Réforme des retraites : le gouvernement au pied du mur

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ANALYSE - À force d'avoir promis aux Français une réforme juste et courageuse, l'exécutif va devoir faire des choix douloureux pour ramener les régimes à l'équilibre.

Sitôt les premières pistes du rapport Moreau sur les retraites dévoilées mardi, le gouvernement a commencé par allumer les pare-feux... comme il l'avait fait, à l'automne dernier, lorsque Le Figaro avait révélé les grandes lignes du rapport Gallois sur la compétitivité. Ce rapport n'engage que leurs auteurs ; il ne s'agit que de pistes de réflexion et non de solutions retenues ; la concertation n'a pas encore débuté ; le gouvernement restera souverain dans ses choix... s'est en effet empressé de communiquer l'exécutif, comme pour éteindre un incendie pour l'heure contenu mais qui risque de s'embraser à vitesse grand V. Doit-on pour autant s'attendre en septembre à la même conclusion, c'est-à-dire à une réforme qui, même incomplète et critiquable sur bien des aspects, a été saluée par l'ensemble des acteurs économiques, syndicats (hors CGT) compris? Là encore, rien n'est moins sûr. Et ce, pour au moins deux raisons.

Primo, les pistes évoquées par Yannick Moreau sont nombreuses et, pour beaucoup, explosives. L'ex-patronne du COR, qui a présidé les réunions de la commission chargée de faire des recommandations de réforme au gouvernement, met en effet les pieds dans le plat sur nombre de sujets. Or le gouvernement ne pourra toutes les mettre en œuvre, sauf à se mettre à dos plusieurs corps de la société: retraités, fonctionnaires, cheminots... Il devra donc faire des choix et surtout sélectionner ses cibles, surtout qu'il a promis aux Français une réforme «juste et courageuse», à l'inverse de celle qui avait été votée sous la majorité précédente envers et contre la rue. Comprenez, une réforme juste qui concerne tout le monde. L'opinion ne comprendrait pas en effet que certains acteurs soient épargnés de l'effort collectif qui sera demandé pour ramener à terme les comptes des régimes à l'équilibre. Or ceux qui ont le plus à perdre sont parfois ceux qui sont le plus à même de bloquer le pays...

Secundo, Yannick Moreau devrait par ailleurs très peu évoquer dans son rapport les mesures à mettre en œuvre pour corriger les injustices actuelles du système, notamment en matière de pénibilité (compte temps pour ceux identifiés comme ayant eu des métiers pénibles) ou concernant les femmes. Or le gouvernement a beaucoup communiqué en amont sur ces points fondamentaux et les attentes sont donc fortes, en retour, de la part des populations concernées. Il prévoyait d'ailleurs, comme il l'a fait sur la politique familiale, de présenter sa réforme en commençant par les bonnes nouvelles (en l'occurrence la création sur cinq ans de 275.000 places d'accueil pour les moins de 3 ans), les mesures de justice retenues... Mais toute correction induit des dépenses supplémentaires et donc un besoin de financement - que Yannick Moreau évalue déjà à 7 milliards d'euros à court terme - plus important. Et qui dit dépenses dit sacrifice et donc suppression d'avantages acquis: un vrai casse-tête pour un gouvernement qui prône des réformes justes en période de récession et d'explosion du chômage...

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