Relaxviews : Carlo Petrini, "Ce mouvement se reconnaîtra sous le nom de 'gastronomie de la libération'"

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Carlo Petrini, Président de "Slow Food" AFP PHOTO/ Tiziana Fabi
Carlo Petrini, Président de "Slow Food" AFP PHOTO/ Tiziana Fabi

(Relaxnews) - Dans une série exclusive pour Relaxnews, Carlo Petrini, l'initiateur du mouvement "slow food" dévoile chaque mois son point de vue sur notre alimentation. Loin de la gastronomie "d'élite", il annonce l'avènement d'une cuisine plus créative, libérée des codes internationaux. Une chance pour l'Amérique Latine ou l'Afrique, selon lui.

Ces dernières années, les chefs sont devenus des personnalités de plus en plus médiatiques. L'attention portée sur les différentes écoles ou tendances s'est essentiellement concentrée sur les techniques culinaires, avec une prolifération de débats et polémiques destinés à un public d'initiés. Ceci a contribué à donner à la gastronomie une aura d'élitisme, souvent reprochée à toute organisation, Slow Food entre autres, qui travaille à donner à l'alimentation sa juste valeur - économique et culturelle.

J'ai assisté, fin 2012, à une manifestation qui mettait en évidence une inversion de tendance et un changement en profondeur de la perception que nous avons du rôle des chefs dans la société. Il s'agit de Mesa Tendencia à São Paulo, au Brésil, organisée par la revue Prazeres da Mesa et l'Université Senac, une sorte de summit de tous les chefs les plus fameux du continent Américain, la Californienne Alice Waters (vice-présidente de Slow Food International et précurseur du mouvement en faveur du biologique aux États Unis) en tête.

Je suis désormais convaincu que la nouvelle vague, qui marquera une vraie révolution culturelle et sociale à partir de la cuisine (... et ce n'est pas une hyperbole), vient d'Amérique latine. Ces chefs, parmi lesquels le très charismatique Péruvien Gaston Acurio, racontaient leurs expériences et exprimaient de vrais projets politiques, basés sur un lien fort et primordial avec la terre, les cultures indigènes et la biodiversité, finalement mises en valeur. Fruits, légumes, feuilles, épices, tubercules, toute une corne d'abondance de goût et de saveurs jusqu'ici méconnue, de l'Amazonie à la Mata Atlantica aux Andes, portée sur la scène de la cuisine de haute qualité. Et avec les produits, les producteurs, les paysans, les indios, tous impliqués dans un système de production et d'approvisionnement destiné à modifier en profondeur les mécanismes économiques et sociaux de ces pays.

Il s'agit d'un changement radical de perspective, qui a porté ces chefs à se libérer de l'influence codificatrice des cuisines internationales, jusqu'à la décolonisation de leur pensée et de leur créativité. Je crois que ce mouvement se reconnaîtra sous le nom de "gastronomie de la libération". Un mot d'ordre qui, j'en suis sûr, sera aussi adopté et utilisé dans d'autres pays du sud du monde, à commencer par l'Afrique.

Quand Carlo Petrini s'est dressé contre McDonald's dans les années 80 afin de stopper l'implantation d'un fast-food à Rome, peu ont pensé que cette prise de position allait devenir immensément populaire au point de trouver de fervents adeptes dans plus 150 pays dans le monde. Cette protestation a initié l'un des principaux mouvements contestataires contre la malbouffe, le Slow Food, qui privilégie la nourriture traditionnelle, régionale et à visée environnementale.

vs/ls

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