Rénovation urbaine : quels résultats ?

le
0
Le Plan national de rénovation urbaine (PNRU), lancé en 2003 dans les quartiers sensibles et en cours d'achèvement. L'occasion de faire le point sur ce programme qui est aussi le plus gros chantier de l'histoire civile française.

 

Un centre nautique a remplacé cinq tours dans le quartier du Val Fourré à Mantes-la-Jolie. Crédits photo: ANRU
Un centre nautique a remplacé cinq tours dans le quartier du Val Fourré à Mantes-la-Jolie. Crédits photo: ANRU

 

La Seine suit son cours en un flot lisse et continu. Courant tranquille propre à apaiser celui qui le contemple. Le long des rives, des bancs où s'égayent des femmes et des enfants venus se détendre en famille. Une piste cyclable suit les contours du fleuve. Des adolescents se content fleurette, allongés sur des pelouses soigneusement entretenues, à l'ombre de peupliers argentés. Vision bucolique d'une scène bourgeoise aux antipodes de l'image que renvoie la ville couchée sur le flanc de la Seine: Mantes-la-Jolie. En 1991, France-Soir titrait: «D'un côté Mantes-la-Jolie, de l'autre Mantes-la-Folie.» C'était il y a vingt-deux ans et la troisième ville des Yvelines portait une bien lourde croix: le Val-Fourré. Cent vingt hectares de ghetto urbain, 50% de la population de l'agglomération concentrée dans des tours enclavées entre bitume et béton, et les voitures brûlaient au rythme des émeutes. Une zone de non-droit où naître signifiait mourir socialement. Aujourd'hui, Mantes-la-Jolie ressemble à une gentille bourgade de la grande banlieue parisienne, située à une demi-heure seulement de la gare Saint-Lazare. Résultat d'une rénovation au forceps. Il aura fallu dix ans et 410 millions d'euros pour redonner un visage au quartier. Raser cinq tours et leur millier de logements, rénover 2500 habitations, implanter 250 entreprises (dont la moitié des employés sont des habitants du quartier), réaménager la voirie et planter des centaines d'arbres auront été nécessaires pour redonner un sentiment de dignité aux Mantois. Aujourd'hui le Val-Fourré a son hôpital, son école d'infirmières, son hôtel d'affaires et son pôle nautique. Justement, s'il est une architecture remarquable dans cette gigantesque métamorphose, c'est bien l'oeuvre de deux jeunes architectes très talentueux. Cette piscine à l'esthétique irréprochable se tient à l'endroit où cinq tours ont été dynamitées. Un symbole d'autant plus fort qu'elle se dresse dans l'ancienne cité la plus dure de l'agglomération.«Sur le plan de la lutte contre la délinquance, les résultats sont spectaculaires», s'enorgueillit Michel Vialay, maire UMP de Mantes-la-Jolie et conseiller général des Yvelines. «En cinq ans, de 2005 à 2009, la délinquance de proximité a baissé de 36,62%. Elle connaît à nouveau en 2009 une nette diminution dans tous les quartiers.»

 

A Nantes Malakoff, l'habitat social issu desannées 60 à cédé la place à des nouveaux logements, des commerces, des bureaux, une piscine, un gymnase et un collège. Crédits photo: Patrick Garcon/Nantes Métropole/ANRU
A Nantes Malakoff, l'habitat social issu desannées 60 à cédé la place à des nouveaux logements, des commerces, des bureaux, une piscine, un gymnase et un collège. Crédits photo: Patrick Garcon/Nantes Métropole/ANRU

 

