Renzi affronte sa gauche en réformant le marché du travail

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par Roberto Landucci ROME, 29 septembre (Reuters) - Le principal syndicat d'Italie, la CGIL, a menacé lundi de déclencher une grève en raison de la volonté de Matteo Renzi de supprimer des mesures de protection de l'emploi, un aspect essentiel de la réforme du marché du travail promise par le président du Conseil. La menace a été proférée quelques heures seulement avant une réunion du Parti démocrate (PD), au cours de laquelle le chef du gouvernement devrait affronter l'aile gauche de sa formation qui soutient les syndicats. "La CGIL est prête à faire grève", a déclaré à la presse la secrétaire générale de la Confédération générale italienne du Travail, Susanna Camusso, au sortir d'une rencontre avec les dirigeants des deux autres grands syndicats italiens, la CISL et l'UIL. Elle avait déjà brandi cette menace ce mois-ci lors du début de l'examen de la réforme au Parlement. Alors que l'ambitieux programme de réformes qu'il portait lors de son accession au pouvoir en février tarde à se concrétiser, Matteo Renzi joue une partie de sa crédibilité sur cette réforme du marché du travail. Avec une économie s'avançant vers une troisième année consécutive de contraction en 2014 et un taux de chômage atteignant des niveaux inédits depuis les années 1970, la création d'emplois est une priorité pour le président du Conseil. Il accuse ses adversaires de livrer une bataille idéologique sur des règles obsolètes et injustes qui, à ses yeux, profitent aux salariés jouissant de la sécurité de l'emploi au détriment d'autres catégories condamnées à la précarité. Les syndicats et une partie du PD, dont l'ancien président du Conseil Massimo D'Alema, lui reprochent en revanche de se soumettre aux injonctions des partenaires de l'Italie au sein de l'Union européenne, qui lui réclament de mettre en oeuvre une politique libérale. SYSTÈME SIMPLIFIÉ Le conflit se cristallise sur l'article 18 du statut du travailleur, qui garantit aux salariés limogés leur réintégration si un tribunal juge leur licenciement dépourvu de justification. Cette disposition ne s'applique toutefois qu'aux salariés à temps plein et en contrat à durée indéterminée dans les grandes entreprises. Soutenu par le patronat qui dénonce un marché du travail trop rigide, Matteo Renzi propose de remplacer la multitude de contrats courts existants par un système simplifié au sein duquel la protection du travailleur augmenterait avec l'ancienneté, tout en facilitant pour les employeurs le licenciement de salariés plus fraîchement recrutés. Les syndicats rejettent cette proposition et considèrent qu'au lieu de vouloir supprimer l'article 18, le gouvernement ferait mieux de l'étendre à l'ensemble des salariés. "Nous devrions protéger les personnes qui ne bénéficient d'aucune protection sans enlever de garanties à personne", a déclaré lundi Luigi Angeletti, secrétaire général de l'UIL. La bataille autour de l'article 18 semble avoir surtout une portée symbolique, Matteo Renzi et la CGIL avançant les mêmes statistiques selon lesquelles moins de 3.000 travailleurs ont obtenu leur réintégration en 2013 en invoquant cette disposition. Il est difficile d'évaluer les conséquences d'une suppression de cet article dans un pays qui a vu ses capacités industrielles diminuer de 15% et sa production industrielle chuter de plus de 25% depuis 2007. Le taux de chômage officiel en Italie est quasiment de 13% et il approche les 43% chez les jeunes. Le taux d'emploi en 2013 y était inférieur à 60%, seules la Grèce, l'Espagne et la Croatie faisant pire au sein de l'Union européenne. Dans le sud du pays, seules quatre personnes sur 10 en âge de travailler exercent effectivement un emploi. (Bertrand Boucey pour le service français)

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