Relancer les privatisations : le projet de François Fillon est-il judicieux ?

le , mis à jour à 12:45
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VIDÉO - François Fillon a annoncé jeudi sa volonté d'engager de nouvelles privatisations s'il est élu à l'Élysée en 2017. Objectif ? Trouver de l'argent pour financer de nouvelles infrastructures dans le transport (canaux, lignes de chemin de fer...) et le numérique (passer au haut débit sur l'ensemble du territoire). Pour certains experts, son projet se heurte cependant à certains obstacles et à un contexte particulier.

François Fillon, le jeudi 1er décembre lors de son déplacement à Chantenay-Villedieu dans la Sarthe. ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )
François Fillon, le jeudi 1er décembre lors de son déplacement à Chantenay-Villedieu dans la Sarthe. ( AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER )

Comment relancer l'investissement public quand on est endetté ? En procédant à "des privatisations", estime François Fillon, qui promet de sortir l'État des entreprises où il n'est pas "nécessaire" en cas de victoire à la présidentielle. "Le pays est terriblement endetté, il va devoir faire face à la remontée des taux d'intérêt dans les prochains mois ou les prochaines années", a-t-il également fait valoir.

Invité à préciser les privatisations envisagées, l'ancien Premier ministre a dit "poser un principe : l'État peut avoir vocation à venir de manière ponctuelle dans une entreprise comme nous l'avons fait quand j'étais Premier ministre dans les Chantiers de l'Atlantique. Mais il n'a pas vocation à rester indéfiniment dans ces entreprises qui sont dans le secteur commercial, dans le secteur concurrentiel".

► QUE POSSÈDE L'ÉTAT AUJOURD'HUI ?

L'État français est aujourd'hui présent au capital de 81 entreprises, via l'Agence des participations de l'État (APE). La valeur de ses participations représentait fin avril près de 90 milliards d'euros, dont 62,8 milliards dans des sociétés cotées. Parmi les entreprises situées dans son périmètre figurent plusieurs poids lourds, comme la SNCF, Orange, Airbus, PSA ou Areva. Le montant de ses participations sont toutefois très variables : l'État possède ainsi 32,8% du capital d'Engie (ex-GDF-Suez), 19,7% de Renault, mais 85,3% du capital d'EDF et 100% de la SNCF.

Le portefeuille devrait en outre augmenter l'année prochaine avec le renflouement d'EDF et Areva, en proie à des difficultés financières, qui seront compensées en partie seulement par de nouvelles cessions. Car "les privatisations n'ont jamais été arrêtées" ces trente dernières années, observe Elie Cohen, économiste au CNRS, qui rappelle que l'État s'est récemment désengagé des aéroports de Toulouse et de Nice.

► QUELLES SONT LES CESSATIONS POSSIBLES ?

ADP, Engie, Orange... "Sur le papier, plusieurs entreprises pourraient être vendues sans que cela donne lieu à des drames épouvantables", car elles "sont suffisamment solides pour fonctionner sans le soutien de l'État", déclare Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE. "La question, c'est à quel prix et à qui les vendre ?" Pour Philippe Aghion, professeur au Collège de France, "il n'y a aucune raison qu'il y ait une participation publique" dans des entreprises comme les Chantiers de l'Atlantique ou Renault.

Les points clés du programme de François Fillon.
Les points clés du programme de François Fillon. ( AFP / Thomas SAINT-CRICQ, Paz PIZARRO )

L'État était monté au capital de la marque au losange en 2015, tout en assurant que cela n'était que provisoire. Mais les fluctuations du cours de la Bourse, dans le sillage de l'affaire Volkswagen, ont poussé le gouvernement à différer la revente des titres.

► UNE DÉCISION OPPORTUNE ?

