Remous autour de l'étiquetage nutritionnel de Carrefour

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La communauté scientifique estime que les logos que le distributeur veut inscrire sur ses produits à marque propre induit le consommateur en erreur.

Une fois par jour, deux fois par jour, trois fois par jour ou de temps en temps. En annonçant le 24 septembre son projet d'inscrire des indications de fréquence de consommation recommandées sur ses produits à marque propre, Carrefour voulait «montrer l'exemple». Et «faire avancer le débat» sur l'épineuse question de l'étiquetage nutritionnel des produits alimentaires. Le distributeur prévoit d'apposer sur 600 à 700 de ses produits des logos de couleur en forme de triangle inversé (vert, bleu, jaune, violet) pour guider les clients à partir de janvier.

La proposition fait suite à la volonté émise à la mi-année par Marisol Touraine d'adopter un système d'étiquetage unifié. À l'époque, la ministre de la Santé, qui présente mercredi son projet de loi de santé dont l'étiquetage nutritionnel est une mesure importante, avait fait appel à toutes les bonnes volontés pour être force de proposition. Carrefour avait saisi la balle au bond, préférant être proactif. Le distributeur espérait même que le ministère, les industriels et d'autres distributeurs reprennent son dispositif.

Si les scientifiques estiment «louable» l'intention du distributeur, nombre d'entre eux sont sévères sur ses pictogrammes. Selon 33 sociétés et associations savantes ayant signé lundi une tribune dans le Journal international de médecine, les indications de fréquence seraient «indéfendables» du point de vue de la science. Et ce malgré le comité de cinq experts recrutés par Carrefour pour mettre en place les logos et noter les produits.

Feu rouge jugé dissuasif

«C'est un mauvais message lancé aux consommateurs, qui ont l'impression que l'on peut consommer tous les jours des pizzas au fromage ou deux fois par jour des desserts stracciatella, déplore le professeur Serge Hercberg à l'Inserm, dont les travaux ont pourtant inspiré en partie l'initiative de Carrefour. L'enseigne a supprimé le rouge de son système, alors même que des études consommateurs ont montré que cette couleur n'avait pas d'effet culpabilisant», poursuit l'universitaire, qui défend un système basé sur un «traffic light» à 5 couleurs, du vert au rouge.

Ce n'est pas la première fois qu'un distributeur se heurte à des difficultés sur le sujet: «Cet exercice difficile prête toujours à la critique, analyse le porte-parole d'une autre enseigne. Il faut d'abord se mettre d'accord sur ce que l'on va dire et surtout comment on va le dire.»

Pour Carrefour, le système de «traffic lights» reste trop stigmatisant pour les produits les plus gras ou les plus sucrés. Cette approche utilisée dans l'électroménager ou l'automobile avait d'ailleurs été rejetée par Bruxelles pour l'alimentaire, il y a quatre ans.

L'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation) rendra fin novembre ses conclusions sur la faisabilité technique d'un tel dispositif, directement inspiré de Grande-Bretagne. Un système de feu multicolore sur lequel la ministre ne s'est pas encore prononcée. En attendant une éventuelle solution imposée, Carrefour n'a pas l'intention de retirer son projet.

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  • lsleleu le mercredi 15 oct 2014 à 10:50

    DEJA un bête exemple : qui sait ce que veux dire ce qui est écrie sur chaque œuf ?

  • lsleleu le mercredi 15 oct 2014 à 10:48

    Lisez toutes les étiquettes en faisant vos courses .... commencez tôt si vous voulez sortir du magasin pas trop tard !