REGIONALES-Hénin-Beaumont, vitrine d'un FN qui se veut crédible

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    * Le maire fait du "bon sens" son credo 
    * L'opposition dénonce la gestion du FN 
    * Une étape dans la stratégie de Marine Le Pen 
 
    par Simon Carraud 
    HENIN-BEAUMONT, Pas-de-Calais, 29 novembre (Reuters) - 
V itrine ou laboratoire ? La ville de Hénin-Beaumont 
(Pas-de-Calais) est observée de près depuis la victoire du Front 
national (FN) aux municipales de mars 2014, et plus encore à 
l'approche des régionales des 6 et 13 décembre. 
    L'équipe municipale, conduite par Steeve Briois, entend 
prouver par l'exemple que la formation d'extrême droite est 
capable de diriger sans remous une collectivité locale, 
conformément à la feuille de route établie par Marine Le Pen.  
    "On veut refaire à l'échelle de la région ce qu'on a fait 
sur la ville : démontrer que le FN à la tête d'un exécutif 
local, c'est possible", explique le maire, qui a fini par gagner 
les faveurs des Héninois après quatre échecs successifs. 
    Dans ce bastion socialiste, sa liste l'a emporté en 2014 
avec 50,25% des suffrages au premier tour, face à une gauche 
sinistrée à la suite d'un scandale financier. 
    Depuis un an et demi, Steeve Briois et ses adjoints font du 
"bon sens" leur credo, insistent sur une gestion économique 
qu'ils présentent comme rigoureuse et se vantent d'avoir fait 
baisser la taxe d'habitation.       
    "Nous sommes en rupture total avec le FN des années 1990, 
lorsque le parti avait une vision idéologique et clivante du 
pouvoir local. On se souvient de la gestion d'une ville comme 
Vitrolles", affirme le maire de Hénin-Beaumont sous le regard de 
Jean Jaurès, dont le buste trône dans son bureau. 
    Cette commune des Bouches-du-Rhône, décrochée par les époux 
Bruno et Catherine Mégret en 1997, sert de contre-modèle à 
Steeve Briois: le couple avait soulevé des polémiques à 
répétition jusqu'à perdre son siège en 2002. 
    A la charnière des années 2000, le parti n'avait pas réussi 
à reproduire à l'échelle régionale ses quelques succès dans des 
municipalités du Sud-Est, restés en partie sans lendemain. 
     
    CONTROVERSES 
    Cette fois, le FN veut s'implanter durablement. Steeve 
Briois compte déjà briguer un deuxième mandat et Marine Le Pen 
semble, d'après les sondages, en mesure de s'installer à la 
présidence de Nord-Pas-de-Calais-Picardie. 
    Soucieuse de se tailler un fief électoral dans la région, la 
présidente du FN a choisi en 2007 Hénin-Beaumont, dans un bassin 
minier en crise, comme point de chute -- elle apparaissait en 
deuxième position sur la liste FN en 2008 et 2009. 
    Dans un entretien donné en 2014 au Monde, la présidente du 
FN expliquait qu'il ne manquait à son parti qu'un bilan à 
présenter pour pouvoir passer au "stade supérieur". Entendre les 
régionales, puis la présidentielle. 
    Steeve Briois, membre du bureau exécutif et du bureau 
politique du FN, refuse toutefois de considérer sa ville comme 
un laboratoire et concède tout juste qu'il s'agit de la vitrine 
d'un parti en mutation. 
    "Comme nous avons gagné au premier tour et comme nous avons 
été des pionniers sur le nouveau vote FN, nous sommes très 
observés", selon Steeve Briois, pour qui le "facteur" 
Hénin-Beaumont comptera lors du scrutin de décembre.      
    Malgré sa stratégie de dédiabolisation, les controverses 
n'ont pas manqué: dans la foulée de son élection, il a retiré à 
la Ligue des droits de l'homme (LDH) le local mis jusque-là 
gracieusement à sa disposition. 
    Plus récemment, une phrase prêtée à l'adjoint à la culture 
dans le journal Le Monde au sujet des attentats du 13 novembre a 
suscité le trouble -- "Jusque-là, on se disait: ce sont des 
journalistes ou des juifs qui sont visés. On relativisait." 
    La mairie se défend en expliquant que la citation a été mal 
comprise. 
    "Il y a des choix idéologiques qui s'opèrent et le vernis 
est en train se sauter", selon l'opposant socialiste Stéphane 
Filipovitch.  
    "Ils appliquent une logique d'écrasement total sur 
l'opposition, ils voudraient que nous disparaissions", 
ajoute-t-il. D'après lui, "ce sera la même chose à la région. 
Ils sont en train de développer un prototype qu'ils vont ensuite 
développer en série".   
     
    TRACTS   
    Il y a tout de même un sujet sur lequel les deux hommes sont 
d'accord: selon eux, si de nouvelles élections avaient lieu 
aujourd'hui, Steeve Briois serait probablement reconduit, avec 
un score peut-être plus flatteur encore. 
    Stéphane Filipovitch l'explique par la politique de "poudre 
aux yeux" menée par la municipalité et par la "vague qui monte" 
dans la ville et la région, même s'il juge que les conditions ne 
sont pas réunies pour une victoire régionale du FN.     
    Il suffit de demander leur avis aux passants dans cette 
ville de 27.000 habitants pour entendre des éloges du maire, 
mesurés ou non, et plus rarement des reproches. 
    "Il fait un bon boulot", dit une jeune femme, qui n'a pas 
voté pour lui il y a un an et demi mais se dit désormais prête à 
le faire. "Il fait le travail", juge une autre. "C'est un maire 
normal, FN ou pas", estime un trentenaire.    
    Hénin-Beaumont ne s'est toutefois pas rangée unanimement 
derrière son maire: à la friterie Chez Gonzalez, on laisse le 
journal L'Humanité en évidence et on distribue aux clients des 
tracts de Sandrine Rousseau, tête de liste d'Europe Ecologie-Les 
Verts (EELV) et du Parti de Gauche-Front de Gauche. 
    Les opposants ont désormais une crainte: que le FN, s'il 
devait prendre les commandes du conseil régional à Lille, 
n'inonde Hénin-Beaumont de subventions pour embellir sa vitrine. 
Et s'installe pour longtemps.  
 
 (Simon Carraud, édité par Yves Clarisse) 
 
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