Référendum sous tension en République serbe de Bosnie

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 (Actualisé avec début du vote) 
    par Gordana Katana 
    SARAJEVO, 25 septembre (Reuters) - Les Serbes de Bosnie ont 
commencé à voter ce dimanche à l'occasion d'un référendum pour 
faire du 9 janvier leur propre "fête nationale" malgré l'avis 
négatif de la Cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine et 
les pressions occidentales pour faire annuler cette consultation 
qui risque de raviver les tensions ethniques. 
    Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 (05h00 GMT) et 
fermeront à 19h00 (17h00 GMT). Les résultats préliminaires 
devraient être connus dans les 48 heures, ont indiqué les 
organisateurs du scrutin. 
    Ce référendum est le premier depuis celui de 1992, boycotté 
par les Serbes, qui a abouti à la sécession d'avec ce qui était 
encore la Yougoslavie, vote qui marqua le début de la guerre de 
Bosnie, le conflit le plus sanglant en Europe depuis la Seconde 
Guerre mondiale, au cours duquel 100.000 personnes ont péri. 
    Le 9 janvier est la date à laquelle, également en 1992, les 
Serbes de Bosnie ont proclamé leur indépendance de la Bosnie, 
tout en affirmant leur attachement à la Yougoslavie.  
    Basée à Sarajevo, la Cour constitutionnelle de 
Bosnie-Herzégovine, qui regroupe la République serbe de Bosnie 
et la Fédération croato-musulmane, a estimé que le choix de 
cette date comme fête nationale était illégal parce que 
coïncidant avec une fête chrétienne orthodoxe serbe et par 
conséquent discriminatoire à l'encontre des musulmans bosniaques 
et catholiques croates qui vivent en République serbe. 
    Le gouvernement serbe de Bosnie promet qu'il se conformera à 
la décision de la Cour et modifiera sa loi sur les jours fériés 
pour bannir toute discrimination, mais uniquement après le vote. 
    Beaucoup d'observateurs sont convaincus qu'en défiant ainsi 
la Cour de Sarajevo, Milorad Dodok, président de la République 
serbe depuis 2010, cherche à souligner la faiblesse des 
institutions centrales mises en place après la guerre et prépare 
ainsi un référendum sur la sécession de la République serbe.  
    Beaucoup d'habitants de la Fédération croato-musulmane 
redoutent ce scénario qui plongerait dans le doute tout l'avenir 
de la Bosnie-Herzégovine en remettant en cause la délicate 
structure fédérale imaginée pour mettre fin au bain de sang. 
    "Cette situation me renvoie aux souvenirs des événements de 
1992", a dit Nusreta Sivac, un Bosniaque détenu dans un camp de 
détention serbe à Prijedor pendant la guerre.  
    Les Occidentaux avertissent quant à eux que cette 
consultation contrevient aux accords de paix de Dayton de 1995. 
    Les Etats-Unis, à l'origine du traité de Dayton, et l'Union 
européenne ont exhorté la république serbe à annuler ce vote, 
craignant qu'il ne provoque de l'instabilité. La Russie soutient 
en revanche le référendum.  
    "L'Ouest et la Russie choisissent à nouveau leur camp. Dès 
que les grandes puissances commencent à s'impliquer, les peuples 
souffrent", a déclaré à Reuters le chef de l'opposition serbe de 
Bosnie Mladen Bosic. 
 
 (Avec Daria Sito-Sucic et Reuters TV; Jean-Stéphane Brosse pour 
le service français) 
 
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