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a exhorté pour sa part les dirigeants européens à envisager une possible "clef de répartition" qui garantirait à l'Italie et à la Grèce de ne pas porter seules, du fait de leur situation géographique, le fardeau mais le répartirait au contraire entre les Etats membres de l'UE. S'exprimant devant le Bundestag, le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier s'est prononcé mercredi pour une "répartition équitable des réfugiés au sein de l'UE" ainsi qu'un renforcement des moyens de secours en mer. Le plan entériné par les ministres européens à Luxembourg porte aussi sur la lutte contre les réseaux de passeurs et appelle l'UE à capturer et détruire systématiquement les navires utilisés par les trafiquants qui monnaient les traversées vers les rivages européens de la Méditerranée. Devant les députés italiens, Matteo Renzi a demandé à ses partenaires européens d'assumer un rôle plus visible dans la lutte contre les causes des flux migratoires. "Nous réclamons que cela soit une priorité pour une Union européenne qui veut être autre chose qu'une assemblée de pays membres d'un club économique, autre chose qu'un club de technocrates érudits qui savent tout des dynamiques géopolitiques mais oublient de répondre aux souffrances de notre temps", a-t-il dit. Le chef du gouvernement italien, qui réclame de longue date plus de responsabilité collective face à la crise des migrants, estime cependant que le choc provoqué par le naufrage du week-end dernier a radicalement modifié le contexte. "Nous devons affronter politiquement cette situation. Cette fois, le monde n'a pas détourné les yeux", a-t-il dit. Depuis lundi, la marine italienne et la Guardia Costiera ont pris en charge plus de 1.200 migrants sauvés en mer. (avec Stephanie Nebehay à Genève, Chine Labbé à Paris et Holger Hansen à Berlin; Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français)

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