Renault perd son N°2, Carlos Ghosn à nouveau seul aux commandes

le
0
CARLOS TAVARES ET RENAULT SE SÉPARENT
CARLOS TAVARES ET RENAULT SE SÉPARENT

par Gilles Guillaume et Laurence Frost

PARIS (Reuters) - Le numéro deux de Renault, Carlos Tavares, a brutalement quitté ses fonctions jeudi, deux semaines après avoir affiché publiquement son ambition de diriger un autre constructeur automobile, laissant à nouveau Carlos Ghosn seul aux commandes du groupe français.

"D'un commun accord avec Renault, M. Carlos Tavares cesse à compter de ce jour d'exercer ses fonctions de directeur général délégué aux opérations de Renault, afin de poursuivre des projets personnels", a annoncé Renault dans un communiqué publié à l'issue d'un conseil d'administration exceptionnel.

Carlos Ghosn assurera à titre temporaire les fonctions de Carlos Tavares, a ajouté le constructeur français, qui annoncera prochainement une adaptation de son organigramme.

Agé de 55 ans, Carlos Tavares, entré en 1981 chez Renault, était directeur général délégué du groupe depuis juillet 2011.

"Je ne sais pas ce que Carlos Ghosn lui avait fait miroiter, mais les déclarations de Carlos Tavares ont été plutôt maladroites", a déclaré une source proche de Renault. "Tout le monde ici a été très surpris, et cela ne fait aucun doute que son départ de l'entreprise est maintenant imminent."

La position de Carlos Tavares étant devenue intenable, Carlos Ghosn a voulu dès lundi prendre la température en évoquant de manière informelle le départ de son numéro deux devant des cadres dirigeants et membres du conseil d'administration.

"Ce qui est dommage pour Renault, c'est que le groupe se retrouve à nouveau sans contrepoids au numéro un, et cela nous interpelle sur la stratégie suivie", a ajouté la source proche de Renault.

A 59 ans, Carlos Ghosn, à la fois PDG de Renault et de Nissan est fermement installé aux commandes de l'alliance. Son mandat chez Nissan a été renouvelé cette année, et devrait l'être également chez Renault l'an prochain.

UNE AMBITION CONTRARIÉE

Carlos Tavares était en poste depuis seulement deux ans, ayant remplacé au pied levé le précédent numéro deux Patrick Pélata, victime de la fausse affaire d'espionnage qui a empoisonné Renault au début 2011.

Le 14 août, dans une interview à l'agence Bloomberg, il avait annoncé son possible départ de l'entreprise pour prendre la tête d'un autre constructeur automobile.

"Mon expérience serait appréciable pour n'importe quelle grande compagnie. Pourquoi pas GM ? Ce serait un grand honneur de diriger une entreprise comme GM", avait-il dit, faisant également part de son intérêt pour Ford.

General Motors a refusé de faire un commentaire sur le départ de Carlos Tavares. Un porte-parole de Ford a indiqué pour sa part que la préférence du groupe allait toujours à la promotion interne, et que les candidats ne manquaient à l'intérieur de l'entreprise.

Carlos Tavares, dans cette interview, faisait part de son "énergie" et de son "appétit" pour un poste de numéro 1, tout en reconnaissant qu'il était improbable que Carlos Ghosn se cherche prochainement un successeur.

Suivant le parcours classique des cadres dirigeants de Renault, Carlos Tavares avait rejoint le partenaire japonais de Renault en 2004, devenant sept ans plus tard directeur Amériques de Nissan.

Son retour chez Renault a été notamment marqué par l'accord de compétitivité dans les usines françaises du groupe, décroché en mars après six mois de négociations avec les syndicats, et par sa détermination à maintenir les prix afin de réduire l'écart tarifaire entre la marque au losange et Volkswagen.

"C'est vraiment quelqu'un qui connaît l'automobile, et il ne sera pas facile à remplacer en interne", commente Gaëtan Toulemonde, analyste automobile à la Deutsche Bank. "Ces groupes ne sont pas simples, il y a Nissan derrière, il faut avoir aussi une reconnaissance Nissan."

Edité par Dominique Rodriguez

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant