Renseignement pénitentiaire-"Tout est à faire", dit Urvoas

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    * De la collecte d'informations, mais pas de renseignement 
    * Urvoas promet un outil performant pour début 2017 
    * Plus de 30.000 téléphones saisis en 2015 
    * Des brouilleurs souvent caducs 
    * Le regroupement des détenus radicaux encore expérimental 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 1er juin (Reuters) - Tout reste à faire en matière de 
renseignement pénitentiaire, a estimé mercredi le ministre de la 
Justice Jean-Jacques Urvoas, ajoutant qu'un véritable outil en 
la matière ne serait prêt que début 2017.  
    Le rôle des prisons comme incubateur ou accélérateur de la 
radicalisation est décrit par de nombreux spécialistes. Quelque 
163 personnes de retour de Syrie sont actuellement détenues.  
    "Il y a de la collecte de renseignements à l'intérieur de 
l'univers carcéral (...) mais je n'appelle pas ça faire du 
renseignement", a déclaré mercredi Jean-Jacques Urvoas devant la 
commission d'enquête parlementaire sur la lutte contre le 
terrorisme. 
    "Je crois que tout est à faire dans ce domaine", a-t-il 
ajouté, évoquant notamment un manque de mise en perspective et 
d'anticipation.  
    Le ministre s'est ainsi étonné de ne pas avoir reçu, depuis 
sa prise de fonction, il y a quatre mois, une analyse sur "la 
progression de la radicalité" en prison.  
    "Je ne dis pas que c'est bien ou que c'est mal, je constate 
que je n'ai rien vu de tel", a-t-il dit.  
    Et de citer le parcours d'Amedy Coulibaly, qui a tué une 
policière et quatre juifs à Montrouge (Hauts-de-Seine) et Paris 
en janvier 2015, comme une preuve des "carences" en la matière.  
    Entre 1999 et 2009, le tueur de l'Hyper Cacher de la porte 
de Vincennes a été condamné à six reprises, passant par cinq 
établissements pénitentiaires différents. 
    "Nous avons besoin de construire un échelon central 
d'animation, d'orientation, de synthèse et de transmission de 
l'information", a estimé mercredi le garde des Sceaux. 
"Aujourd'hui, cet échelon central est beaucoup trop faible." 
    Au sein de l'administration pénitentiaire, 389 personnes 
travaillent de près ou de loin, à temps complet ou partiel sur 
ces questions, selon ses estimations. "Les personnes sont là, la 
motivation est là", a-t-il dit. "Il reste maintenant à agir." 
     
    DES BROUILLEURS SOUVENT CADUCS 
    Selon Jean-Jacques Urvoas, un outil performant de 
renseignement pénitentiaire, à la fois en matière de doctrine et 
d'architecture, "sera construit au début de l'année 2017."  
    Le ministre a rappelé mercredi l'augmentation du nombre de 
téléphones portables saisis en détention, où ils sont pourtant 
interdits : un peu plus de 30.000 téléphones et accessoires en 
2015, pour près de 77.000 détenus au 1er janvier 2016.  
    Cinq des sept Alsaciens actuellement jugés à Paris pour 
avoir reçu un entraînement militaire au sein d'un groupe 
islamiste en Syrie ont fait l'objet de sanctions disciplinaires 
pour possession de téléphones ou de puces.  ID:nL8N18R2SP  
    C'est le cas de Karim Mohamed-Aggad, le frère aîné d'un des 
tueurs du Bataclan, sanctionné à deux reprises en 2015.  
    "Il y a un principe de base, c'est de dire : il n'est pas 
question qu'il y ait des téléphones en prison", a assuré 
Jean-Jacques Urvoas. "En réalité, il y en a 30.000." 
    "La plupart" des 804 brouilleurs dont disposent les 
autorités - et qui peuvent couvrir 53% des établissements 
pénitentiaires - sont technologiquement caducs, et des 
brouilleurs plus performants risquent d'être vite dépassés à 
leur tour, a-t-il souligné. 
    Face à cette difficulté, les autorités vont tenter une 
nouvelle expérience dans la Meuse, en plaçant "un téléphone 
filaire dans chaque cellule", a-t-il annoncé.  
    "Ensuite, plutôt que de brouiller, il serait peut-être plus 
utile de détecter", a-t-il suggéré.  
    Interrogé sur les unités de regroupement des détenus 
radicalisés, actuellement testées dans plusieurs prisons, le 
ministre de la Justice a dit ne pas être en mesure, à ce stade, 
de juger leur efficacité.  
    La question divise au sein de l'Union européenne, a-t-il 
souligné. Les Britanniques sont ainsi très "réservés" sur le 
principe tandis que les Italiens sont "plutôt réceptifs".  
 
 
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