"Un certain nombre d'entreprises ne peuvent pas être gérées sur de seuls critères financiers, parce qu'elles jouent un rôle stratégique", à l'image d'EDF, observe Henri Sterdyniak. Et même si certaines entreprises n'ont pas un intérêt stratégique particulier, il faut se demander si en cédant sa participation, l'État ne risque pas de voir passer certains fleurons sous pavillon étranger, prévient M. Cohen.

Autre problème: celui du cours de la Bourse. "Il faut vendre bien", autrement dit à bon prix, convient Philippe Aghion. La valeur du portefeuille coté de l'APE, qui comprend 13 entreprises, a ainsi baissé de 23% en 2015 du fait de l'effondrement des valeurs énergétiques, rendant moins opportune la cession de certaines participations. Enfin, pour des sociétés comme la SNCF ou la Poste, "il y a des risques de conflits sociaux évidents", remarque Henri Sterdyniak.

Relancer les privatisations a-t-il un sens économique ? Pour Philippe Aghion, oui, si l'on adopte le point de vue des entreprises. Les groupes ont "besoin d'objectifs de long terme. Or quand l'État s'en mêle, il introduit des considérations de court terme", assure l'économiste, citant le cas de la SNCF, mise à contribution pour sauver le site Alstom de Belfort. Pour l'État, pas sûr en revanche qu'une relance des privatisations soit judicieuse, du moins actuellement. "En théorie, céder des titres permet de se désendetter. Mais aujourd'hui, l'État s'endette à 1% seulement, et cela devrait encore continuer. Du coup, vendre actuellement n'aurait pas de sens", juge Henri Sterdyniak.

Autre élément à mettre dans la balance : les dividendes potentiels auxquels on renonce en privatisant. A court terme, "on peut faire une bonne opération", mais ce n'est pas forcément le cas "sur le long terme", souligne l'économiste. Surtout si le prix de vente est sous-évalué, comme ce fut le cas avec les sociétés d'autoroutes en 2006. En 2015, l'État a touché 3,9 milliards d'euros de dividendes des entreprises dont il est actionnaire. Pour Elie Cohen, l'intérêt d'une privatisation dépend néanmoins des besoins du moment. "Si l'État veut privatiser, c'est qu'il estime qu'il a des besoins financiers maintenant, et pas d'un flux continu de revenus pour les 10-15 prochaines années".

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  • gendrefr il y a 3 jours

    l'herpes est très généreux avec l'argent du contribuable francais.

  • gendrefr il y a 3 jours

    l'afd financera 250 millions d'euros à la tunisie chaque année selon valls.

  • serge537 il y a 3 jours

    les autoroutes si l etat les avait gardé ils seraient en fallite comme comme tout le reste edf sncf areva hôpitaux justice ... mais les syndicats seraient encore plus gras

  • a.guer il y a 3 jours

    pour M3366730 : tu connais beaucoup d'investisseurs qui savent vendre au plus haut ?

  • kram123 il y a 3 jours

    L'état ne vend que ce qui est rentable...cest sur que la SNCF personne n'en veux par contre nos aéroports rendez les

  • kram123 il y a 3 jours

    Égalité privé public ça évite de vendre

  • kram123 il y a 3 jours

    Entre les hommes politique, ils ne savent que vendre et une fois que t'as plus rien t'es un pauvre....mais bonne idee on ira plus vite ds le mur

  • pierry5 il y a 3 jours

    sont partis s’installés ... sorry

  • pierry5 il y a 3 jours

    jean-6... Lisez la presse anglaise et vous verrez que la City n'a jamais si bien marché, le tourisme londonien bas des records depuis la dégringolade ( orchestrée ) de la £ et des dizaines de d'européens riches sont partis d’installés à Londres.

  • paspil il y a 3 jours

    vendre ce qui rapporte du 6 % pour rembourser ce qui coute 3 % ... pouvait pas faire pire la droite l'a fait ... la gauche a aussi ses perles ... mais ceux qui vendent des entreprises en situation de monopole avec une belle rente annuelle sont juste des ...