Renault espère un accord sur la compétitivité d'ici janvier

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RENAULT ESPÈRE UN ACCORD SUR LA COMPÉTITIVITÉ D'ICI JANVIER
RENAULT ESPÈRE UN ACCORD SUR LA COMPÉTITIVITÉ D'ICI JANVIER

par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - Renault espère conclure d'ici la fin janvier un accord pour améliorer la compétitivité de ses usines françaises et leur octroyer en échange de nouveaux modèles, a-t-on appris mardi auprès de représentants syndicaux.

Le groupe a ouvert des négociations, qui porteront notamment sur l'organisation du travail et les salaires, afin "d'identifier et de mettre en place les conditions et moyens permettant d'assurer une base industrielle, R&D et tertiaire solide et durable en France", selon l'ordre du jour de la réunion.

"Au final, les négociations n'iront pas plus loin que la fin janvier, avec un point d'étape à la fin de l'année puisque la majeure partie de l'accord devrait être trouvée à ce moment-là", a déclaré à Reuters Dominique Chauvin, représentant CGC chez le constructeur au losange. "La direction nous a dit qu'elle attendait l'issue de ces discussions pour décider de l'affectation de nouveaux modèles."

"Ce point, c'est clairement du chantage", a indiqué de son côté un représentant de la CGT, estimant lui aussi que l'objectif était de parvenir à un accord d'ici trois mois.

Au dernier Mondial de l'automobile, Carlos Tavares, numéro deux de Renault, avait annoncé dans une interview à Reuters son souhait de conclure dans les prochains mois un accord de compétitivité.

Depuis, le marché automobile en France a poursuivi sa descente aux enfers avec en octobre une chute de 15,8% des immatriculations en données corrigées des jours ouvrables et un nouveau plongeon de 26,4% en données brutes pour la marque Renault.

Cette dégradation a rendu les surcapacités dont souffrent les usines automobiles françaises plus criantes encore.

La réunion avec les syndicats fait suite aux groupes de réflexion paritaires qui se sont succédés depuis près d'un an afin de préparer les négociations. Direction et syndicats se retrouveront au siège du groupe, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), dès la semaine prochaine, puis plusieurs fois en décembre.

"Dans ce projet d'accord, la filière des sous-traitants serait également prise en compte", a ajouté Dominique Chauvin. "Renault serait prêt à s'engager à travailler de manière un peu élargie avec la filière automobile."

Une porte-parole du constructeur a refusé de faire un commentaire sur les négociations du jour.

LE CAS D'ECOLE DE SEVELNORD

Les réunions préparatoires ont abordé plusieurs paramètres - coûts, délais, qualité - qui font que l'usine Renault de Palencia (Espagne) ou le site Nissan de Sunderland (Royaume-Uni) sont plus compétitifs que les sites français.

"L'organisation de la mise en concurrence exacerbée des salariés Renault à travers le monde à laquelle nous assistons, conduit à opposer les hommes et les femmes les uns contre les autres d'une même entreprise, alors qu'ils devraient être mis au contraire en situation de coopération, de mutualisation des moyens, des savoir-faire", a déploré Fabien Gache de la CGT lors de la réunion.

PSA Peugeot Citroën avait lui aussi obtenu en juillet des syndicats de son usine de Sevelnord (Nord) un gel des salaires et une flexibilité accrue pour ajuster les cadences à la demande.

En échange, le site s'était vu attribuer un nouveau modèle pour lequel il était en concurrence avec l'usine espagnole de Vigo, où le coût du travail est inférieur d'un tiers.

PSA a également décidé de fermer son usine d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) dès 2014 pour réduire ses capacités sur le continent, une option que Renault a écartée lors de l'élaboration de son plan stratégique, puisqu'il y a pérennisé l'ensemble de ses sites français au moins jusqu'en 2016.

L'usine de Flins (Yvelines) a obtenu une partie de la Clio 4 et l'électrique Zoé, le site de Sandouville (Seine-Maritime) produira le nouveau Trafic, Maubeuge (Nord) assemble déjà le Kangoo, Batilly (Moselle) le Master et Douai (Nord) accueillera les remplaçants de Scénic, Laguna et Espace.

Seul site non mentionné dans le plan, Dieppe (Seine-Maritime) vient de décrocher le nouveau programme Alpine.

Le marché s'est toutefois dégradé depuis l'élaboration du plan "Drive the change", et Renault juge désormais que la décroissance du marché européen et français est devenue "structurelle".

Pour faire face à cette situation, le groupe a par ailleurs annoncé la suppression de 78 postes dans sa direction commerciale France, soit environ 10% d'un effectif de 738 personnes.

La direction sera scindée en deux pour gérer d'un côté le réseau au quotidien, et de l'autre piloter la stratégie à plus long terme. Renault a précisé qu'il n'aurait recours ni aux départs volontaires, ni aux licenciements secs, mais que les personnes concernés se verraient proposer un poste ailleurs au sein du groupe.

Avec Laurence Frost, édité par Matthieu Protard

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