Régime des retraites : "Une grande négociation alliant temps de travail, temps de formation professionnelle et retraites"

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Boursorama a envoyé 10 questions d'ordre économique à l'ensemble des candidats à la présidentielle.

8) Faut-il encourager les ménages français à constituer une retraite par capitalisation ? Comment réformer le régime général ?

Dominique Voynet : Je suis surprise par un paradoxe : les économistes libéraux nous disent qu’il faut repousser l’âge de la retraite à 65 ans au minimum car les caisses sont vides. Et ce sont les premiers à réclamer des exonérations fiscales pour encourager l’épargne retraite par capitalisation ! Commençons donc par supprimer les exonérations fiscales sur l’assurance vie ou les plans d’épargne retraite pour les nouveaux contrats souscrits, et injectons cet argent économisé dans le système par répartition. De plus, les pays qui ont tout misé sur la retraite par capitalisation commence à s’en mordre les doigts. On ne compte plus les faillites de système de retraite d’entreprises en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il serait pour le moins étonnant que la France s’engage dans cette direction au moment où elle fait la preuve de son inefficacité. Il ne faut pas oublier que les régimes par répartition ou par capitalisation sont toujours des systèmes de transferts financiers des actifs vers les retraités mais de nature différente, soit par transfert, soit par paiement des intérêts d’une épargne placée. Par ailleurs, je pense qu’on ne peut pas traiter cette question de la retraite sans prendre en compte la question du temps de travail sur l’ensemble de la vie et donc, lier les retraites à la formation professionnelle et au dossier des 35 heures. L’enjeu est de trouver un équilibre sur ces trois dossiers qui permettent de donner du temps libre aux gens lorsqu’ils en ont le plus envie ou le plus besoin. Dans le cadre de ce nouveau contrat social, on peut envisager l’extension des 35 heures, le droit à un an en moyenne de formation professionnelle rémunérée sur l’ensemble de la vie active, et un allongement de la durée de cotisation pour accéder à la retraite à taux plein jusqu’à 40 ans, ce qui situera l’âge de la retraite entre 60 et 65 ans. À partir de cet équilibre général, il s’agira de moduler la durée de cotisation en fonction de la pénibilité du travail et de l’espérance de vie à 60 ans. Car aujourd’hui, un cadre et un ouvrier cotisent pendant la même durée, mais l'un vit pendant 25 ans à la retraite et l’autre à peine 10 ans. C’est une injustice majeure dont on parle peu et sur laquelle je veux agir. Je proposerai donc aux partenaires sociaux une grande négociation alliant temps de travail, temps de formation professionnelle et retraites, pour aboutir à un nouveau rapport au temps plus moderne et plus juste.

Olivier Besancenot : Non. Il faut maintenir la retraite par solidarité et rétablir le droit effectif à la retraite à 60 ans, au bout de 37,5 années de cotisations, avec un taux de remplacement de 75%. Pour financer, il faut opérer une nouvelle répartition des richesses en faveur des salariés et des retraités.

Philippe de Villiers : Oui. Voici mon projet pour les retraites. Libérer l’âge de départ à la retraite en supprimant l’âge couperet de départ à 60 ans. Abolir les régimes spéciaux et aligner le régime des fonctionnaires sur celui des salariés du privé afin d’augmenter les petites retraites. Porter à 100% la retraite de réversion pour les veufs ou veuves. Favoriser la retraite à temps partiel en complétant les revenus d’une activité professionnelle partielle par une fraction de pension. Multiplier les régimes d’épargne retraite complémentaires. L’expérience de la Suède mérite à cet égard d’être méditée. En complément des cotisations destinées au versement des pensions actuelles, une épargne collective a été instaurée, visant à s’assurer que chacun réalise l’effort nécessaire pour sa propre retraite. Ouvrir le Revenu parental d’éducation (REP) à la retraite. Reconnaître l’apport des familles à la société (les enfants d’aujourd’hui sont les cotisants de demain) en instaurant un quotient familial pour les retraites. A partir du troisième enfant, chaque enfant donnera droit à une demi-cotisation supplémentaire.

Ségolène Royal : Je suis une fervente partisane du système par répartition tel qu’il existe aujourd’hui, et qui permet de garantir la solidarité de tous les Français face à la retraite. La capitalisation n’est donc pas la solution. J’ouvrirai avec les partenaires sociaux une large négociation portant notamment sur la fixation d’un minimum de pension garantie s’approchant du SMIC ; la revalorisation des petites retraites ; la prise en compte du travail pénible et des charges de famille ; l’augmentation de l’emploi des seniors ; le mode de financement des régimes spéciaux ; la remise à niveau du fonds de réserve des retraites.

Marie-George Buffet : Les formules d’épargne retraite de la loi Fillon introduisent une logique de capitalisation qui mine la retraite par répartition en jouant contre la demande effective et l’emploi par le recours systématique aux marchés financiers. Les inégalités se creuseront entre ceux qui peuvent capitaliser (au risque de l’inflation et des aléas boursiers) et ceux qui n’auront qu’une pension considérablement réduite avec les mesures de 1993 et 2003. Je défends la répartition et la solidarité intergénérationnelle. La redistribution immédiate des cotisations des actifs aux retraités relance la consommation et la croissance réelle. Il faut abroger la loi Fillon et le plan Balladur. Une réforme efficace de la répartition exige une refonte du financement branchée sur la sécurisation et le développement de l’emploi et de la formation, des salaires. Je propose une modulation des taux de cotisations patronales incitant au relèvement de la part des salaires dans la valeur ajoutée. En outre les revenus financiers des entreprises devraient contribuer aux régimes de retraites au même taux que les salariés.

Jean-Marie Le Pen : Nous conservons le régime général par répartition mais nous harmonisons peu à peu tous les régimes spéciaux. Nous plaçons la CNAV plus explicitement sous le contrôle de l’Etat et du Parlement (organisme de gestion spécifique, sous contrôle régulier du Parlement). Mais parallèlement nous favorisons le développement de systèmes de retraites complémentaires par capitalisation.

Lire l'intégralité du questionnaire économique envoyé aux candidats

Nicolas Sarkozy (UMP), François Bayrou (UDF), Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), Frédéric Nihous (CPNT), José Bové (Gauche antilibérale) et Gérard Schivardi (Candidat de Maires soutenu par le Parti des Travailleurs) n'ont pas répondu à ce questionnaire.
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