Un indispensable PNRU 2

Force est de constater que le Plan national de rénovation urbaine (PNRU) entraîne un déluge de superlatifs dès qu'on évoque sa dimension pharaonique et le rythme des programmes: «Le plus gros chantier de l'histoire civile française», «Le plan Marshall des logements sociaux», «Une stratégie de rénovation urbaine exemplaire»... Un staccato d'éloges tous partis politiques confondus, tous clivages gommés. Plutôt rare. Alors, pourquoi? Difficile de ne pas reconnaître au PNRU, via son agence à guichet unique (Anru), d'être une aventure urbaine - et humaine - hors normes. Pivot de la politique du gouvernement en faveur des quartiers, il accumule les chiffres impressionnants: 500 quartiers (répartis sur l'ensemble du territoire, de Dunkerque à Lyon, de Bastia à Fort-de-France) et 4 millions d'habitants concernés, 43 milliards d'euros attribués. Aujourd'hui en voie d'achèvement, le programme a déjà investi 75% de son budget (le 31e milliard est engagé) pour reloger 750.000 personnes dans de l'habitat neuf, réhabilité ou «résidentialisé» (installation de barrières et de digicodes à l'entrée des immeubles). Mais pas seulement. Au-delà de l'objectif prioritaire de redonner des conditions favorables de vie aux habitants des quartiers pauvres, la rénovation urbaine est aussi un vecteur d'activité professionnelle et de réinsertion sociale. 35.000 habitants ont bénéficié d'une ouverture vers l'emploi et la formation, dont 85% résident en ZUS (zones urbaines sensibles), 12 millions d'heures d'insertion ont été réalisées, 150.000 emplois directs ou indirects créés.«Le PNRU est à présent visible. Chacun reconnaît son succès!» juge Maurice Leroy, ministre de la Ville. C'est à lui que revient l'élaboration de l'acte II du Plan national de rénovation urbaine. Ses propositions ont été remises à Nicolas Sarkozy et à François Fillon fin février. «Je préconise une action forte en faveur des grands ensembles de copropriétés dégradées, la mise en place d'un contrat unique avec les maires incluant la dimension urbaine et la dimension humaine des projets, et de développer une politique du logement au niveau intercommunal pour les quartiers prioritaires.»

Le logement mais pas que

 

Le quartier Carriet de Lormont (33) renaît grâce au tramway. Crédits photo: ANRU
Le quartier Carriet de Lormont (33) renaît grâce au tramway. Crédits photo: ANRU

 

S'il est vrai que le PNRU est dans son ensemble un succès global, tous les acteurs de la ville s'accordent aussi sur ses limites. «Il faut créer de la qualification, indique Michel Vialay, effectuer un travail sur le décrochage scolaire.» «Si l'on veut que l'ascenseur républicain ne soit pas en panne, il faut pousser l'excellence des jeunes des quartiers», affirme Maurice Leroy. Le ministre souhaiterait aussi «plus de mixité dans l'habitat» et attaquer de front les copropriétés dégradées «où les gens ne peuvent plus payer les rénovations ni même les charges de leurs appartements». C'est bien là le point d'achoppement. En témoigne la résidence du Chêne Pointu à Clichy-sous-Bois (93), où l'insalubrité entraîne l'agonie de ses habitants. L'acte II se doit d'exister, donc. Pour résoudre le problème de ces copropriétés d'abord. Parce qu'il permettra d'achever les chantiers engagés et de rendre pérenne une ambition nationale et républicaine dévouée aux citoyens. Mieux encore, il se doit d'être dédié à ceux et celles habitués à la marge.«Avec François Fillon, nous avons fait en sorte de sécuriser le financement du PNRU pour 2012 et 2013. La phase I du programme doit se terminer en 2014-2015, la phase II commencera donc après», précise le ministre de la Ville. A l'ombre de la campagne présidentielle, les élus de tous bords poussent à son renouvellement. Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l'Egalité des chances, soutient que «la lutte anti-ghetto doit s'exonérer des échéances politiques et budgétaires» et se félicite que «le Plan national de rénovation urbaine fédère des hommes aux idéologies complètement opposées». Idem pour Maurice Leroy: «La politique de la ville est transversale, tous partis confondus. C'est sa force.» Le temps d'un projet urbain dépasse le temps électoral et le temps médiatique.

LIRE AUSSI:

» Des HLM design fleurissent aux Batignolles

» François Hollande détaille ses mesures pour la banlieue

» Les prix baissent, c'est le moment d'en profiter

SERVICE:

» Retrouvez toutes les annonces immobilières avec Explorimmo

SUIVEZ LE FIGARO IMMOBILIER SUR:

» Twitter: @LeFigaro_Immo

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant