Relaxviews : Carlo Petrini, "De simples gestes peuvent aider"

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Carlo Petrini, Président de "Slow Food" AFP PHOTO/ Tiziana Fabi
Carlo Petrini, Président de "Slow Food" AFP PHOTO/ Tiziana Fabi

(Relaxnews) - Dans une série exclusive pour Relaxnews, Carlo Petrini, l'initiateur du mouvement "slow food" dévoile chaque mois son point de vue sur notre alimentation. À quelques jours de la Journée de la Terre, il nous rappelle que consommer n'est pas gâcher.

La nourriture possède une valeur symbolique considérable et nous devons l'appréhender au quotidien. Tous les jours, nous recevons des messages, parfois intimidants, qui abondent de prescriptions et de règles diverses. Ils renvoient à notre santé, et les scientifiques accusent alors certains aliments (comme le beurre ou le sel) et nous conseillent de les proscrire ; ou bien ils évoquent l'environnement et l'éthique qui, portés à l'extrême, nous contraignent à des restrictions insensées.

En revanche, je conseille toujours d'appliquer ces règles sans trop de rigidité, en évaluant au cas par cas et en laissant une place au plaisir sacré de la table...

Mais il est un aspect face auquel nous devons au contraire nous montrer très fermes et changer nos habitudes de manière radicale : le gaspillage.

L'humanité commet aujourd'hui un véritable péché mortel. Selon la FAO, un tiers des aliments produits sont jetés ou perdus chaque année. Ils sont perdus dans les pays pauvres par manque d'infrastructures capables de les conserver ou de les transporter rapidement. Ils sont, à l'inverse, gâchés dans les pays riches à hauteur de 220 millions de tonnes chaque année, soit l'équivalent de la production alimentaire totale de l'Afrique subsaharienne.

Alors que 870 millions de personnes souffrent de malnutrition chronique, la disponibilité de nourriture par habitant sur la planète a augmenté de 40 % durant ces cinquante dernières années. Le gaspillage a lieu dans les champs, dans le respect de politiques absurdes qui obligent à écarter une partie des récoltes ; dans l'industrie, au cours du processus de transformation ; dans la distribution, tout au long du parcours qui mène jusqu'aux rayons des supermarchés, avant que le système des dates de péremption ajoute lui aussi sa contribution.

Pour terminer, nous consommateurs, le dernier maillon de la chaîne, jetons à la poubelle environ 27 % de nos courses alimentaires. De l'argent qui passe directement du porte-monnaie à la benne à ordures. Nous ne gâchons pas uniquement du temps et de l'argent : nous mettons surtout à mal la terre, l'eau, le climat, car cette nourriture a contribué aux émissions de CO2, a consommé de l'eau, des produits chimiques et du carburant. Elle termine sa vie sous forme de déchets dont il faut se débarrasser, engendrant ainsi des coûts supplémentaires.

Nous devons stopper cette machine infernale. De simples gestes peuvent aider : n'acheter que ce dont nous avons besoin en faisant une simple liste ; se fournir, quand c'est possible, directement auprès des producteurs en privilégiant l'agriculture durable et à petite échelle ; préférer les ingrédients de base aux produits transformés en cuisinant davantage ; redécouvrir les bonnes recettes permettant de réutiliser les restes.

Si le gaspillage est un péché mortel, nous découvrirons que sa pénitence peut être aussi agréable que profitable.

vs/ls

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