Réfugiés-Ankara présente ses exigences aux Européens

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* L'Union et la Turquie proches d'un accord * Ankara réclame des avancées sur les visas et des fonds supplémentaires * Pas de solution sans la Turquie, souligne Merkel * Hollande se dit "très attentif" à la question des visas (Actualisé avec nouvelles demandes turques, un accord proche) par Chine Labbé et Alastair Macdonald BRUXELLES, 15 octobre (Reuters) - La Turquie a exigé jeudi une libéralisation dès l'année prochaine des visas européens pour ses ressortissants en échange de sa pleine coopération pour juguler le flux de réfugiés syriens qui arrivent en Europe. Son appel a coïncidé avec l'ouverture à Bruxelles d'un Conseil européen consacré à la crise migratoire et dominé par la question épineuse des concessions à accorder à Ankara pour son soutien, jugé "clé" dans de nombreuses capitales. L'Union se tient prête à accueillir favorablement certaines de ses demandes, notamment une accélération du calendrier de libéralisation des visas - sous conditions - et des financements supplémentaires, disent des diplomates. Mais certains craignent que le président Recep Tayyip Erdogan tente de faire monter les enchères. Intervenant à la télévision turque quelques heures avant l'ouverture du sommet de Bruxelles, son Premier ministre, Ahmet Davutoglu, a prévenu que faute d'avancée sur le dossier des visas, Ankara ne finaliserait pas le projet d'accord présenté en début de semaine dernière lors de la venue d'Erdogan à Bruxelles. "Nous ne signerons pas cet accord de réadmission (des migrants refoulés par l'Union, NDLR) avant que des mesures soient prises sur la question des visas Schengen", a-t-il déclaré, disant attendre un accord dès 2016. Outre la question des visas, la Turquie pousse pour une avancée des discussions sur sa candidature d'adhésion à l'Union, dont les négociations sont quasiment gelées pour l'instant. Elle attend aussi de l'UE des faveurs diplomatiques - notamment des invitations aux sommets - et trois milliards d'euros de soutien financier, alors que le projet de plan présenté la semaine dernière proposait un milliard d'euros pour améliorer l'accueil des 2,2 millions de réfugiés syriens et irakiens présents sur son territoire, indiquent des responsables de l'Union. Une demande "complètement irréaliste", selon une source proche des discussions. Mais "à trois semaines des élections, c'est de bonne guerre de chercher plus d'argent", souligne une source diplomatique française en évoquant les législatives anticipées du 1er novembre dont Erdogan espère qu'elles redonneront à son Parti de la justice et du développement (AKP) la majorité absolue qu'il a perdue en juin. L'UNION ATTEND DES GARANTIES Un accord entre les deux parties, proche de celui présenté la semaine dernière, est cependant "en voie de finalisation", assurent des hauts responsables turques et européens. Mais si de nombreux Européens sont prêts à lâcher du lest, l'accord avec la Turquie devra obéir à des "règles claires", a prévenu à son arrivée au Conseil François Hollande. "Il y aura une démarche qui posera beaucoup de conditions", a-t-il dit à la presse. "Ce pays-là doit non seulement garder les réfugiés qui sont dans la population ou dans les camps, et il est nécessaire de l'y aider, mais doit également éviter qu'il y ait des trafics qui puissent apporter des drames et des tragédies supplémentaires." Interrogé sur une possible exemption de visas pour les ressortissants turcs, le président français s'est dit "très attentif" à cette question. "Il ne faudrait pas qu'au prétexte de vouloir que la Turquie nous aide à retenir des réfugiés qui sont dans son pays, il y ait un mouvement de libéralisation dans n'importe quelles conditions avec des visas qui pourraient être accordés à des individus dont on ne connaîtrait pas exactement l'identité", a-t-il dit. Avant lui, le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, avait souligné que l'Europe avait besoin de "garanties". "Nous sommes conscients de la valeur ajoutée de la Turquie. Mais nous ne pouvons pas lui donner carte blanche", dit encore un diplomate européen. NE PAS "BOUSCULER" LES CADRES ÉTABLIS La bonne dose de concessions à accorder à Ankara devait donc être au coeur des débats des chefs d'Etats et de gouvernements européens, notamment lors de leur dîner consacré, entre autres questions internationales, à la Syrie. S'exprimant jeudi matin devant le parlement allemand avant de partir pour Bruxelles, Angela Merkel a souligné le rôle crucial de la Turquie. "Nous ne pourrons pas organiser et freiner le mouvement de réfugiés sans travailler avec la Turquie", a déclaré la chancelière allemande, attendue dimanche à Ankara. (voir ID:nL8N12F1L4 ) Selon le projet d'accord présenté la semaine dernière à Erdogan, la Turquie devra coopérer avec la Grèce pour le contrôle de ses frontières - une perspective à laquelle le Premier ministre grec s'est dit prêt à son arrivée à Bruxelles - et accepter le retour de migrants irréguliers refoulés. "L'important, c'est de marquer une volonté partagée de renforcer la coopération mais en même temps de ne pas bousculer à cette occasion les cadres établis, les principes de la relation entre l'Union européenne et la Turquie", estime une source diplomatique française. Un projet de conclusions du Conseil consulté par Reuters indique qu'une "mise en oeuvre réussie" d'un plan d'action avec la Turquie "contribuera à accélérer la concrétisation de la feuille de route pour la libéralisation des visas" et ajoute que l'Union se tient prête à "accroître substantiellement" son soutien politique et financier. (avec Francesco Guarascio, Jan Strupczewski et Paul Taylor à Bruxelles, Jonny Hogg et Gulsen Solake à Ankara; édité par Henri-Pierre André)

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