Réflexion sur une force armée d'action rapide en Afrique

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RÉFLEXION AU SOMMET DE L'ÉLYSÉE SUR UNE FORCE ARMÉE D'ACTION RAPIDE EN AFRIQUE
RÉFLEXION AU SOMMET DE L'ÉLYSÉE SUR UNE FORCE ARMÉE D'ACTION RAPIDE EN AFRIQUE

par Elizabeth Pineau et Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - La création d'une force africaine d'action rapide, permettant une réponse continentale à des crises du type de celle qui secoue la Centrafrique, a dominé vendredi le premier jour du sommet de l'Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique.

La mort de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela et l'intervention armée de la France à Bangui, sous l'égide de l'Onu, ont donné une brûlante actualité à ce rendez-vous qui a réuni une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement dans la capitale française.

S'exprimant en marge d'une discussion à huis clos avec les dirigeants africains, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a indiqué que la nécessité d'une mise en oeuvre rapide de la force de réaction rapide africaine avait remporté un large consensus.

"C'est un concept largement partagé et auquel la France apportera son soutien", a-t-il déclaré devant la presse. "Il s'agira moins de soutien en matériel de base que de soutien à l'expertise, la planification, la logistique, la projection, voire à la mutualisation des besoins de transports pour que cette force de réaction rapide africaine, dont l'objectif est la mise en oeuvre en 2015, soit effectivement opérationnelle."

"Le rôle de la France va être d'accompagner cette montée en puissance", a-t-il ajouté, à l'heure où Paris vient de s'engager pour la deuxième fois en moins d'un an en envoyant 1.200 soldats en Centrafrique.

Quelque 2.800 militaires français sont encore stationnés au Mali, où l'opération Serval contre les islamistes a été lancée en janvier dernier.

"Même si nous sommes très reconnaissants à la France (...) c'était quand même une humiliation pour l'Afrique parce que 50 ans après l'indépendance, nous n'avons pas pu résoudre notre propre problème", a déclaré le président guinéen Alpha Condé.

Pour le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, "c'est aux Africains d'assurer leur propre sécurité".

"Cette force pourrait recevoir une aide supplémentaire de la part de l'Europe et d'autres pays dans le monde", a-t-il ajouté.

FORMATION, LOGISTIQUE

Dans son discours d'ouverture, François Hollande a proposé de former 20.000 soldats par an pour élever le niveau de formation des armées africaines.

"La constitution d'une force de réaction rapide sous l'égide de l'Union africaine, ce projet exige des moyens de commandement et de renseignement", a dit le président français.

Selon Alpha Condé, des pays comme l'Afrique du Sud, l'Algérie et l'Angola sont prêts à offrir la logistique nécessaire à la constitution d'une colonne vertébrale pour la force. Mais l'argent nécessaire devra selon lui venir essentiellement d'Europe.

Lors de la cérémonie d'ouverture, le président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso a évoqué une aide de 50 millions d'euros pour la force de maintien de la paix déployée à Bangui sous l'égide de l'Union africaine.

L'espoir de parvenir à créer une force africaine d'action rapide est nourri par le succès de la brigade d'intervention de l'Onu - composée de soldats venus d'Afrique du Sud, de Tanzanie et du Malawi - contre le groupe rebelle M23 dans l'est de la République démocratique du Congo.

A Paris, des dirigeants africains ont fait part de leur scepticisme sur la faisabilité du projet.

"La France va continuer à jouer le rôle qu'elle a joué par le passé et qu'elle joue encore", a estimé le président du Niger, Mahamadou Issoufou. "La France est incontournable. Elle l'a montré au Mali et elle le montre encore en République centrafricaine".

SOUS MANDAT DE L'ONU

Selon lui, il faudra des années avant que les pays africains soient en mesure d'investir dans leurs propres capacités militaires, handicapés qu'ils sont par les restrictions budgétaires imposées par les organisations internationales.

La France veut rompre avec l'époque de la "Françafrique" qui la voyait soutenir des régimes autoritaires en échange de juteux contrats. C'est dans cet esprit que François Hollande a tenu à placer ses interventions sous l'égide de l'Onu.

"La France ne veut pas intervenir dans les affaires africaines sans mandat de l'Onu. C'est un pas dans la bonne direction", a estimé le Congolais Denis Sassou-Nguesso.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a déclaré qu'il continuait à travailler à la constitution d'une force de maintien de la paix de l'Onu en République centrafricaine.

Les missions de ce type au Congo et dans la région soudanaise du Darfour, constituées de troupes africaines, coûtent environ un milliard de dollars par an. L'Onu a aussi déployé une mission de 12.600 hommes au Mali.

Pour le président malien Ibrahima Boubacar Keita, la France est intervenue dans son pays en raison de la faiblesse des forces armées qui, minées par la corruption, ont laissé le champ libre à l'avancée des islamistes.

"La France n'est pas le gendarme de l'Afrique", a-t-il dit. "La France a une obligation morale de ne pas laisser ces pays tomber mais c'est à nous de faire en sorte (...) que ce soit l'Afrique elle-même qui assume cette responsabilité".

Avec Dan Flynn et John Irish, édité par Yves Clarisse

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